La démocratie : une institution inhérente aux sociétés de classe
Par Khider Mesloub.
La démocratie est communément définie comme le gouvernement du peuple par le peuple. Pourtant, cette définition idéale dissimule une réalité historique fondée sur l’exclusion, les inégalités et les rapports de domination. Depuis son apparition dans l’Antiquité jusqu’à ses formes parlementaires contemporaines, la démocratie n’a jamais constitué le gouvernement de l’ensemble de la population. Elle s’est toujours développée dans des sociétés profondément hiérarchisées, traversées par des rapports de domination économique et sociale. Loin d’être l’expression d’une souveraineté populaire universelle, elle apparaît comme une forme d’organisation politique permettant aux classes dominantes de réguler leurs rivalités, de préserver l’ordre social et de garantir les conditions de reproduction de leur puissance économique. La souveraineté est proclamée au nom du plus grand nombre, mais son exercice effectif demeure étroitement subordonné aux intérêts de ceux qui détiennent la propriété, la richesse, le pouvoir.
Voir à ce propos l’ouvrage de Robert Bibeau : La démocratie aux États-Unis (Les mascarades électorales). Publié en 2018 chez L’Harmattan, réédité en 2020 version PDF ici: LA-DEMOCRATIE-AUX-ETATS-UNIS https://les7duquebec.net/archives/231044).
La démocratie antique : une citoyenneté fondée sur l’esclavage
L’expérience athénienne, généralement présentée comme le berceau de la démocratie, illustre parfaitement cette contradiction originelle. Cette démocratie, dont l’existence fut d’ailleurs relativement brève, ne concernait qu’une minorité de la population : les citoyens libres de sexe masculin. Les femmes, les métèques, les esclaves et une grande partie des producteurs en étaient exclus. Les citoyens participant aux délibérations de l’Assemblée ne représentaient ainsi qu’une fraction réduite de la société. Cette exclusion n’était nullement accidentelle ; elle constituait au contraire la condition même du fonctionnement de la démocratie antique. Si les citoyens pouvaient consacrer leur temps aux affaires publiques, c’est précisément parce qu’ils étaient libérés des tâches productives, assumées par les esclaves. L’exercice de la citoyenneté reposait donc sur une division sociale du travail qui réservait la participation politique à une minorité privilégiée en transférant à une majorité privée de droits l’ensemble des activités nécessaires à la reproduction matérielle de la cité. La démocratie athénienne ne saurait dès lors être interprétée comme le gouvernement de tout le peuple. Elle était le gouvernement d’une communauté restreinte de citoyens privilégiés, dont la liberté politique reposait sur la dépendance économique et juridique d’autres catégories sociales. Derrière l’égalité proclamée entre citoyens se cachait une profonde inégalité entre ceux qui participaient à la décision politique et ceux dont le travail rendait cette participation possible.
Sous cet angle, la démocratie antique revêtait déjà un caractère de classe. Les principales institutions de la cité demeuraient réservées aux citoyens issus des classes possédantes, tandis que les classes laborieuses étaient exclues de toute participation effective à l’exercice du pouvoir. La souveraineté populaire s’arrêtait aux frontières de la citoyenneté, elle-même définie par une organisation sociale fondée sur l’esclavage et les privilèges. Dès son origine, la démocratie légitimait les rapports de domination ; elle les organisait politiquement en réservant l’exercice du pouvoir à une minorité socialement privilégiée.
La démocratie représentative au service de l’ordre bourgeois
Plus d’un millénaire après la disparition de la démocratie antique, celle-ci réapparaît dans un contexte historique radicalement différent. Les révolutions bourgeoises anglaise, américaine et française des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles ne ressuscitent pas la démocratie par simple fidélité à l’héritage grec ; elles lui confèrent une fonction nouvelle, adaptée aux exigences de la société capitaliste naissante. Loin de constituer un accident de l’histoire, cette renaissance accompagne l’accession de la bourgeoisie au pouvoir politique et la consolidation de son hégémonie économique. La démocratie représentative s’impose alors comme la forme de domination la plus appropriée au développement du capitalisme. À la différence des régimes fondés sur le privilège héréditaire ou le droit divin, elle permet de conférer au pouvoir une légitimité reposant sur le consentement électoral des gouvernés. Les producteurs, devenus juridiquement libres mais économiquement contraints de vendre leur force de travail, sont désormais intégrés au jeu politique en qualité de citoyens. Ils participent à la désignation périodique de leurs gouvernants sans pour autant exercer une maîtrise comparable sur les rapports de production qui déterminent leurs conditions d’existence. La démocratie bourgeoise réalise ainsi une innovation politique majeure : elle associe les classes dominées à la désignation des gouvernants tout en préservant la domination économique des classes possédantes. Le suffrage devient le principal instrument de légitimation de l’État, tandis que la propriété privée des moyens de production demeure le fondement intangible de l’ordre social. Les gouvernements changent au gré des élections ; les rapports de propriété, eux, restent hors de portée du vote populaire.
La représentation politique remplit dès lors une fonction essentielle : administrer les affaires communes de la société tout en garantissant les conditions de reproduction du système économique. Les responsables politiques apparaissent comme les arbitres de l’intérêt général ; ils évoluent cependant dans un cadre institutionnel dont les limites sont largement définies par les exigences de l’accumulation du capital et par la préservation des rapports de propriété qui structurent la société bourgeoise.
À cet égard, une contradiction fondamentale mérite d’être soulignée. Alors que la démocratie est présentée comme le gouvernement du peuple, son champ d’application s’arrête précisément là où se concentre le pouvoir réel : la sphère économique. Les prolétaires élisent leurs députés, leurs maires ou leurs présidents, ces élus chargés d’administrer l’ordre capitaliste ; ils ne désignent ni les dirigeants des grandes banques, ni les présidents des groupes industriels, ni les membres des conseils d’administration des principales entreprises qui orientent pourtant une part décisive de la vie économique et sociale. Or, dans les sociétés capitalistes, les décisions les plus déterminantes ne sont pas prises dans les enceintes parlementaires. Les choix relatifs à l’investissement, à la production, à l’emploi, aux délocalisations, aux licenciements, aux salaires ou à la répartition des profits relèvent principalement des détenteurs du capital. Ces centres de décision échappent à toute procédure démocratique. Les dirigeants des grandes entreprises ne tiennent leur autorité ni du suffrage universel ni d’un mandat confié par les travailleurs ; ils sont désignés par les propriétaires du capital ou par les organes qui les représentent. L’entreprise constitue ainsi une singularité rarement interrogée par la « science politique » bourgeoise. Alors qu’elle est le lieu où se créent les richesses matérielles et où se déroule une large part des conditions d’existence de la population, son fonctionnement repose sur un principe essentiellement hiérarchique. Les salariés participent à la production des richesses, mais ils ne disposent d’aucun pouvoir comparable dans la désignation de ceux qui dirigent l’entreprise ou dans les grandes orientations économiques qui engagent leur avenir. Cette dissociation entre démocratie politique et pouvoir économique n’est pas une anomalie ; elle constitue l’un des traits structurels de la démocratie bourgeoise. La souveraineté populaire s’exerce dans la sphère institutionnelle, tandis que la souveraineté économique demeure fondée sur la propriété privée des moyens de production. Le suffrage universel organise ainsi la compétition pour l’exercice du pouvoir politique, sans soumettre au même principe démocratique les principaux centres de décision économique. C’est dans cette séparation entre pouvoir électoral et pouvoir économique que réside l’une des mystifications fondamentales des démocraties capitalistes contemporaines.
À ses débuts, de la fin du XVIIIᵉ siècle jusqu’à une grande partie du XIXᵉ siècle, la démocratie bourgeoise n’entretenait aucune ambiguïté quant à son caractère de classe. Elle était ouvertement censitaire, élitaire et patrimoniale. Les classes bourgeoises, alors engagées dans la consolidation de leur pouvoir économique et politique, n’éprouvaient nul besoin de dissimuler le caractère de classe de leurs institutions. Elles considéraient comme allant de soi que seuls les propriétaires étaient aptes à participer au gouvernement de la cité. La démocratie n’était pas conçue comme l’expression de la souveraineté de tous, mais comme le mode de gouvernement des citoyens jugés suffisamment indépendants parce qu’ils possédaient un patrimoine. Cette conception reposait sur un principe simple : la propriété était réputée garantir l’autonomie, la responsabilité et la compétence politique. En conséquence, le droit de vote comme l’éligibilité étaient subordonnés au paiement d’un niveau déterminé d’impôts ou à la possession d’un patrimoine minimal. Le suffrage censitaire exprimait sans détour cette philosophie politique élitaire. L’exercice de la citoyenneté était réservé à ceux qui détenaient les richesses, tandis que les classes laborieuses, pourtant majoritaires, demeuraient exclues de la représentation nationale.
Ce système présentait au moins l’avantage de la cohérence. Les institutions correspondaient ouvertement à la structure sociale sur laquelle elles reposaient. Les classes dominantes n’invoquaient pas encore une souveraineté populaire universelle tout en limitant ses effets ; elles assumaient explicitement que le pouvoir politique devait revenir aux possédants, considérés comme les véritables garants de l’ordre social bourgeois et de la prospérité économique.
Le suffrage universel : une conquête populaire aux effets limités
L’instauration du suffrage universel fut beaucoup plus tardive. Elle ne résulta ni d’une conversion spontanée de la bourgeoisie aux principes de l’égalité politique, ni d’un simple approfondissement naturel de la démocratie représentative. Elle fut l’aboutissement de plusieurs décennies de mobilisations populaires, de révolutions, d’insurrections, de grèves et de revendications démocratiques qui modifièrent progressivement le rapport de force entre les classes sociales. Sous cette pression populaire croissante, les élites dirigeantes durent consentir à l’élargissement du corps électoral. Toutefois, cette extension du droit de vote ne signifiait pas l’abandon de la domination bourgeoise. Elle en transformait les modalités. Les classes populaires obtenaient le droit de désigner leurs représentants, mais non celui de remettre en cause les fondements économiques de la société. Le suffrage universel ouvrait l’accès à la citoyenneté politique sans s’accompagner d’une démocratisation de la propriété, de l’entreprise ou des principaux leviers de décision économique. La démocratie devenait universelle dans son principe électoral, tandis que le pouvoir économique demeurait concentré entre les mains d’une minorité propriétaire des moyens de production.
À partir de la fin du XIXᵉ siècle et plus encore au cours du XXᵉ siècle, le capitalisme entre dans une nouvelle phase de son développement. La bourgeoisie n’est plus seulement la classe dominante sur le plan économique ; elle a désormais consolidé son hégémonie sur l’ensemble de la société. Pour reprendre la distinction élaborée par Marx, le capital passe de sa domination formelle à sa domination réelle : il ne se contente plus d’exploiter le travail, il façonne désormais les institutions, les modes de vie, les représentations collectives et les mécanismes de légitimation politique. Dans ce nouveau contexte, l’élargissement du suffrage universel acquiert une fonction décisive. Il ne s’agit plus seulement d’organiser la désignation des gouvernants, mais d’intégrer les classes populaires au fonctionnement même du système politique. Cette intégration demeure toutefois essentiellement électorale. Les prolétaires sont appelés à choisir périodiquement leurs représentants, mais ils restent largement exclus de l’élaboration permanente des politiques publiques et, plus encore, des décisions qui gouvernent la sphère économique. L’intervention populaire est concentrée sur le moment électoral ; l’exercice quotidien du pouvoir demeure, pour l’essentiel, entre les mains des gouvernants, des hauts appareils administratifs et des principaux détenteurs du pouvoir économique.
Cette dissociation entre participation électorale et exercice effectif du pouvoir constitue l’une des caractéristiques fondamentales de la démocratie bourgeoise moderne. Le suffrage universel confère aux institutions une légitimité populaire, mais il n’autorise pas la remise en cause des fondements de la société capitaliste. Les élections permettent de choisir les gouvernants chargés d’administrer l’ordre capitaliste ; elles ne permettent pas de soumettre au vote la propriété des moyens de production, les rapports de production ou les principales orientations de l’économie.
Le suffrage universel remplit ainsi une double fonction. D’une part, il offre aux prolétaires la possibilité de participer à la désignation des dirigeants politiques, renforçant ainsi la légitimité des institutions bourgeoises. D’autre part, il canalise les conflits sociaux vers la compétition électorale, en transformant les antagonismes de classe en alternances gouvernementales qui laissent généralement inchangés les fondements économiques de la société. L’intégration politique des classes populaires contribue ainsi à la stabilité du système sans modifier les rapports de propriété qui le structurent. Dans cette perspective, la citoyenneté moderne présente une singularité historique. Les individus participent à la désignation des gouvernants tout en demeurant largement étrangers aux décisions qui déterminent les principales orientations économiques et sociales. La souveraineté populaire est reconnue dans son principe, mais son champ d’application demeure limité. L’égalité politique proclamée coexiste ainsi avec une profonde asymétrie du pouvoir économique, qui constitue l’une des contradictions constitutives des démocraties capitalistes contemporaines.
L’élargissement du droit de vote ne s’est pas opéré d’un seul mouvement. Il fut progressif, souvent conflictuel, et résulta de l’évolution des rapports de force entre les classes sociales. D’abord réservé aux propriétaires les plus fortunés, le corps électoral s’étendit à d’autres catégories de la population, avant d’être finalement ouvert aux classes populaires, puis aux femmes. Chaque étape de cette extension fut moins le produit d’une générosité des gouvernants que l’aboutissement de longues mobilisations politiques et sociales. Une fois le suffrage universel instauré, les classes dirigeantes constatèrent cependant qu’il ne menaçait pas fondamentalement leur domination. Les formations politiques, y compris celles qui se réclamaient de la transformation sociale, s’inscrivaient dans le cadre institutionnel existant et accédaient au pouvoir par les règles de la compétition électorale sans remettre durablement en cause les fondements de la propriété privée ou du mode de production capitaliste. L’intégration du conflit social dans l’espace parlementaire contribuait au contraire à stabiliser les institutions en canalisant les revendications populaires vers les mécanismes de la représentation politique.
Le suffrage universel révéla ainsi toute son efficacité comme instrument de légitimation. En associant l’ensemble des prolétaires à la désignation des gouvernants, il conférait aux décisions publiques une autorité fondée sur le consentement électoral, tout en préservant les structures économiques qui organisaient la domination sociale. Dès lors, la bourgeoisie n’avait plus de raison de redouter l’élargissement du corps électoral ; elle pouvait y voir, au contraire, l’un des principaux fondements de la stabilité politique des sociétés capitalistes. Dans cette perspective, le vote acquiert une fonction qui dépasse la simple désignation des représentants. Il constitue le principal mécanisme par lequel les prolétaires sont intégrés à l’ordre politique existant. Le prolétaire, désormais défini avant tout comme électeur, participe périodiquement à la légitimation des institutions sans disposer d’un pouvoir équivalent sur les structures économiques qui déterminent pourtant une large part de son existence. La souveraineté populaire s’exprime dans les urnes, tandis que les rapports de propriété demeurent largement soustraits à son contrôle. C’est dans cette dissociation entre participation électorale et pouvoir économique que réside l’une des principales mystifications de la démocratie bourgeoise.
L’intégration du mouvement ouvrier dans l’ordre parlementaire
Parallèlement à l’élargissement du suffrage universel, l’irruption du prolétariat organisé sur la scène politique modifia profondément les rapports entre les classes sociales. À mesure que les syndicats se développaient, que les partis socialistes gagnaient en influence et que les mobilisations ouvrières se multipliaient, la bourgeoisie comprit que la seule répression ne suffirait plus à préserver durablement l’ordre social. Il devenait nécessaire d’intégrer une partie du mouvement ouvrier au fonctionnement des institutions plutôt que de le maintenir durablement à leur périphérie. Cette intégration constitua un tournant majeur dans l’histoire de la démocratie bourgeoise. Longtemps exclus ou réprimés, les partis ouvriers furent admis dans le jeu parlementaire. Ils purent participer aux élections, accéder aux assemblées et, parfois, exercer des responsabilités gouvernementales. Cette ouverture répondait certes aux revendications démocratiques des classes populaires, mais elle présentait également un intérêt évident pour les classes dirigeantes : canaliser la conflictualité sociale dans le cadre des institutions représentatives plutôt que de la voir s’exprimer sous la forme d’affrontements révolutionnaires. Cette évolution transforma une partie du mouvement ouvrier. Les organisations qui étaient nées pour remettre en cause les rapports de production capitalistes furent conduites à concentrer une part croissante de leur activité sur les échéances électorales, le travail parlementaire et la négociation institutionnelle. La conquête de réformes immédiates tendit à se substituer à la perspective d’une transformation radicale de la société. Le parlementarisme prit peu à peu le pas sur la stratégie révolutionnaire. C’est dans ce contexte que se développa le réformisme. Celui-ci repose sur l’idée que les contradictions du capitalisme peuvent être corrigées par la législation sociale, les négociations collectives et l’alternance démocratique, sans remettre en cause la propriété privée des moyens de production. L’amélioration de la condition ouvrière apparaît désormais comme le résultat d’une accumulation de réformes plutôt que comme l’aboutissement d’une rupture révolutionnaire.
Cette institutionnalisation eut également des conséquences sur la représentation politique des classes populaires. Le travailleur organisé dans les syndicats, les coopératives ou les organisations de lutte fut redéfini comme un citoyen avant tout appelé à exercer périodiquement son droit de vote. La mobilisation collective céda du terrain à la participation électorale ; le militant tendit à devenir un électeur ; la lutte sociale fut de plus en plus traduite dans le langage de la compétition parlementaire. En ce sens, on peut parler d’une dépossession du collectif réel au profit du citoyen abstrait. Le suffrage universel contribua ainsi à intégrer durablement les classes populaires au fonctionnement de la démocratie bourgeoise. Cette intégration participa à la stabilisation des sociétés capitalistes en orientant une large part des conflits sociaux vers les institutions existantes. Les revendications portant sur la transformation des rapports de propriété furent remplacées par des revendications relatives à la répartition des revenus, à la protection sociale ou à l’amélioration des conditions de travail.
Dans cette perspective, la démocratie bourgeoise apparaît comme un puissant mécanisme d’intégration politique. Elle associe les prolétaires à la désignation des gouvernants, reconnaît un ensemble de droits formels, politiques et sociaux, tout en laissant largement inchangées les structures fondamentales de la propriété et du pouvoir économique. La participation électorale tend ainsi à devenir le principal mode d’expression de la souveraineté populaire, tandis que les principaux centres de décision économique demeurent soustraits au contrôle démocratique.
La crise de la démocratie bourgeoise contemporaine
Au cours du XXᵉ siècle, ce compromis entre représentation politique, intégration électorale des classes populaires et maintien de la propriété privée assura une stabilité durable aux démocraties occidentales. C’est précisément cet équilibre historique qui entre aujourd’hui en crise.
Cette contradiction éclaire les évolutions contemporaines. À mesure que les marges de redistribution se réduisent et que les inégalités se creusent, la capacité intégratrice de la démocratie bourgeoise s’affaiblit. Les institutions continuent de bénéficier de la légitimité du suffrage universel, mais elles peinent de plus en plus à répondre aux attentes sociales qu’elles avaient contribué à faire naître. C’est dans cet écart croissant entre l’égalité politique proclamée et les inégalités économiques persistantes que prennent racine les crises actuelles de la démocratie bourgeoise.
Ainsi comprise, la démocratie bourgeoise parlementaire ne se réduit pas à une simple procédure électorale ; elle constitue un mode spécifique d’organisation de la représentation politique, inhérent à une société de classe. La participation périodique aux élections ne suffit pas à réaliser pleinement la souveraineté populaire, car celle-ci supposerait également la démocratisation des principaux pouvoirs économiques et sociaux qui structurent durablement la vie collective.
En définitive, l’évolution historique retracée ici montre que la démocratie bourgeoise a toujours conservé un caractère de classe. Si ses formes institutionnelles ont évolué au fil des siècles, sa fonction fondamentale est demeurée stable : organiser la compétition politique entre les différentes fractions des classes dominantes tout en préservant les fondements économiques de la société capitaliste. Les alternances gouvernementales modifient les équipes dirigeantes, mais elles ne remettent jamais en cause les rapports de propriété qui constituent l’ossature du système.
Toutefois, cette forme de légitimation traverse aujourd’hui une crise profonde. Durant une longue période, la croissance économique, les réformes sociales et la croyance dans l’efficacité du suffrage universel ont permis de maintenir un relatif consensus autour des institutions représentatives bourgeoises. Cet équilibre tend désormais à s’épuiser. L’accroissement des inégalités, la précarisation d’une partie du salariat, la concentration du pouvoir économique et le sentiment d’une impuissance croissante des gouvernements nourrissent une défiance durable à l’égard des institutions démocratiques.
Du consentement électoral au gouvernement par la contrainte
Face à cette crise de légitimité, les mécanismes traditionnels de la représentation apparaissent de moins en moins suffisants pour susciter l’adhésion populaire. Les campagnes électorales mobilisent des moyens financiers toujours plus considérables, les promesses se multiplient, les dispositifs de soutien ou d’incitation aux électeurs se développent, tandis que les gouvernements cherchent à restaurer une confiance qui s’érode d’élection en élection. La démocratie bourgeoise tend ainsi à devenir une démocratie de plus en plus coûteuse, où la conquête du consentement exige des ressources financières, médiatiques et institutionnelles toujours plus importantes. Ce paradoxe révèle l’épuisement d’un modèle électoral historique. Plus la démocratie représentative bourgeoise peine à convaincre de son efficacité, plus elle doit déployer des moyens exceptionnels pour préserver sa légitimité.
C’est précisément dans cette contradiction que prennent naissance les formes contemporaines de gouvernement que nous désignons sous le concept de démospotisme : un régime dans lequel les procédures démocratiques sont officiellement maintenues, mais où leur fonction essentielle consiste de plus en plus à assurer la reproduction d’un ordre économique et social fondé sur des mécanismes de despotisme. À mesure que s’affaiblit la légitimité des institutions représentatives bourgeoises, le consentement électoral tend à être complété par un recours croissant aux dispositifs de contrainte, de surveillance, de contrôle social, de judiciarisation, de restriction des libertés publiques et de répression des contestations, afin de préserver un ordre politique dont les bases se fragilisent.
En conclusion.
En tant qu’institution propre aux sociétés de classe, la démocratie bourgeoise est historiquement liée à l’existence des rapports de domination qu’elle organise et légitime. Avec l’abolition de la domination de la bourgeoisie et la disparition des classes sociales, elle perdrait donc sa raison d’être. Une société sans classe n’aurait plus à gouverner des individus placés dans des rapports d’exploitation, mais à organiser collectivement la production, la distribution et l’usage des richesses. À l’administration politique des personnes se substituerait alors l’administration commune des biens et des besoins, selon des formes de décision que cette société nouvelle aurait elle-même à inventer.
La démocratie, en tant qu’institution propre aux sociétés de classe, rejoindrait alors les formes de pouvoir appelées à disparaître avec les conditions historiques qui les ont fait naître. Comme l’esclavage, le servage ou la monarchie absolue, elle trouverait sa place dans le musée de l’histoire.
Khider MESLOUB

Par Khider Mesloub.
Versão em Língua Portuguesa:
https://queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com/2026/08/democracia-uma-instituicao-inerente-as.html
Le camarade Mesloub nous démontre scientifiquement comment de tout temps:
«La superstructure politique est subordonnée à l’infrastructure économique» puisque c’est cette dernière qui fournit aux politiciens «improductifs» les moyens matériels et spirituels d’exercer leur «parlementerie», au frais des exclus sur qui cette fausse «démocratie» constitue une vraie dictature soutenue par le plein poids de la loi à travers ses fonctionnaires, ses tribunaux, sa police, ses prisons et son armée.
Ainsi, dans l’Athènes esclavagiste antique, «berceau» de la démocratie de la classe esclavagiste: les «citoyens», athéniens de naissance, esclavagistes, libres, majeurs et ayant servi ou servant dans l’armée, environ 10% de la population athénienne, à l’exclusion des femmes, des mineures, des «métèques» et des esclaves, soit 90% de ladite population, choisissaient entre eux, ceux qui les représentaient pour l’administration de leurs intérêts communs afin d’exercer leur dictature de classe, voilà en quoi consistait la «démocratie esclavagiste athénienne» tant vantée démagogiquement par la bourgeoisie.
En réalité, l’essence vitale de la «démocratie esclavagiste athénienne» consistait en son caractère parasitaire c’est-à-dire que ceux qui l’exerçaient étaient des parasites sociaux, des êtres «improductifs» qui vivaient au crochet de ceux qui produisaient les biens dont ils vivaient: les esclaves, les métèques et les femmes, l’armée laborieuse des sans voix, soumise à la dictature «élective» des parasites armées et leurs chantres religieux.
Sachant cela, comment comprendre la propagande goebelienne des idéologues de la bourgeoisie qui s’ingénient depuis toujours, à présenter la dictature des esclavagistes athéniens comme le «berceau de la démocratie» et leur propre modèle de «démocratie»?
Pour la raison alambiquée que si la «démocratie ‘ élective’ des esclavagistes athéniens» était celle du «peuple par le peuple et pour le peuple», celle des esclavagistes bourgeois serait aussi «le pouvoir par le peuple et pour le peuple» des esclavagistes bourgeois.
MARX et ENGELS, écrivaient dans le Manifeste du Parti communiste:
«La bourgeoisie a enfin, depuis l’établissement de la grande industrie et du marché mondial, conquis pour elle-même, dans l’État représentatif moderne, une domination politique exclusive.Le pouvoir exécutif de l’État moderne ( le gouvernement, ndla) qu’un comité qui gère les affaires communes de toute la classe bourgeoise».
Cette domination exclusive de la bourgeoisie sur l’État, à travers sa «démocratie élective», fondée sur le «droit de vote» et leur répartition sur une carte électorale patentée à son seul profit, découle directement du pouvoir du «capital» c’est-à -dire la propriété des moyens de production, tant des biens matériels que spirituels: avec les premiers on finance les élections et subvient aux besoins des «candidats»; avec les seconds, les MERDIA$ MAINSTREAM DES MILLIARDAIRES, on manipule et façonne l’«opinion publique» en faveur de ses candidats et discrédite ceux de ses adversaires, principalement, ceux du prolétariat, leur ennemi de classe antagoniste et irréconciliable.
Dans un texte prémonitoire et toujours d’actualité, MARX écrivait en 1855:
«En Angleterre, la liberté de presse a jusqu’ici été le privilège exclusif du capital.» (marxists.org, Neue Oder Zeitung, 30/03/1855).
Ils poursuivaient en écrivant:
«Les dispositions concernant le cautionnement tuèrent la presse dite révolutionnaire. [la presse] est la troisième puissance dans l’État» (marxists.org, The Class Struggles in France,1844 to 1850).
Cette domination de «la presse» par le capital, loin de s’atténuer, n’a fait que s’intensifier avec l’expansion du capitalisme, tant et si bien, qu’aujourd’hui, il peut être affirmé sans crainte de se fourvoyer que ~85% des mass-médias mondiaux, tous médiums confondus, est la propriété des milliardaires ou de leurs États et dépendent d’eux par la publicité qui les financent.
Ainsi, le «suffrage universel», étalon de la démocratie bourgeoise, n’existe pas dans un espace politique «égalitaire» mais dans un espace merdiatique dominé ma$$ivement par le capital, tant pour le choix et le financement des candidats que pour celui de la propagande qui présente cette «politique» a un électorat matraqué, manipulé, écrasé, dissuadé et sondé, une machine infernale dominé par la bourgeoisie afin de convaincre, de gré ou de force, un troupeau d’électeurs jusqu’à l’abattoir de l’isoloir où il doit choisir l’un ou l’autre des «candidats», «bonnet blanc ou blanc bonnet» que leur offrent les partis de la bourgeoisie régnante.
LÉNINE, fort de l’opinion matérialiste dialectique et historique invincible de MARX et d’ENGELS et de sa propre expérience révolutionnaire, a porté l’analyse de la duperie électorale bourgeoise à un niveau supérieure lorsqu’il a écrit: «Comment garantir la succès de l’Assemblée constituante?».
Ainsi, il écrit;
«Ce n’est pas la ‘liberté de la presse’, mais la liberté pour les riches, pour la bourgeoisie, de tromper les masses opprimées. […]
[L]a publication d’un journal est une entreprise capitaliste et lucrative, dans laquelle les riches investissent des millions et des millions de roubles [les annonces publicitaires procurent, ndla] un revenu énorme, en fait le principal revenu de leurs éditeurs capitalistes. […]
La ‘liberté de presse’ dans la société bourgeoise signifie la liberté pour les riches de tromper, de corrompre et de duper systématiquement, sans relâche, chaque jour, en millions d’exemplaires, les masses exploitées et opprimées, les pauvres». (marxists.org, «How to Guarantee the Success of the Constituant Assembly», 28/09/1917).
Dans «DE L’ÉTAT ET LA RÉVOLUTION», LÉNINE, démasque totalement le «suffrage universel», cette panacée bidon, alambiquée et patentée par la bourgeoisie pour duper les masses exploitées et les enrôler dans le choix truqué de leurs propres fossoyeurs: des «élus» majoritairement choisis, financés, soumis et recyclés par la bourgeoisie pour la servir dans cette vaste opération de manipulation et de supercherie.
LÉNINE écrit:
«L’État […] proclame le suffrage universel, déclare […] qu’il n’est pas un État de classes […] Le pouvoir reste aux mains du capital, que le régime soit censitaire ou non, même si la république est démocratique» ( marxists.org, De l’État,1919).
Dans sa lettre à Sylvia Pankhurst, LÉNINE, écrit des FAITS qui demeurent d’une actualité et d’une véracité d’une rigueur et d’une exactitude époustouflante, preuves probantes de la puissance analytique et révolutionnaires du MARXISME:
«[La bourgeoisie des pays parlementaires] connaît mille tours pour tromper le peuple […] dissimulant avec les innombrables liens du parlement avec la Bourse et les capitalistes […]
en tirant profit d’une presse vénal […] en se servant de toutes les façons de l’argent, puissance du capital». (marxists.org, no 18 du Bulletin communiste, 15/07/1920).
Le développement historique du «suffrage universel» sous la dictature de la bourgeoisie et le «financement étatique» des partis politiques, l’évolution de l’électorat par l’instruction publique et l’existence de partis autoproclamés: «insoumis», «populaire», «solidaire», voire «socialiste», même «communiste», n’ont rien changé à la domination de «facto» de l’appareil d’État par le capital comme le démontre à l’évidence TOUS LES GOUVERNEMENTS DU MONDE CAPITALISTE, depuis les U$A présidé par un milliardaire dégénéré avec moins de vote que ses adversaires; jusqu’à la République populaire de Chine, présidé par un apparatchik du parti «national-socialiste» à la chinoise, élu par une clique sélectionnée sur le volet, en passant par un Micron 1er en talons hauts cloutés dont le parti ne représente que 7% de l’électorat; un Zizilinsky au mandat électoral expiré depuis 2 ans; un Poutine, ex-apparatchiks et espion renégat et à la totalité des dictateurs pour la durée de leur mandat «électif» sur des mensonges, des promesses d’ivrogne, la tromperie, la fourberie et la supercherie dont ils n’ont aucun compte à rendre à leurs électeurs trompés, abusés, opprimés et exploités.
Si d’aventure, une élection patentée n’aboutissait pas à la dictature du capital et à l’intérêt de la bourgeoisie, qu’à cela ne tienne, un coup d’État, une assassinat, une guerre de changement de régime ramènera le troupeau égaré à l’abattoir du capital ainsi qu’en témoignent les Mussolini, Hitler, Franco, Salazar, Dollfuss, Metaxas, Antonescu, Horthy, Alexander 1er de Yougoslavie, Pitsudski, Georgiev, Päts, Ulmanis, Vargas, Uriburu, Pinochet, Videla, Bordaberry, les colonels grecs, Evren, Zia-ul-Hag, Hussein, a,-Assad, Gaddafi, Pahlavi, Chung-hee, Suharto, Duvalier, Garcia, Baptista, Gomez, Berlusconi, Xi, Micron, Zizilensky, Poutine, Tr0mp, etc…etc…etc… qui d’un coup d’État à des promesses électorales d’ivrogne ont imposé la dictature de la bourgeoisie à un prolétariat opptimé.
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