La stratégie médiatique états-unienne 1945-2005
Par René Naba. Sur La stratégie médiatique états-unienne 1945-2005 – En point de mire
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont déployé un système sans précédent de propagande. À travers des structures comme le Congrès pour la liberté de la culture, ils ont corrompu les élites intellectuelles occidentales. Puis, instrumentalisant la liberté de l’information, ils ont noyé le monde sous leur point de vue unique, grâce à de puissantes agences de presse et à un gigantesque maillage de radios profanes et religieuses, ainsi que le révèle René Naba dans son dernier livre, Aux origines de la tragédie arabe, dont nous reproduisons un extrait.
Du bon usage des principes universels
Les grands principes universalistes découlent rarement de considérations altruistes. Ils répondent davantage à des impératifs matériels. Il a en a été ainsi du principe de la liberté de la navigation brandie par l’Angleterre au XVIIe et XVIIIe siècles pour assurer sa suprématie maritime et partant son hégémonie commerciale à l’ensemble de la planète. Il en a été de même du mot d’ordre de libre-échange décrété par les pays occidentaux au XIXe et XXe siècles pour contraindre la Chine à écouler les marchandises occidentales sur son marché intérieur au nom de la « politique de la porte ouverte ». Il en sera de même du « principe de la liberté d’information » fermement défendu par les États-Unis, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale pour assoir leur suprématie idéologique dans les quatre domaines qui conditionnent la puissance : politique, militaire, économique et culturel.
Dans leur bataille idéologique pour la conquête de l’imaginaire des peuples, gage essentiel de la pérennité d’une nation, les États-Unis développent un argumentaire reposant sur une double articulation, un argument intellectuel, le principe de la liberté de la circulation de l’information et des ressources, un argument pratique, le fait que les États-Unis soient la seule grande démocratie au monde à ne disposer ni d’un ministère de la culture, ni d’un ministère de la communication, preuve irréfutable, selon eux, d’un régime de liberté.
Présenté comme l’antidote absolu au fascisme et au totalitarisme, le principe de la liberté de l’information, constitue un des grands dogmes de la politique états-unienne de l’après-guerre, son principal thème de propagande. C’est une formidable machine de guerre qui répond à un double objectif. Briser, d’une part, le cartel européen de l’information, principalement le monopole britannique des câbles transocéaniques qui assure —via Cable and Wireless— la cohésion de l’Empire et confère une position de prépondérance à l’agence britannique d’information Reuter’s, accessoirement la prééminence de l’Agence française Havas, la future Agence France Presse (AFP) en Amérique latine, zone d’intérêt prioritaire des États-Unis.
Neutraliser, d’autre part, toute critique par l’élimination de toute concurrence européenne qui pourrait présenter les États-Unis en termes peu flatteurs aux lecteurs, l’image dévalorisée de l’Américain cow-boy mâcheur de chewing gum, ou plus grave la ségrégation raciale et les lynchages du Klu Klux Klan ou encore le grand banditisme de l’époque de la prohibition. Sous une liberté apparente perçait déjà le contrôle. Toute une littérature va théoriser ce principe de liberté de l’information et donner un habillage moral à une politique d’expansion [1].
L’un des plus éloquents théoriciens en la matière sera William Benton, ancien sous-secrétaire d’État du président démocrate Franklin Roosevelt, promoteur du « New Deal ». Benton qui présidera la prestigieuse publication Encyclopaedia Britannica, dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, invitera les États-Unis à « faire tout ce qui est en leur pouvoir » pour briser les barrières artificielles qui s’opposent à l’expansion des agences américaines privées, des magazines, des films et autres moyens de communication.
La liberté de la presse et la liberté de l’échange de l’information font partie intégrante de la politique étrangère états-unienne, soutient-il estimant que le contrôle mondial des communications favorise les débouchés d’exportation [2]. Sous les grands principes percent déjà des objectifs matériels.
Quant à l’argument pratique, l’absence de structure ad hoc de propagande, le fait est fondé, mais doit être nuancé. Certes il n’y a ni ministère de la culture ni ministère de la communication dans le gouvernement des États-Unis, mais, dans cette bataille idéologique, les États-Unis pratiquent, non l’attaque frontale mais l’entrisme, une stratégie de contournement périphérique, une diplomatie multilatérale instrumentalisant les organisations internationales à vocation universelle ou spécifique, doublée d’une diplomatie parallèle de ses agences spécialisées : la CIA (agence centrale du renseignement) et les Fondations philanthropiques pour le blanchiment des fonds [3].
Que ce soit l’ONU, L’UNESCO, le Conseil économique et social de l’ONU ou l’Organisation interaméricaine, toutes auront inscrit dans leur charte « le principe de la liberté de l’information ». Toutes, peu ou prou, auront fait office de tribune pour la propagation de la doctrine états-unienne de la libre circulation de l’information. Qu’on en juge. La chronologie suffit à fonder cette affirmation. En septembre 1944, le Congrès des États-Unis officialise cette politique par une motion proclamant « le droit mondial à l’information pour les agences qui recueillent et font circuler l’information, sans discrimination », un droit qui sera protégé par le Droit international public.
Cinq mois après la motion du Congrès, la Conférence interaméricaine de Mexico adopte à son tour une résolution sur le libre accès à l’information (février 1945), suivie quatre mois plus tard de la Conférence de San Francisco portant création de l’ONU (juin 1945), puis du Conseil économique et social de l’ONU qui inclue la résolution dans sa charte en février 1946. Puis, le principe de la liberté de l’information reçoit une consécration officielle lors de la première session de la conférence générale de l’UNESCO à Paris (novembre 1946), suivi un mois plus tard par l’Assemblée générale de l’ONU qui proclame « La liberté de l’information, droit humain fondamental, impliquant le droit de rassembler, de transmettre et de publier des nouvelles partout sans entraves » (14 décembre 1946). Le temps n’est pas encore au journalisme embedded, ombiliqué à l’armée, imbriqué aux sources de l’administration, pratiqué lors de l’invasion anglo-saxonne de l’Irak en 2003, pour des raisons de « sécurité nationale ».
En deux ans, la structure de la diplomatie multilatérale de l’après-guerre est verrouillée par ce principe. Les États-Unis réussissent à le faire figurer dans la charte des cinq grandes organisations internationales (ONU, UNESCO, ECOSOC (Conseil Economique et Social), Organisation interaméricaine et l’Assemblée générale de l’ONU). L’ONU compte à l’époque cinquante cinq membres, le quart du nombre actuel avec une majorité automatique pro-occidentale composée de pays européens et latino-américains sous la férule états-unienne. Tous les grands États du tiers-monde en sont absents. La Chine continentale est boycottée au profit de Taiwan, l’Inde et le Pakistan, les deux nouvelles puissance nucléaires d’Asie sont sous domination anglaise de même que le Nigeria et l’Afrique du Sud, les deux géants de l’Afrique, nouveaux candidats au titre de membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, tandis que le Maghreb et l’Afrique occidentale se trouvent, eux, sous contrôle français.
Les États-Unis, qui disposent pendant une quinzaine d’années d’une majorité automatique, ne la dénigrent que lorsqu’elle rejoint le camp adverse, le bloc neutraliste soutenu par le camp soviétique. Elle refuse en conséquence de verser sa cotisation pendant une dizaine d’années.
Le déploiement sur le théâtre euro-méditerranéen
Ce corpus doctrinal est animé par le Congrès pour la liberté et la culture doublé sur le terrain d’une structure d’appoint de propagation thématique en application d’une stratégie de maillage planétaire dite de « global connexion » constitué d’un réseau enchevêtré de radios profanes, de radios religieuses et de publications périodiques animées par des prestigieuses personnalités sur les principaux théâtres de la confrontation Est-Ouest, avec un ciblage particulier sur l’ensemble arabe
Le Congrès pour la liberté et la culture (1950-1967)
Fer de lance de la guerre idéologique anti-soviétique, le Congrès est constitué d’un rassemblement hétéroclite de transfuges du bloc soviétique, d’intellectuels occidentaux, anciens compagnons de route du Parti communiste ou de simples intellectuels épris de reconnaissance sociale ou de bien être matériel [4]. Sa propagande vise tout autant à dénoncer le matérialisme marxiste qu’à sensibiliser les esprits, sur le plan du conflit du Proche-Orient, à un arrimage d’Israël au système d’alliance du monde occidental.
Ponctionnant 5 % du budget du Plan Marshall, soit près de 200 millions de dollars par an, le Congrès finance la publication de dizaines d’ouvrages au succès retentissant notamment New Class, une étude sur l’oligarchie yougoslave réalisée par le dissident anti-Tito et Docteur Jivago de l’écrivain russe Boris Pasternak ou encore L’Art de la Conjecture du royaliste français Bertrand de Jouvenel.
Parmi les principaux animateurs du Congrès figuraient ainsi Sol Lovitas, ancien collaborateur de Léon Trotski, le fondateur de l’Armée Rouge, désormais recyclé à la tête de l’influente revue Partisan Review, Nicolas Nabokov, fils du musicien Vladimir Nabokov ainsi que de l’écrivain Arthur Koestler, dont la CIA assure la promotion de son livre-culte Le Zéro et l’Infini achetant en sous main plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires pour en faire un succès de librairie avec les retombées éditoriales inhérentes. Ce qui fait la gloire de cet ancien communiste hongrois, ancien kibboutznik israélien qui se suicide à Londres, point ultime de son parcours cahoteux.
Le Congrès complète son travail de pénétration par un maillage éditorial sur tous les continents, finançant l’édition de quinze publications aux avants postes de la Guerre froide. En France, le Congrès bénéficie notamment du relais de deux institutions : Force ouvrière (FO), la formation syndicale dissidente de la CGT (Confédération générale du travail), la principale centrale ouvrière communiste française de l’époque, et l’équipe du journal conservateur Le Figaro autour de Pierre Brisson, ami du sociologue Raymond Aron [5] et de Nicolas Nabokov ainsi que du concours d’André Malraux, ancien ministre de la culture de Charles de Gaulle.
Annie Kriegel, éditorialiste du Figaro, passe ainsi de l’ultra-stalinisme à l’ultra-sionisme sans le moindre sas de décompression, trouvant dans ce quotidien une tribune appropriée à ses nouvelles diatribes anticommunistes, à la mesure des panégyriques passés en faveur de la « Patrie des travailleurs ». Épousant un cheminement intellectuel analogue, son neveu par alliance, Alexandre Adler, lui succède trente ans plus tard dans cette même fonction tribunicienne au sein de ce même journal, fustigeant à longueur de colonnes le nouvel ennemi public universel le « fascisme vert », que son collègue éditorialiste Yvan Rioufol désigne par le terme stigmatisant de « nazislamisme » [6]
Outre Annie Kriegel, deux autres personnalités se sont distinguées dans ce dispositif pendant un demi-siècle par leur rôle prescripteur de l’opinion occidentale particulièrement à l’égard du conflit israélo-arabe et de la question palestinienne : Walter Laqueur et Claire Sterling [7]. Natif de Pologne, en 1921 à Breslau (Wroclaw actuellement), naturalisé anglais, collaborateur de la revue Commentary et de The Public Interest fondé par son ami Irwing Kristoll, père de William Kristoll junior, un des théoriciens du néo-conservatisme de l’administration George Bush Jr. lors de la guerre d’Irak (2003) et de « la destinée manifeste des Etats-Unis », Walter Laqueur représente à Tel-Aviv pendant toute la durée des 17 ans de son fonctionnement le Congrès pour la liberté et la culture. Il contribue largement à cimenter un partenariat stratégique entre Israël et le « Monde libre », notamment les États-Unis et l’Europe occidentale à travers une série d’ouvrages répercutés par l’ensemble du réseau des quinze publications du Congrès sur tous les continents. En Europe, notamment à Berlin et Vienne, les deux lieux de transit privilégiés du monde interlope des transfuges, des exfiltrés et des agents double, à Rome, siège du parti communiste le plus important d’Europe occidentale, le Parti communiste italien animé par des dirigeants de légende tels Palmiro Togliatti et Enrico Berlinguer, ainsi qu’à Beyrouth, traditionnelle caisse de résonance des turbulences arabes, via une publication en langue arabe Al-Hiwar (Le Dialogue) qui assure la propagation des thèses du Congrès à destination de l’ensemble arabo-musulman.
Auteur de plusieurs ouvrages notamment La Génération Exodus , Mourir pour Jérusalem, « La Tentation neutraliste, Walter Laqueur co-préside, à 85 ans, le Conseil de la recherche internationale rattaché au CSIS de New York [8]. Ses plus récents écrits portent sur la nouvelle thématique idéologique de ses amis néo-conservateurs : Une Guerre sans fin, le terrorisme au 21ème siècle, ainsi qu’un ouvrage dont l’ambition cachée est de faire le tour de la question sur l’un de sujets d’actualité les plus violemment controversés de l’époque contemporaine : Les Voix de la terreur : manifestes, écrits, Al-Qaïda, Hamas et autres terroristes à travers le monde, à travers les âges.
Claire Sterling, (1918-1995), trône, elle, pendant un demi-siècle sur le Reader’s Digest, l’un des principaux vecteurs souterrains de la guerre culturelle menée par les services états-uniens. Grande théoricienne de la criminalité transnationale, elle assume une fonction de diversion, pratiquant avec un art consommé la « technique de l’enfumage », poussant des contre-feux médiatiques pour détourner l’attention sur les propres turpitudes de son camp.
Elle s’applique ainsi à dénoncer régulièrement la pieuvre mafieuse [9], pour mieux occulter l’une des plus grande entreprises criminelles du monde, le système Clearstream, système de compensation bancaire du Luxembourg chargé du blanchissement des opérations douteuses des grandes démocraties occidentales [10] ou encore pour occulter l’instrumentalisation de la commercialisation de la drogue pour le financement des opérations clandestines des services états-uniens en Amérique latine.
Diffusé en dix sept langues dans 160 pays, le Reader’s Digest popularise les analyses de Claire Sterling autoproclamée grande spécialiste du terrorisme moyen-oriental dans son ouvrage The terror network (Le Réseau terroriste) », exerçant de ce fait une sorte de monopole de l’intimidation par l’expertise [11]. Sous couvert de professionnalisme, Claire Sterling et Walter Laqueur auront alimenté régulièrement les revues spécialisées subventionnées par la CIA de chroniques dont le contenu est puisé directement auprès de leur bailleur de fonds.
Préfiguration de l’endogamie contemporaine entre pouvoir politique et pouvoir médiatique, le Congrès pour la Liberté et la Culture pratique à grande échelle l’autolégitimation d’une pensée homogénéisée où l’expert ne se reconnaît pas à la qualité de ses recherches mais à sa fréquentation assidue des forums médiatiques ; où l’intellectuel décrété comme tel mène une réflexion conforme à la politique éditoriale des médias dont il est l’invité précisément afin d’accréditer la pensée qu’ils propagent.
À coups de manipulation, de falsifications, de prévarications, une large fraction de l’élite intellectuelle occidentale aura ainsi sombré dans les travers qu’elle dénonce aujourd’hui comme étant l’une des plaies du tiers-monde. De l’autopromotion des experts à l’autosuggestion des thèmes, à l’intimidation par une prétendue expertise, « l’Amérique », héraut du « Monde libre », aura utilisé avec les complicités européennes et la vénalité de certains leaders d’opinion contre le totalitarisme, les méthodes mêmes du totalitarisme.
Les radios profanes : un tir de saturation
Le dispositif médiatique mis en place pour mener de pair le combat contre le communisme, sur le plan international, et le combat contre l’athéisme, sur le plan arabo-musulman, répond à un objectif qui relève dans la terminologie militaire du « tir de saturation tous azimuths ». Si sur le plan idéologique, Radio Free Europe est au premier rang des instruments de la guerre psychologique contre le bloc soviétique en sa qualité de principal retransmetteur de la production intellectuelle du Congrès pour la liberté et la culture », Voice of America est, quant à elle, le vecteur d’accompagnement de la diplomatie états-unienne, alors que les radios religieuses font office de levier de sensibilisation des groupes ethnico-communautaires de confession chrétienne dans la zone euro-méditerranéenne.
Par l’entremise de Radio Free Europe, l’es États-Unis assurent une pleine couverture de l’Europe orientale et des républiques musulmanes d’Asie centrale, servant d’amplificateur aux débats et grandes manifestations artistiques ou culturelles, les éditoriaux et analyses confectionnés dans les publications satellites. Soutenue intellectuellement et matériellement par la puissante Freedom House [12] , bras armé de la propagande gouvernementale et de la droite conservatrice internationale, Radio Free Europe Radio liberty Inc, basée à Prague (République tchèque), dipose pendant 40 ans de cinq sites d’émission en Europe, dont trois en Allemagne et de 54 fréquences. Radio Free Europe a un prolongement sur le continent latino-américain Radio TV Marti (anti-cubaine) et en Asie, Radio Free Asia.
Avec Voice of America (VOA), ces trois vecteurs relèvent au sein de l’administration américaine de l’International Broadcasting Bureau (IBB ), disposant de vingt sites de retransmission dans le monde dont trois dans les pays arabes (Maroc, Koweït, Émirats Arabes Unis) ainsi qu’en Albanie, en Grèce, au Sri Lanka, en Allemagne, au Portugal et en Espagne.
Voice of America est le premier vecteur trans-régional en termes de puissance. Il dispose pour le secteur Méditerranée-Océan Indien de 24 émetteurs totalisant une puissance de feu inégalée de 9.100 KW et de 83 fréquences réparties sur trois sites d’émission. Deux d’entre eux (Rhodes et Kavala (nord de la Grèce) sont destinées au secteur Moyen-Orient/Asie Centrale, le troisième, Tanger, pour le Maghreb, les Balkans et la Méditerranée occidentale. Ce dispositif est complété par deux retransmetteurs installés dans deux principautés pétrolières, le Koweit et les Émirats Arabes Unis. À cela s’ajoutent les nouveaux vecteurs crées à l’occasion de la Deuxième Guerre contre l’Irak en 2005, Radio Sawa (Ensemble), la chaine de télévision Hurra (Libre). Toujours en Méditerranée, les États-Unis aménagent, tant en Italie qu’en Grèce, deux centres régionaux radiophoniques pour la production des programmes à l’intention des troupes stationnées dans le cadre de l’OTAN, à Héraklion (Grèce), siège de l’Armed Forces Radio and TV Service Air Force European Broadcasting Squadron et à Vicenza (Italie), siège du Southern European Broadcasting Service.
Le Congrès fonctionne pendant dix sept ans jusqu’à la Troisième Guerre israélo-arabe de juin 1967. Il passe ensuite la main aux prédicateurs électroniques dont le zèle prosélyte va se conjuguer au lobbying de la politique sioniste des organisations juives états-uniennes pour conduire Washington à s’engager dans un soutien sans faille à Israël. États-uniens et Israéliens s’appliquent alors à promouvoir une « idéologie des Droits de l’Homme », selon l’expression de l’historien Peter Novick [13], comme arme de combat contre le totalitarisme communiste, dans un premier temps, contre le totalitarisme islamique, dans un deuxième temps, après l’effondrement du bloc soviétique.
Le prosélytisme religieux : les prédicateurs électroniques
Aux radios profanes se sont superposées une vingtaine de grandes corporations radiophoniques religieuses disposant de moyens financiers et techniques sans équivalent dans les deux tiers des pays de la planète, dont les motivations ne paraissent pas toujours répondre à des considérations exclusivement philanthropiques.
S’appliquant à porter quotidiennement la « Voix du Seigneur » à travers le monde dans l’espoir problématique de gagner de nouvelles ouailles à la cause de leur propre dieu, ces prédicateurs électroniques nourrissent une prédilection particulière pour les foyers de tension (Sud du Liban, Sud du Soudan) et les minorités ethnico-religieuses des pays fragilisés par les dissensions intestines (Arméniens, Kurdes, Berbères) et, depuis l’invasion de l’Irak, en 2003, pour le nord kurdophone irakien. Tel est le cas de IBRA Radio (International Broadcasting Radio) qui anime au Moyen-Orient vers le Sud du Liban et la zone frontalière libano-israélienne une antenne locale onde courte pour les émissions de la station High Adventure alors que le Sud du Soudan, peuplé de chrétiens et d’animistes en rébellion contre le gouvernement islamique de Khartoum, est alimenté par les programmes de “Radio Elwa”, dirigée depuis Monrovia (Libéria) par des missionnaires anglo-saxons.
Au premier rang de ces corporations radiophoniques se place Trans World Radio (TWR), suivie d’Adventiste World Radio (AWR), FEBA Radio, IBRA Radio, WYFR-Family Radio, Monitor Radio et Nexus IBD. À l’exception de Radio Vatican (1555 KW, 36 fréquences, 33 langues) et d’une minuscule radio orthodoxe, Radio Trans Europe, toutes les grandes radios religieuses sont d’inspiration anglo-saxonne.
Toutefois par son ampleur et ses capacités, Trans World radio (TWR) constitue la première radio planétaire transfrontière de surcroît religieuse. Pionnière en la matière, TWR assure des émissions en 100 langues dans des idiomes négligés par les majors occidentales, dont elle apparaît dans les nouvelles terres de mission, les zones d’évangélisation d’Afrique et d’Asie, comme un utile instrument d’appoint. Disposant de neuf relais terrestres dont cinq en Europe (Albanie, Monaco, Pays-Bas, Chypre et Russie) deux en Asie (Ile de Guam et Sri Lanka) un en Afrique (Swaziland) et un en Amérique latine (Uruguay), TWR gère les émissions des trois sites méditerranéens (Albanie, Monaco et Chypre) depuis Vienne (Autriche) et aligne, rien que pour l’Europe, une puissance substantielle (1500 KW, 14 fréquences et des émissions en 30 langues), supérieure à bon nombre de radios occidentales. Vers la rive sud de la Méditerranée, TWR assure des émissions en 21 langues dont le Kurde, le Berbère, ainsi que les langues des pays méditerranéens. À Chypre, à la suite des programmes de RMC Moyen-Orient et à partir des antennes de la radio française [14], TWR assure des émissions religieuses nocturnes en trois langues (Arabe, Farsi, Arménien) sur ondes moyennes en direction des principaux pays musulmans. À travers les sites de Remoules (Sud de la France) et de Cap Greco (Chypre), grâce à sa coopération avec RMC France et RMC-MO, TWR jouit d’un avantage incomparable celui d’émettre en ondes moyennes lui assurant un bon confort d’écoute dans une zone qui abrite le centre historique de l’Islam et les principales réserves énergétiques mondiales. Deux autres radios religieuses participent de ce verrouillage médiatique : Adventist World Radio (AWR) et FEBA (Far East Broadcasting Association-Missionary) : Adventist World Radio dispose, pour sa part, pour l’Europe de 16 fréquences pour des émissions en 17 langues dont l’arabe (5 heures), l’anglais (6 heures dont 3 vers le Moyen-Orient), le français (5 heures en direction du Maghreb et de l’Afrique), le Farsi (2H), l’Urdu et le Hindi (2 heures chacun).
À titre indicatif, les radios religieuses anglo-saxonnes assurent 9 000 heures de programmes par mois, soit près de 10 fois plus que Radio Le Caire, le principal vecteur arabe du plus grand pays arabe, l’Égypte, qui abrite la plus forte densité de population (75 millions). En comparaison, The Friend of Israël Gospel Ministry, Église baptiste états-unienne, diffuse des émissions en faveur d’Israël sur 700 stations états-uniennes et publie la revue Israël My Glory dans 151 pays, collectant, rien qu’en 2005, des dons d’un montant de 8,5 millions de dollars en faveur de l’État hébreu [15].
À journées faites, sans interruption, et rien qu’en Méditerranée, pas moins de 2500 KW diffusent des programmes sur une vingtaine de fréquences dans toutes les langues du puzzle humain de la sphère arabo-musulmane, sans parler naturellement de Radio Vatican, la radio officielle de la chrétienté catholique. Relayant en programmes religieux les émissions profanes des vecteurs internationaux, les médias des grandes corporations religieuses optimisent ondes et fréquences saturant comme pour l’aseptiser de toute pollution anti-occidentale l’espace hertzien au point de donner l’impression à un passager d’un vol de nuit d’être propulsé aux confins du Paradis, bercé par Le Cantique des cantiques. Longtemps avant l’émergence des fedayins palestiniens dans le paysage arabe, bien longtemps avant Oussama Ben Laden, bien des décennies avant la désignation du « péril islamiste » comme la menace majeure du XXIe siècle, quotidiennement, invariablement, inlassablement, telle une symphonie pastorale s’élançant des îles de la Méditerranée vers l’espace arabo-musulman, les incantations divines de la liturgie occidentale avec une méticulosité monacale.
En tout temps, en tout lieu, en toute langue, l’aspersion est continue, l’intensité diluvienne. Sans exception, toutes les îles au nom si évocateur de paradisiaques vacances : Chypre, Malte, Rhodes, la Crête, la Sicile, toutes sont mobilisées pour prêcher la bonne parole. Toutes y compris le promontoire de Gibraltar et la sérénissime enclave de Monaco. De quoi combler d’aise le souverain marocain très sourcilleux sur les croyances de ses fidèles sujets, justifier les imprécations des Algériens contre le parti de l’étranger ou celles des théologiens de Qom contre le « Grand Satan états-unien » ou celle des islamistes salafistes sur « une nouvelle croisade occidentale ». Ainsi se nourrit l’imaginaire collectif des populations exacerbées.
Notes
[1] Parmi les ouvrages préconisant la liberté d’information, citons Barriers Down (Abattre les frontières) de Kent Cooper, directeur exécutif de l’agence états-unienne Associated Press, Farrar & Rinehart éd., 1942, ainsi que la contribution de James Lawrence Fly, président de la Federal Communications Commission (équivalent états-unien du CSA français) « A free flow of news must link the nations », Free World, Volume VIII, Août 1944. Bibliothèque du Congrès.
[2] « La propagande culturelle au service des Affaires », Herbert Schiller, professeur à l’Université de Californie à San Diégo, in Manière de voir n°47 (Cinquante années qui ont changé notre Monde), avril -mai 2004.
[3] « La Fondation Ford, paravent philanthropique de la CIA » et « Pourquoi la Fondation Ford subventionne la contestation » par Paul Labarique.
[4] « Quand la CIA finançait les intellectuels européens » par Denis Boneau.
[5] « Raymond Aron, avocat de l’atlantisme » par Denis Boneau.
[6] « Choc des civilisations : la vieille histoire du « nouveau totalitarisme » » par Cédric Housez.
[7] – Manufacturing Consent : The Political Economy of the Mass Media par Noam Chomsky, linguiste et philosophe, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et Edward S. Herman. Version française : La Fabrique de l’Opinion publique, Le serpent à Plumes éd., 2003.
[8] « CSIS, les croisés du pétrole » 6 juillet 2004.
[9] La Pieuvre. La mafia à la conquète du monde, 1945-1989 et Pax mafiosa, les multinationales du crime vont-elles s’emparer du pouvoir mondial ?, Robert Laffont éd., 1990 et 1993.
[10] Révélation$ par Denis Robert et Ernest Backes, Les Arènes éd., 2001.
[11] Who paid the piper par par Frances Stonor Saunders, productriuce de documentaires historiques pour la BBC, Granta Books éd., 1999. Version française : Qui mène la danse ? La Cia et la guerre froide culturelle, Denoël éd., 2003.
[12] « Freedom House : quand la liberté n’est qu’un slogan »
[13] Holocaust and Collective Memory par Peter Novick, Bloomsbury Publishing éd., 2001. Version française : L’Holocauste dans la vie américaine, Gallimard éd., 2001.
[14] « L’audiovisuel extérieur français : cahoteux, chaotique et ethniciste » par René Naba
[15] « Evangelized foreign policy ? » par Howard LaFranchi, The Christian Science Monitor, 2 mars 2006. Version française : « Quand les évangéliques dictent la politique étrangère américaine », Le Courrier International, n°803 du 23 mars 2006.

Par René Naba. Sur
Le 26 juin 1945, lors de la conférence fondatrice de San Francisco qui a établi les Nations unies, le fonctionnaire américain servant de secrétaire général était l’agent communiste Alger Hiss, qui a été démasqué comme espion soviétique en 1948 (il était également membre du « Council on Foreign Relations », véritable « gouvernement de l’ombre » des États-Unis).
L’ONU a remplacé la Société des Nations mondialiste comme fondement du nouvel ordre mondial globaliste. L’ONU a été mise en place sur la base du Manifeste communiste de Karl Marx.
Rappelons qu’avec la Première Guerre Mondiale, les empires de type théocratique seront effacés, tandis qu’à l’Est, le Communisme, préfiguration d’un « supergouvernement » mondial, couronnera l’œuvre des « Puissances d’argent » qui allaient pouvoir y tester à fond leurs théories totalitaires (qui allaient coûter des millions de vies humaines) afin d’en corriger les défauts.
WW1 donnera également naissance à la Société des Nations (ancêtre de l’ONU), étape provisoire vers une plus grande « intégration » mondiale.
ONU, UNESCO, OMS, FMI, OIT, etc. Ces organismes internationaux sont en réalité à l’origine d’une dégradation constante de la vie politique, de l’économie, de la santé et de la culture des nations. Jamais il n’y a eu plus de haine et de conflits entre les pays que depuis que l’ONU existe. L’OMS vaccine et empoisonne les masses pour, au mieux, les abrutir. L’UNESCO (ce « Vatican de la pensée rationaliste » comme dit Pierre Gerbet) nivelle les cultures par le bas. Le FMI endette les pays riches et dépossède les plus pauvres. La science détruit l’environnement sous l’œil complice des organismes mondiaux chargés de le protéger, etc.
Sir Julian Huxley, neveu de Thomas Huxley (un des fondateurs de la « Round Table ») et frère d’Aldous, qui contribuera à la naissance de l’UNESCO (dont il deviendra même le premier Directeur Général), n’hésita pas à déclarer : « Nous n’avons plus besoin de recourir à une révélation théologique ou à un absolu métaphysique. Freud et Darwin suffisent à nous donner notre vision philosophique du monde. ».
À propos des médias d’hier et d’aujourd’hui :
Lors d’un banquet donné en son honneur à New York à l’occasion de sa retraite, John Swinton (1829–1901), qui fut un temps rédacteur en chef du New York Times, fit la déclaration suivante à « la presse indépendante » : « Quelle folie que de porter un toast à la presse indépendante ! Chacun, ici présent ce soir, sait que la presse indépendante n’existe pas. Vous le savez et je le sais. Il n’y en pas un parmi vous qui oserait publier ses vraies opinions, et s’il le faisait, vous savez d’avance qu’elles ne seraient jamais imprimées. Je suis payé $250 par semaine pour garder mes vraies opinions en dehors du journal pour lequel je travaille. D’autres parmi vous, sont payés le même montant pour un travail similaire. La fonction d’un journaliste est de travestir la vérité, de mentir radicalement, de pervertir, d’avilir, de ramper aux pieds de Mammon, et de se vendre soi-même, de vendre son pays et sa race pour son pain quotidien. Vous savez cela et je le sais ; quelle folie donc que de porter un toast à la presse indépendante ! Nous sommes des outils et les vassaux d’hommes riches qui commandent derrière la scène. Nous sommes les marionnettes, ils tirent sur les ficelles et nous dansons. Nos talents, nos possibilités et nos vies sont la propriété de ces hommes. Nous sommes des prostitués intellectuels ».
En juin 1991, à la réunion du Groupe Bilderberg qui se déroulait à Baden-Baden, David Rockefeller déclarait : « Nous remercions le Washington Post, le New-York Times, Times Magazine et les autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté leurs promesses de discrétion pendant au moins 40 ans… Il aurait été impossible pour nous de développer notre plan mondial s’il avait été l’objet d’une publicité quelconque pendant ces années-là. Mais le monde est vraiment plus sophistiqué et préparé à marcher vers un Gouvernement Mondial. La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est certainement préférable aux décisions nationales qui se pratiquent depuis des siècles ».
À la suite du bombardement de l’Irak à la fin de l’année 1998, la secrétaire d’État des États-Unis, Mme Madeleine Albright, admettait que « la chaîne CNN est le seizième membre du Conseil de sécurité des Nations Unies » ?
En 2003, au moment de la nouvelle guerre d’Irak, la « News Corporation » de Ruppert Murdoch qui possédait plus de 175 titres de presse écrite (dont le « Times » de Londres, le journal le plus prestigieux et le plus influent du monde, et le journal populaire britannique « Sun »), ainsi que 35 chaînes de télévision dans le monde, agira uniquement en faveur de l’intervention en Irak. La puissance du réseau de « Murdoch » est telle qu’il peut atteindre trois milliards de personnes.
Serge Hutin, dans son ouvrage « Gouvernement invisibles et sociétés secrètes », écrit que Jacques Bergier lui racontait un jour « qu’il existe une série de questions dont il est absolument interdit à la presse de parler et dont la liste se trouve stipulée avec précision sur un petit carnet noir qui, quel que soit le régime politique du pays, car l’interdit est universel, mondial, se trouve remis à tout directeur d’un important organe de presse d’information, qu’il soit tributaire du grand capitalisme ou communiste. ».
Henri Coston, dans son livre « Les 200 familles au pouvoir » (paru en 1977), au chapitre V intitulé « mass media au service du Grand Capital », commence par rappeler les conséquences, à l’époque, de cette mainmise du Grand Capital sur le secteur « Presse-Livre », et notamment, sur la prise de possession par un seul homme de deux mastodontes de la presse française : le Figaro et France-Soir :
« Les journaux, la radio et la télévision, écrit-il, ont été prolixes sur l’affaire du Figaro et sur celle de France-Soir, mais ils l’ont été infiniment moins sur M. Hersant, le nouveau “patron” de ces deux quotidiens parisiens. Ils ont souligné ce qu’il y avait d’anormal dans la prise de possession de ces mastodontes de la presse par un seul homme, mais ils n’ont guère manifesté de curiosité pour le personnage lui-même (hormis quelques rares confrères plus soucieux de démolir un concurrent ou un adversaire politique, que d’expliquer un phénomène social inquiétant). Par exemple, ils ont omis de dire que M. Robert Hersant, à ses débuts, avait pour commanditaire le financier Haïm-David Igoin, homme de confiance de l’Union soviétique, arrêté par la D.S.T. (Direction de la Surveillance du Territoire) en 1955 pour ce motif (et bientôt relâché), qui administrait pour le compte du Kremlin plusieurs sociétés françaises : Société Parisienne de Banque, Cie France-Navigation, Sté Européenne pour l’industrie et le Commerce, Sté Industrielle et Commerciale des Produits Récupérés, Sté d’Exploitation des Procédés Lafaille, Sté de Location des Sièges Dossiers, Sté de Construction d’Ouvrages Préfabriqués, Sté Parisienne de Banque, devenue Cie Financière de Paris, Consortium du Nord, Cie Française de Cultures et de Participations, etc. Dans ces deux dernières sociétés, liées à la Banque Française de la rue Vivienne, M. Haïm-David Igoin avait placé l’un de ses fidéicommissaires, l’ancien sénateur Lanet, un secrétaire d’Etat du gouvernement Mendès-France (1954-1955). Notons que M. Hersant est un ancien supporter de M. Mendès-France et un ami de M. Edgar Faure (On connaît les sympathies de M. Edgar Faure, qui est l’un des rares politiciens français parlant russe, pour l’Union soviétique) qui a joué un rôle important dans les négociations concernant le Figaro.
« J’ai longuement expliqué dans “Les Financiers qui mènent le monde” et dans “Le Secret des Dieux” comment “Hachette”, qui contrôle une grande partie de la distribution, exerce une dictature discrète mais réelle sur la pensée française. Je n’y reviendrai pas, renvoyant le lecteur à ces deux ouvrages qui expliquent le mécanisme de l’opération. Le monopole Hachette, notamment et très officiellement, dans les bibliothèques de gares et du métro parisien, est considéré par les écrivains lucides comme un véritable attentat à la liberté d’opinion. Des hommes de lettres comme Huysmans et Maupassant, Mirbeau et Barbey d’Aurevilly, des journalistes comme Drumont et Rochefort, des hommes politiques aussi différents que Barrès, Clemenceau, Deroulède et Millerand se sont, jadis, indignés du droit que la maison Hachette s’arrogeait déjà dans le domaine de la pensée. Aucun des livres dits “exclusivité Hachette” ne pouvait paraître sans un accord formel (c’est-à-dire sans que chaque manuscrit soit passé au crible et soumis à l’approbation d’un censeur de la puissante maison pour être retenu). Que de bons livres, trop peu conformistes, ont été ainsi écartés depuis cinquante ans et plus ! C’est cette censure que Drumont jugeait intolérable : “De quel droit, écrivit-il un jour (les patrons de la Maison Hachette) exercent-ils sur les livres qui traitent des questions sociales une censure qu’ils n’exercent pas sur les obscénités ? De quel droit se permettent-il d’empêcher le public de lire un ouvrage irréprochable en tous points sous le rapport des mœurs, et qui n’a que le tort de pas être suffisamment respectueux pour les Rothschild ?” Depuis quelques années, la situation est plus alarmante encore. Hier, il se trouvait des libraires assez courageux ou simplement connaissant leur métier et bons commerçants qui, se passant du “trust vert” (Nom donné avant la guerre à Hachette en raison de la couleur verte de ses voitures et de la devanture de ses dépôts), commandaient directement à l’éditeur le livre jugé trop non conformiste pour être diffusé par la voie normale. Ce sont ces quelques centaines de libraires qui ont permis à des dizaines de milliers de nos contemporains de lire ce que les financiers qui mènent le monde veulent leur cacher. Pour briser cette opposition latente au monopole, pour empêcher que trop de livres puissent se vendre en dehors du circuit, un malin au service des trusts et des banques eut une idée de génie : retirer aux petits libraires une partie de leur clientèle, donc provoquer à plus ou moins longue échéance leur disparition. Pour ce faire, deux moyens : la vente par correspondance à prix avantageux et les magasins de discount. C’est ainsi que furent créés, ici et là, des entreprises offrant à prix réduits, les derniers ouvrages à succès des grands éditeurs. Quant aux magasins de discount, qui font des remises atteignant 20 % sur les nouveautés de librairie, ils n’appartiennent jusqu’ici qu’à une seule entreprise : la FNAC. Les révélations de “Lectures françaises” furent comme un coup de projecteur donné dans la coulisse de la FNAC. On découvrit alors, tapis dans l’ombre des grandes affaires, les véritables tireurs de ficelles. On s’aperçut que la FNAC, qui s’était présentée au début comme une “Fédération d’Achats des Cadres” était une société anonyme au capital de plusieurs milliards d’anciens francs dont les dirigeants effectifs appartenaient aux oligarchies financières. Exactement comme le “trust vert”, avec lequel la FNAC est d’ailleurs liée. »
Sex, Drugs & Rock :
Will Durant (1885-1981), philosophe et historien Américain, écrivait : « Une grande civilisation n’est conquise de l’extérieur que si elle est détruite de l’intérieur. »
Et Carl von Clausewitz (1780-1831), officier général et théoricien militaire Prussien, disait : « Un grand pays de civilisation européenne ne peut être conquis sans l’aide de discordes intérieures. ».
« Si tu veux vaincre ton ennemi, élève ses enfants », dit le proverbe Oriental.
Depuis plus de soixante-dix ans, une puissante révolution a pris forme sans parti politique, sans discours électoraux, et même sans manifeste idéologique pour énoncer les buts et objectifs des nouveaux révolutionnaires.
Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une profonde révolution sociale, économique, morale et culturelle a choisi de proclamer son radicalisme par la musique, les Chansons et les stars du Rock and Roll.
Au départ, tout cela n’a pas été pris au sérieux, car tous s’imaginaient que c’était une mode de plus qui finirait bien par passer comme l’avaient déjà fait le Charleston, le Boogie-Woogie et le Twist. Toutefois, le phénomène socio-culturel du Rock and Roll, apparu au début des années 50, allait déferler sur le monde tel une vague de fond mêlée de boue, de scories, de sang et de sacrifices humains.
Soixante-dix ans plus tard, la musique Rock a évolué jusqu’à devenir la plus puissante révolution des corps, des esprits et des cœurs jamais sortie des entrailles de l’Enfer.
En 1951-1952, un jeune chanteur du Centre Ouest américain nommé Little Richard a commencé à modifier le « Beat » du « Rythm and Blues » de la population noire du Sud. Néanmoins, précisons que c’est un disc-jockey de Cleveland (USA) qui inventa le terme « Rock and Roll » pour identifier ce nouveau rythme musical. Ce que la plupart ignorent, c’est que cette expression décrit deux mouvements du corps humain pendant les ébats sexuels. L’emprunt est fait à l’argot populaire des ghettos américains (le terme « Rock and Roll » est un équivalent de « va-et-vient »).
En 1954-1955, un jeune chanteur et guitariste maîtrisait la technique et la forme musicale de cette musique nouveau genre. Il s’agit d’un jeune baptiste du Sud, formé dans une chorale paroissiale, fort admiré pour son talent et pour sa voix pleine de charme. Son nom : Elvis Presley.
Elvis est vraiment l’initiateur de toute la révolution Rock car à lui seul il a incarné la révolte adolescente contre la famille, la religion et la nation. Il s’est appliqué systématiquement au rejet de tous les tabous, à commencer par les tabous sexuels les plus détestés de la jeunesse en révolte.
Victime de sa propre célébrité et de sa narcomanie, il mourait dans sa quarantième année après avoir constaté le succès foudroyant de sa révolution sociale et morale.
Voilà la première phase de la révolution du Rock and Roll dans le monde.
La révolution en cours va à nouveau prendre de l’ampleur. L’arrivée en scène des Beatles, des Rolling Stones et du groupe The Who va maintenant ajouter un élément nouveau aux ressources infernales. La jeunesse est déjà initiée aux drogues hallucinogènes depuis que le Dr Timothy Leary (qui agissait en rapport étroit avec Aldous Huxley) a fait connaître la formule du LSD. Inévitablement, la musique Rock allait intégrer toute la panoplie de la drogue à l’éventail des émotions fortes offert aux auditeurs de la nouvelle vogue : l’« Acid Rock ». Les Beatles avec « Yellow Submarine » (hallucination psychédélique), les Rollings Stones avec « Brown Sugar » (cocaïne), « Sister Morphine » et « Cousin Cocain », et finalement « Silver Lady » (seringue hypodermique). Abby Hoffman déclara alors : « Le Rock est la source de la révolution. Notre façon de vivre avec la drogue, les vêtements freaky, la musique Rock à plein pouvoir, c’est ça la révolution ! »
Profitons-en pour rappeler que le LSD a été mis au point en 1943 par le chimiste Albert Hoffman qui travaillait alors pour la Société « Sandoz AG », maison pharmaceutique Suisse, propriété des banquiers Warburg de Londres (principaux financiers de la Révolution bolchévique, ainsi que l’un des huit principaux actionnaires de la Banque centrale américaine lors de sa création en 1913). La Société « Sandoz AG » a été absorbée en 1995 par la « Swiss Bank Corporation » ou « Société de banque suisse » (SBS) qui fusionnera à son tour avec l’« Union de Banques Suisses » en 1998 pour former l’un des premiers établissements financiers mondiaux : UBS.
À propos des Beatles et des Rolling Stones, citons Guy Boulianne qui, dans son ouvrage « La Société Fabienne », dit ceci : « Les Beatles (bons garçons) et les Rolling Stones (méchants garçons) sont les deux faces d’une même pièce qui a été frappée par l’Institut Tavistock pour présenter à la jeune génération une nouvelle langue et une nouvelle éducation culturelle autour des prétendues libertés : la liberté de consommer de la drogue et la liberté de devenir une contre-culture. Tout ceci a été fabriqué. ».
En effet, souvenons-nous que lorsque les Beatles arrivèrent aux États-Unis pour la première fois, en 1964, ils furent assaillis à l’aéroport par des centaines d’adolescentes hystériques. La presse nationale annonça aussitôt que la « Beatlemania » s’était emparée de l’Amérique. Mais en réalité, les jeunes filles avaient été transportées d’un collège du Bronx à New-York, et payées par les promoteurs des Beatles pour leur séance de hurlements hystériques ; la même année, les Rolling Stones firent leur apparition en Amérique au « Ed Sullivan Show », comme les Beatles quelques mois plus tôt. Les téléspectateurs eurent cette fois droit au spectacle de la mise à sac du studio par les fans. L’opposition entre les « gentils » Beatles et les « méchants » Rolling Stones fut la stratégie (habituelle) utilisée pour la jeunesse : « diviser pour mieux régner ». De plus, notons que le premier vrai succès des Rolling Stones fut, en fait, écrit par l’un des Beatles : c’est George Harrison, le guitariste des Beatles, qui fit les arrangements pour leur premier contrat d’enregistrement.
À toutes fins utiles, précisons que l’Institut Tavistock (précédemment cité) est une ex-clinique psychiatrique créée en 1920 en Angleterre dans le cadre de recherches sur les psychoses traumatiques par bombardement sur des rescapés de la première guerre mondiale. L’Institut Tavistock, qui se développera comme le centre par excellence des recherches psychiatriques, changera son nom en 1947 en « Tavistock Institute of Human Relations ». Financée principalement par la « Rockefeller Foundation », le « Tavistock Institute », sous la direction de John Rawlings Rees, deviendra une véritable agence de guerre psychologique du service de renseignements britannique. Précisons encore que J.R. Rees, qui était psychiatre, eut pour étudiant un personnage, réfugié d’Allemagne, qui devait faire aux États-Unis une brillante carrière : Henry Alfred Kissinger.
Notons au passage que cette institut qui hébergeait depuis 1989 le « Gender Identity Development Service » (GIDS), s’est compromis dans un scandale autour de la question transgenre pour adolescents, dénoncé en 2018.
Les méthodes du « Tavistock » ont été employées en Angleterre et aux États-Unis pour manipuler les masses, en se servant non seulement de la presse, mais aussi de la radio et du cinéma. On peut, à présent, qualifier ces méthodes utilisées pendant des décennies de lavages de cerveau.
Il est intéressant de noter que la prolifération du Rock en Russie aura lieu lorsque l’économie soviétique « gorbatchévienne » se libéralisera grâce aux injections massives de la Haute Finance. Jusqu’au tout début des années 80, la musique Rock était encore décrite dans la « Grande Encyclopédie Soviétique » comme « monotone, banale et esthétiquement scabreuse et attribuée à l’influence pernicieuse de la culture bourgeoise et à l’imitation aveugle des modes occidentales. ». Le Rock en Russie est un sous-produit de la « Perestroïka ».
À propos des studios de production qui assurèrent la diffusion mondiale du Rock, soulignons que ce sont ces mêmes sociétés d’enregistrement (qui feront plus tard la promotion du Hard Rock ou Heavy Metal), qui ont dirigé des opérations secrètes pour détruire l’héritage musical des compositeurs classiques. EMI (Electrical & Mechanical Instruments) qui avait pris le contrôle des enregistrements de musique classique, et notamment ceux concernant des interprètes de musique classique allemands, aura un rôle important dans la promotion des Beatles. Alors, la « magie » de la guitare électrique se substituera au violon ou au piano étudiés précédemment par les jeunes, et s’emparera de l’espace sonore ; on abandonnera Bach, Mozart et Beethoven pour se lancer dans le Rock.
Rappelons que EMI est à la base une des plus grosses entreprises de production d’électronique militaire, mais aussi un élément-clé de l’establishment du renseignement militaire britannique. Toutes ces curieuses « maisons de disques » (Capitol Records, EMI, etc.) dissimulaient des recherches militaires. La grande majorité des fans du Rock libertaire des années 60 ne se doute pas que les disques de ses idoles « révoltées et antimilitaristes » étaient produits par l’armée et les services secrets britanniques.
« A Woodstock (aout 1969), écrit le journaliste Donald Phau dans « The Satanic Roots of Rock », presque un demi-million de jeunes se réunirent pour qu’on les drogue et qu’on leur lave le cerveau dans une ferme. Les victimes étaient isolées, entourées d’immondices, bourrées de drogues psychédéliques, et on les maintint éveillées pendant trois jours, tout ceci avec la complicité totale du FBI et de hauts fonctionnaires du gouvernement. La sécurité du concert fut fournie par une communauté hippie (truffée d’agents spéciaux) entraînée à la distribution massive de LSD (souvent mélangé à du Coca-Cola). Ce furent de nouveau les réseaux du renseignement militaire britannique qui initièrent tout ».
La musique Rock est, et a toujours été, une entreprise conjointe avec les services de renseignements militaires britanniques et les réseaux satanistes. L’Angleterre a une vieille tradition de ces deux genres d’activité où se croisent les mêmes acteurs.
Un extrait d’un texte de John Todd est révélateur d’une connexion du Rock avec la basse sorcellerie : « de tout temps, dit-il, la sorcellerie a été pratiquée au son du Beat, qui est identique dans les cultes du Vaudou et dans la musique Rock. Impossible de pratiquer la sorcellerie sans cet accompagnement. ».
Notons que l’abolition de la Loi sur la sorcellerie (Witchcraft Act 1735) qui fut abolie en Angleterre en 1951, au moment où naissait le Rock, rendait licites les expérimentations subversives tendant à renverser les anciennes valeurs pour les remplacer par de nouvelles (sexe, drogue, rock, etc.). Aussi, rappelons que c’est à cette même époque que correspondait non seulement la naissance du Rock, mais également le retour d’Aldous Huxley aux États-Unis ainsi que la création du programme « MK-Ultra ».
La légitimation officielle du projet « MK-Ultra mind control project » (projet de contrôle et manipulation mentale), inspirée d’une part par les travaux en psychiatrie du Dr Ewen Cameron (président de l’American Psychiatric Association) et, d’autre part, par les nazis, était de percer le mystère du « lavage de cerveau ». L’ancien nazi, Josef Mengele, fut l’un des cerveaux directeurs du projet aux USA. Mis en place par la CIA dans la période comprise entre 1948 et 1962, ce projet porta d’abord les noms de code « Bluebird » et « Artichoke » et concernait des expérimentations de « méthodes d’interrogatoire inhabituelles », dont le harcèlement psychologique, l’« isolement total » et l’utilisation « de drogues et de médicaments ». Autrement dit, de la « torture ». De plus, des documents datés de mai 1951 posaient aux équipes « Bluebird » les défis suivants : « Peut-on faire commettre à un homme des actes qui nous soient utiles par suggestion posthypnotique ? », et : « Un homme sous hypnose peut-il être forcé à commettre un meurtre ? ».
Rebaptisé « MK-Ultra » en 1953, ce plan tendait au contrôle de la pensée humaine, en parcourant des voies tout à fait nouvelles telles que la diffusion massive de la pornographie et de la drogue. Ce projet incluait également l’expérimentation par hypnose, électrochocs et implants d’électrodes dans le cerveau. Notons que les effets liés aux électrochocs sont, entre autres, l’effacement des souvenirs et d’une bonne partie des connaissances. Tous les aspects de la fonction mnésique seront donc gravement perturbés, voire supprimés.
Le programme « MK-Ultra » était donc une expérience de guerre chimique officielle de la CIA. C’est une expérimentation dans laquelle le LSD était fréquemment utilisé, et au cours de laquelle des êtres humains, dont beaucoup d’étudiants au sein des nombreux campus, servirent de cobayes et en moururent souvent.
Pour finir, précisons que le financement original du festival de Woodstock fut opéré par l’héritier d’une grande société pharmaceutique de Pennsylvanie, John Roberts, et deux autres associés dont Joel Rosenmann. Quand il est question de drogue et d’expérimentation psychiatrique, le lobby pharmaceutique n’est jamais loin.
Ainsi, une fois « ramollis », les USA étaient mûrs pour l’introduction d’autres drogues tels que la cocaïne, le crack et l’héroïne. Ce fut aussi le début d’une époque qui allait rivaliser avec la « Prohibition » et avec les énormes sommes d’argent qui commenceraient à s’amasser.
« C’est pour ça qu’on l’appelle le rêve américain, parce qu’il faut dormir pour y croire. » (George Carlin)
NB : Georges Bernanos disait qu’on ne peut rien comprendre à la modernité, si l’on ne comprend pas qu’elle est un vaste complot contre « l’Intériorité ».
En effet, la Société ne tient qu’en « bouchant » toutes les « issues » vers le « haut » et en entravant « les conduites singulières ».
Tout est fait pour détourner l’être humain de son intériorité. Une formule à la mode résume à elle seule ce projet néfaste : « s’éclater », c’est-à-dire penser surtout à se disperser vers l’extérieur.
Versão em Língua Portuguesa:
https://queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com/2026/09/a-estrategia-mediatica-dos-eua-1945-2005.html