7 au Front

Réflexions sur les luttes ouvrières récentes aux États-Unis (GIGC/IGCL)

Par le GIGC/IGCL.  Sur Le train impérial américain perd ses roues – Révolution ou Guerre

La revue Révolution ou Guerre No. 33 (mai 2026) est accessible ici: fr_rg33_260424

 

Il ne fait aucun doute que l’élection de Trump en 2024 a été une action décisive de la bourgeoisie américaine pour transformer les États-Unis en une puissance plus agressive, tant à l’intérieur qu’à l’étranger. Son élection correspondait à l’incapacité de la politique de Biden à répondre aux difficultés croissantes et au déclin du (capitalisme et de l’impérialisme américains – NDÉ)  face à la Chine et à tous les autres rivaux (économiques et impérialistes, NDÉ). Le choix de Trump avec ses politiques «disruptives» et son idéologie MAGA, reflète l’exacerbation dramatique des contradictions économiques capitalistes — exprimées par une surproduction générale de capitaux et de marchandises. Cela accélère d’autant le processus vers la guerre mondiale qui détruirait cette surproduction générale des forces productives.

Les entreprises technologiques étaient aux ordres de Trump lors de l’investiture et, sur le front culturel, les sociétés de médias étaient impatientes de proclamer un « changement d’ambiance » annonçant une nouvelle ère de normes MAGA dominant la vie quotidienne [1]. Le pari et l’enjeu pour la bourgeoisie américaine étaient que Trump et MAGA puissent inverser la tendance négative pour le capitalisme américain. Ont-ils eu raison ? Il est encore trop tôt pour le savoir mais on peut déjà relever quelques limites. Le premier signe de faiblesse est apparu avec l’incapacité de la coalition électorale de Trump à remporter les élections spéciales immédiatement après l’élection présidentielle et l’annulation par la Cour suprême de son plan tarifaire initial. De plus, l’isolationnisme supposé de MAGA a été rapidement remplacé par un programme expansionniste avec des conflits avec les Houthis du Yémen, le Maduro du Venezuela et l’OTAN elle-même concernant le Canada et le Groenland [2].

Les premiers signes que les contradictions du trumpisme menaçaient la longévité du mouvement sont apparus à Minneapolis. Le « commandant en chef » de la patrouille frontalière et chef des opérations dans les Twin Cities, Greg Bovino, a immédiatement endossé la responsabilité des meurtres de Renee Good et Alex Pretti et a été remplacé par Tom Homan, tsar des frontières et membre plus modéré de l’administration Trump [3]. Le 5 mars, la secrétaire à la « sécurité intérieure », Kristi Noem, a également été remerciée après sa piètre performance lors d’une audition au Sénat qui portait à la fois sur les événements de Minneapolis et sur son utilisation personnelle des fonds du DHS [4]. Bien qu’il n’ait pas semblé à l’origine que cette opération soit très différente d’autres opérations ayant eu lieu dans des villes comme Chicago et Los Angeles, ces meurtres ont rendu Trump de plus en plus impopulaire et ont dynamisé un mouvement de protestation contre lui et l’ICE. L’ICE a tué d’autres personnes, comme Luis Gustavo Núñez Cáceres dans un centre de l’ICE au Texas, mais l’écho et les conditions de ces meurtres ont suscité une réaction plus vive.

Il est d’abord important de noter que les politiques anti-immigrés du gouvernement américain ne se produisent pas de manière isolée, mais constituent une tentative d’établir la politique intérieure sur la recherche de boucs émissaires dans une période d’austérité et de guerre. Trump et ses semblables promettent un paradis idéalisé et nostalgique. Chaque fois que des personnalités du gouvernement sont interrogées sur le coût de la vie, leur réponse accuse les immigrés d’être la source de tous les problèmes. Ces coûts ne peuvent être séparés de la marche généralisée vers la guerre, ce que le gouvernement américain admet désormais presque ouvertement [5].

Lorsque Trump a déclaré récemment que « nous sommes en guerre » contre les immigrés, cela doit être compris non seulement comme un cri de ralliement raciste, mais comme une description de la manière dont les politiques anti-immigration et la préparation à la guerre vont actuellement de pair [6]. Tout cela semble s’être retourné contre les États-Unis pour le moment compte tenu des manifestations, mais ces politiques de division des ouvriers par l’utilisation du racisme et de l’anti-immigré ne disparaîtront pas comme l’indique la montée continue des partis d’extrême droite en Europe.

Cependant, le plus grand échec du trumpisme ne s’est pas produit à l’intérieur, mais à l’étranger. Apparemment enhardis par la capture de Maduro, les États-Unis et Israël ont lancé une frappe de décapitation contre les dirigeants iraniens. S’attendant apparemment à une victoire immédiate, les États-Unis se sont retrouvés dans une guerre qui a rapidement englobé une grande partie du Moyen-Orient et a menacé de dégénérer vers l’arrêt d’une grande partie de l’économie mondiale jusqu’à un cessez-le-feu récent et ténu. L’Iran a démontré non seulement sa capacité à riposter contre des cibles américaines, israéliennes et du Golfe, mais plus important encore, sa capacité à fermer le détroit d’Ormuz. En brisant le mythe de la domination américaine sur les mers et en affaiblissant le pétrodollar, l’Iran, bien que meurtri et battu, mène clairement au point dans ce conflit.

Le soutien prolétarien aux immigrés aux États-Unis

La guerre iranienne étant déjà impopulaire dès son déclenchement. Les manifestations actuelles aux États-Unis peuvent sembler à première vue être le noyau d’une réponse prolétarienne à la marche vers la guerre mondiale. Les attaques contre la fraction immigrée de la classe ouvrière aux États-Unis, à travers les raids de l’ICE dans les villes et les quartiers, ont fourni le terrain prolétarien pour une réponse. Toutes ces protestations n’ont pas seulement été caractérisées par les grandes marches dociles menées par le mouvement No Kings, mais par une confrontation directe entre les manifestants et les agents de l’ICE et du DHS sur le terrain. Afin de défendre leurs voisins de la classe ouvrière immigrée, les résidents des villes américaines, particulièrement à Minneapolis, se sont confrontés quotidiennement aux agents de l’ICE, sifflant souvent et tentant de s’interposer physiquement entre l’ICE et leurs victimes. Cette dynamique de travailleurs américains tentant délibérément de s’opposer aux objectifs du gouvernement pour le bien d’autrui est un signe de combativité de la classe ouvrière bien plus significatif que tout ce dont on peut se souvenir récemment. Jusqu’à présent, les limites de ces manifestations, du point de vue prolétarien, étaient que les confrontations avec le gouvernement fédéral sont restées entièrement liées aux expulsions.

Jusqu’à maintenant, les conséquences économiques de la guerre en Iran sur les travailleurs n’ont pas conduit à une réponse prolétarienne. Néanmoins, la classe dirigeante américaine est bien consciente de ce risque. Non seulement les manifestation bourgeoises No Kings organisées par le Parti démocrate et la gauche en général visent à entraîner les travailleurs, se considérant comme des citoyens, sur le terrain bourgeois démocratique, anti-Trump, No King. Cette campagne se renforce encore plus en se concentrant maintenant sur la destitution de Trump. Mais, plus dangereux encore, cette campagne démocratique anti-Trump vise à détourner les travailleurs de la défense leurs intérêts de classe économique en tant que travailleurs par des grèves généralisées et des manifestations.

Un tel mouvement de classe peut offrir une voie authentique et efficace pour résister la dérive guerrière menée par la classe dirigeante américaine dans son ensemble, Trump, les Républicains ainsi que les Démocrates, vers la guerre [7]. S’il serait tentant de qualifier les manifestations d’échec, c’est plutôt un succès de la fraction libérale de la bourgeoisie pour contrôler la colère du prolétariat et de l’utilisation par la bourgeoisie du chauvinisme et du racisme dans la marche vers la guerre.

Pour comprendre comment la bourgeoisie aux États-Unis tente d’exploiter ce contrecoup contre Trump, il faut regarder la soi-disant « grève générale » du 23 janvier à Minneapolis. Ce n’était pas une grève du prolétariat, mais un rassemblement gauchiste géré par la bourgeoisie pour que les gens évacuent leurs frustrations. Il est notable que les manifestants aient pu prendre le métro, il n’était pas en grève, pour aller aux manifestations et qu’il n’y a pas eu d’arrêt généralisé du travail. De plus, les syndicats, tout en semblant soutenir cet événement, n’ont pas réellement appelé leurs travailleurs à la grève [8]. Tout en évoquant le conflit de classe, une grande partie de ce mouvement a en fait cherché à resserrer les liens entre le prolétariat et la bourgeoisie de manière analogue aux mouvements antifascistes précédents.

Avec les échecs croissants de l’administration Trump et son inefficacité évidente sur les fronts économique, social, politique et international, la bourgeoisie américaine cherche déjà comment imposer à Trump de rectifier ses politiques ou éventuellement, comme certains le pensent peut-être déjà, de se débarrasser de lui d’une manière ou d’une autre. Si ces mouvements prolétariens naissants que nous voyons ne se développent pas pour défier directement la machine de guerre américaine par une véritable lutte prolétarienne générale, ils laisseront la place à la bourgeoisie pour continuer à dévoyer le « mécontentement » vers des manifestations anti-Trump et No Kings comme échappatoire à la colère prolétarienne. Cela s’est déjà produit très récemment aux États-Unis. Le mouvement Black Lives Matter a contribué à encourager la participation électorale, aspirant davantage la classe ouvrière américaine dans un jeu truqué qu’elle ne peut pas gagner [9]. Cette victoire de la bourgeoisie ne s’est pas produite dans le vide, mais en raison des illusions ouvrières sur la politique électorale et de la faiblesse de la Gauche communiste. Il ne suffit pas que les manifestants rendent le travail des flics de l’ICE plus difficile ou même qu’ils dénoncent la guerre, ils doivent explicitement rompre avec la bourgeoisie et lutter sur des bases de classe.

Alors que les prix de l’essence et de la nourriture augmentent et que les conditions de vie des travailleurs se dégradent radicalement, à cause de l’intervention militaire américaine même en Iran, la seule voie pour les travailleurs est de lutter contre tout nouveau sacrifice, toute coupe dans leurs conditions de vie et de travail, face à l’inflation, pour des augmentations de salaires, non aux coupes sociales, à l’assurance maladie et aux prestations sociales, etc.

Cela signifie que les travailleurs doivent lutter en tant que travailleurs, et non en tant que citoyens, par des grèves, des manifestations de rue, l’extension et la généralisation de toute lutte locale. C’est la première étape d’une réaction prolétarienne au cours actuel vers la guerre. Et c’est aussi la première étape de la lutte révolutionnaire que le prolétariat a besoin de développer afin de détruire le capitalisme et ses guerres et catastrophes dramatiques. Se trouvant en Amérique, c’est-à-dire au cœur et de la puissance centrale du capitalisme mondial aujourd’hui, toute riposte du prolétariat aux États-Unis est et sera une des clés pour que le prolétariat mondial puisse s’opposer à la dynamique actuelle vers la guerre mondiale impérialiste.

Fred, 10 avril 2026

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Robert Bibeau

Auteur et éditeur

Une réflexion sur “Réflexions sur les luttes ouvrières récentes aux États-Unis (GIGC/IGCL)

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