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Lettre de Communist Prometheus sur notre article «comment le conseillisme chassé par la porte, revient par la fenêtre»

Par le Groupe International de la Gauche Communiste (GIGC). Sur  Révolution ou Guerre – Révolution ou Guerre;   https://igcl.org/-Revolution-ou-Guerre-   No. 34, septembre 2026.

La revue Révolution ou Guerre, No 34 est disponible
en format PDF et WORD : rg34-format Word ; rg34

Lettre de Communist Prometheus

Chers camarades du GIGC,

C’est avec grand intérêt et une attention fraternelle que nous avons lu votre  réponse critique [1] à l’article paru dans Controverses (« Les conseils ouvriers et le parti de classe » [2]). Nous estimons que la discussion que vous avez soulevée concernant la dialectique des relations entre l’avant–garde politique (le parti) et les organes de lutte prolétarienne de masse (les conseils) revêt une importance capitale pour clarifier les positions au sein du camp communiste révolutionnaire contemporain.

Nous saluons vivement votre lutte sans compromis contre le fétichisme organisationnel et les illusions du « conseillisme ». Votre affirmation selon laquelle la forme organisationnelle (qu’il s’agisse d’un conseil, d’un comité de grève ou d’une assemblée) est secondaire par rapport à son contenu politique est tout à fait juste et fermement ancrée dans la tradition bolchevique. Comme on le sait, en juillet 1917, V. Lénine a temporairement retiré le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux soviets ! » lorsque ceux–ci étaient devenus un alibi pour le gouvernement provisoire bourgeois (par l’intermédiaire des SR et des mencheviques). Un conseil dépourvu de programme communiste sera inévitablement intégré au système capitaliste.

Nous sommes également pleinement solidaires de votre excellente analyse de la dialectique entre les luttes économiques et politiques. En vous appuyant sur les leçons historiques des grèves de masse brillamment résumées par Rosa Luxemburg en 1906, vous démolissez la « muraille de Chine » métaphysique qui sépare la lutte pour les besoins quotidiens et la lutte pour la révolution. Comme Luxemburg l’a correctement démontré, le politique et l’économique ne sont pas des étapes isolées, mais deux aspects indissociables d’un même processus vivant : la lutte politique sensibilise de nouvelles couches de la population à la bataille économique, et la lutte économique de masse débouche inévitablement sur une confrontation avec l’État capitaliste.

Néanmoins, dans un esprit de polémique fraternelle et dans un souci de clarté théorique, nous souhaitons attirer l’attention sur certains points de votre texte qui, à notre avis, contredisent la méthodologie de Marx et de Lénine.

1. Sur l’« auto-organisation » et la synthèse léniniste

Dans votre texte, vous écrivez :

« Le terme d’‘auto-organisation’ est toujours au moins ambiguë, quand il n’est pas directement retourné et utilisé contre le développement des combats prolétariens. Pour notre part, nous préférons parler de ‘l’organisation de la lutte prolétarienne selon et pour des tâches précises’ plutôt que l’abstraite et dangereuse « auto-organisation. 

Nous comprenons parfaitement votre crainte justifiée face à la dérive anarcho–syndicaliste qui, sous le slogan de « l’auto–organisation à la base », tente souvent d’évincer le parti du mouvement ouvrier. En effet, comme Lénine l’a démontré (et il s’agissait là d’une clarification importante de la théorie de Luxemburg), la lutte spontanée des masses ne produit à elle seule qu’une conscience syndicaliste ; la conscience politique et l’organisation de l’insurrection sont apportées par l’avant–garde.

Cependant, rejeter complètement le concept d’« auto-organisation des masses » risque de nous conduire à l’extrême opposé — vers une arrogance bureaucratique du parti face à l’activité vivante et créatrice de la classe. Dans La Guerre civile en France, Karl Marx admirait précisément l’initiative historique spontanée des masses qui avait donné naissance à la Commune de Paris. En 1905 (Nos tâches et le Soviet des députés ouvriers), Lénine écrivait que le Soviet était né de l’auto–organisation spontanée des grévistes, et il saluait cette action créatrice comme l’embryon d’un gouvernement révolutionnaire.

2. Sur le caractère double de la Révolution Russe

Plus loin dans votre texte, on trouve la critique suivante :

« Pointons aussi que nous ne sommes pas d’accord avec la position qui voit un caractère double de la Révolution russe, tel que mentionné dans la partie Enseignements historiques et perspectives… C’est la thèse bordiguiste, mais aussi conseilliste, qui voit un caractère à la fois bourgeois et prolétarien dans la révolution. Le caractère bourgeois serait dû à l’arriération économique de la Russie d’alors et aux tâches bourgeoises ou capitalistes qui en auraient découlé comme le développement du capitalisme d’État en Russie. Son caractère prolétarien serait – et est – dû à Octobre 17 et à l’instauration de la dictature du prolétariat. »

En affirmant que la révolution en Russie était « purement prolétarienne », vous vous éloignez, à notre avis, du matérialisme historique et de l’analyse de Lénine sur la situation de 1917 à 1921.

Il ne fait aucun doute que le pouvoir a été pris par le prolétariat en octobre. Mais les tâches socio–économiques que ce pouvoir a été contraint de résoudre dans un pays arriéré et paysan revêtaient au départ un caractère bourgeois–démocratique colossal (l’abolition de la propriété foncière des grands propriétaires terriens, la destruction du système seigneurial).

Lénine a explicitement évoqué ce double caractère. Dans son article « Quatrième anniversaire de la Révolution d’octobre » (1921), il affirme sans équivoque :

« Nous avons, comme personne, mené jusqu’au bout la révolution démocratique bourgeoise. C’est en toute conscience, d’un pas ferme et sans dévier que nous marchons en avant, vers la révolution socialiste, sachant qu’elle n’est pas séparée de la révolution démocratique bourgeoise par une muraille de Chine, sachant que seule la lutte décidera de l’avance que nous réussirons à prendre (en fin de compte), de la portion de notre tâche infiniment grande que nous exécuterons, de la partie de nos victoires que nous consoliderons. Qui vivra verra. »

C’est précisément l’alliance, imposée par l’histoire, entre le prolétariat et la paysannerie (la petite bourgeoisie) qui a constitué le fondement de la victoire d’octobre. Nier que la révolution comportait des éléments de double nature en raison du retard économique objectif de la Russie conduit à une perception idéaliste d’octobre. Ce malentendu a par la suite été à l’origine de nombreuses erreurs de la gauche qui anticipaient un « communisme pur » immédiat.

Conclusion

Camarades, la véritable synthèse marxiste que nous nous efforçons tous de développer à la veille de la guerre impérialiste imminente est la suivante : les soviets constituent la forme, et le parti (le programme communiste) le contenu politique de la révolution.

Tout comme une forme sans contenu mène à un marécage réformiste (la tragédie de l’Allemagne en 1918), de même la tentative du parti d’agir en isolation par rapport aux formes d’auto–organisation de classe émergeant spontanément parmi les masses conduit au sectarisme et à la ruine.

L’article paru dans Controverses tombe dans le « suivisme » [3], oubliant le précepte de Lénine selon lequel la spontanéité sans le parti est aveugle. Vous avez tout à fait raison de dénoncer cette déviation. Mais nous vous exhortons, dans cette lutte, à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain — c’est–à–dire l’initiative vivante et créatrice du prolétariat et la compréhension matérialiste des conditions historiques objectives (y compris paysannes et petites–bourgeoises) des révolutions passées.

Il est possible que, sur certains points, nous n’ayons pas saisi exactement votre sens, car nous nous basons uniquement sur un article spécifique ; c’est pourquoi nous serions heureux de recevoir des explications et des précisions supplémentaires. Nous comprenons que les textes et les thèses auxquels nous faisons référence vous sont sans aucun doute familiers. Mais il arrive très souvent que non seulement les mêmes textes, mais même les mêmes faits soient interprétés différemment. Clarifions et affinons donc nos positions. Dans les conditions actuelles, c’est l’une des tâches essentielles pour tous les groupes et individus engagés dans les travaux préparatoires à la création d’un parti communiste mondial.

Nous espérons que nos remarques critiques seront accueillies dans le même esprit que celui dans lequel elles ont été rédigées : dans un esprit de solidarité entre camarades et de recherche commune de la vérité. Nous proposons de porter cette discussion importante et utile dans les pages de nos revues et sur nos sites web, en invitant d’autres organisations, voire des camarades à titre individuel, à y participer.

Nous profitons de cette occasion pour vous envoyer la traduction de votre article que nous vous avions déjà transmise, à laquelle nous avons ajouté des références précises aux sources en russe et corrigé quelques fautes de frappe.

Nous attendons votre réponse avec impatience.

With internationalist communist greetings,

Communist Prometheus, June 29, 2026

Notre réponse (GIGC)  à Communist Prometheus

Le GIGC à Communist Prometheus,

Chers camarades,

Notre réponse à votre lettre du 29 juin dernier laissera de côté la divergence sur le supposé caractère double, bourgeois et prolétarien, de la Révolution russe de 1917. Pour notre part, nous la considérons comme uniquement prolétarienne. Il est vrai que le prolétariat en Russie d’alors a dû entraîner la paysannerie derrière lui et lui faire des concessions économiques et politiques à la fois pour la réussite de l’insurrection ouvrière et pour le maintien de l’exercice de sa dictature de classe dans la Russie économiquement arriérée et dévastée par la guerre impérialiste, et cela dans l’attente de l’extension internationale de la révolution. Mais cela ne change rien à son caractère prolétarien. Est–il besoin ici de souligner que demain, et selon les circonstances et les pays qui verront en premier des insurrections ouvrières victorieuses, le prolétariat international devra essayer de gagner au maximum les classes petite–bourgeoises, en particulier paysannes, à sa cause ou au minimum empêcher qu’elles se joignent aux forces contre–révolutionnaires de la bourgeoisie et du capital. Mais cela est un autre débat que celui que nous voulons développer ici.

Communist Prometheus (CP) salue et appuie notre effort pour que le camp prolétarien comme un tout débatte de « la dialectique des relations entre l’avant–garde politique (le parti) et les organes de lutte prolétarienne de masse (les conseils). » En effet, nous estimons que la clarification de cette question et le combat politique dont elle est l’objet sont devenus prioritaires face au drame historique qui vient du fait de la marche à la guerre impérialiste généralisée. Nous acceptons donc votre proposition « de porter cette discussion importante et utile dans les pages de nos revues et sur nos sites web, en invitant d’autres organisations, voire des camarades à titre individuel, à y participer » – de fait il s’agit pour nous d’une pratique de toujours de notre groupe. C’est la raison pour laquelle cette lettre ne se contentera pas de répondre uniquement à la question particulière que vous posez sur l’« auto–organisation » et essaiera d’élargir le propos à l’attention du plus grand nombre en revenant une fois de plus sur la gréve de masse. Il en résulte que notre réponse sera aussi beaucoup plus longue que votre courrier…

De la grève de masse…

Affirmer que « seul le prolétariat peut offrir une alternative », c’est–à–dire sa perspective révolutionnaire, à l’holocauste généralisé que le capitalisme nous prépare est certes indispensable. Mais c’est loin, très loin, de suffire. Pour aller au–delà de la simple déclaration de principe abstraite, encore faut–il que les groupes communistes d’aujourd’hui et le parti de demain sachent appréhender au mieux et le plus précisément possible les conditions et la dynamique même des confrontations de classe qui ne manqueront pas de se présenter. Les conditions et la dynamique des luttes prolétariennes d’aujourd’hui et de demain ne s’inventent pas à l’avance, ni ne se décrètent. « Oui, l’expérience de 1905 a créé une grande, une profonde tradition, celle des grèves de masse [4]. » (Lénine) Oui, l’expérience historique nous fournit des poteaux indicateurs. Pour faire simple ici, ceux relevés et posés par Rosa Luxemburg, mais aussi par Trotsky, Pannekoek et Lénine (parmi les principaux théoriciens du mouvement ouvrier), nous indiquent que la réponse pratique du prolétariat se trouve dans le phénomène historique de la grève de masse pour paraphraser Rosa Luxemburg. Lénine partage la même compréhension et position sur la grève de masse.

« En 1905, le prolétariat révolutionnaire s’est trouvé une autre ‘voie pour aller au peuple’, un autre moyen pour attirer les masses dans le mouvement. Ce moyen, c’est la grève révolutionnaire, une grève opiniâtre, sautant d’un point à l’autre, d’un bout du pays à l’autre, une grève répétée, une grève qui soulève les éléments retardataires en vue d’une vie nouvelle, grâce à la lutte pour les améliorations d’ordre économique, une grève qui dénonce et fustige tout acte marquant de violence, d’arbitraire, de crime de la part du tsarisme, une grève–manifestation qui déploie le drapeau rouge dans les rues des capitales, qui porte les discours révolutionnaires et les mots d’ordre révolutionnaires dans la foule, dans la masse populaire. Il est impossible de susciter artificiellement de pareille grèves, et il est également impossible de les arrêter quand elles arrivent à englober des centaines et des centaines de milliers de participants [5]. » (Lénine)

Loin d’appartenir au passé, au début du 20e siècle, la grève de masse ou la lutte en masse comme méthode et forme de la lutte prolétarienne est plus actuelle que jamais. La recherche immédiate de l’extension et de la généralisation de toute lutte – et rompre avec l’isolement qui mène à l’échec – est la seule réponse que le prolétariat puisse opposer aux attaques du capitalisme d’aujourd’hui. Face aux monopoles et au développement de l’impérialisme, puis face au développement du capitalisme d’État essentiellement pour les besoins de la 1er et de la 2e Guerre mondiale, le prolétariat avait cherché et « trouvé une autre voie » comme le dit Lénine, celle de la grève de masse, par rapport aux méthodes de lutte syndicales et corporatistes devenues impuissantes. Avec l’utilisation du numérique et maintenant de l’intelligence artificielle, le contrôle et l’emprise de l’État capitaliste sur toutes les dimensions et espaces de la vie sociale devient quasi « total », y compris dans les pays dits démocratiques. Elles lui permettent de surveiller les populations et les individus, d’accroître l’atomisation sociale et l’omniprésence de l’idéologie bourgeoise, de l’individualisme en particulier, et plus largement de contrôler toute contestation et surtout de réprimer toute révolte et lutte prolétarienne. Inutile de rappeler ici que toute lutte ouvrière en défense des intérêts prolétariens, c’est–à–dire de classe, sera dénoncée par les média et autres comme « égoïste », irresponsable, anti–patriotique, traître à la nation, suscitée par l’ennemi, et donc directement et violemment réprimée. Il en résulte que seule l’entrée en masse la plus rapide possible de larges secteurs du prolétariat dans la lutte peut permettre de contrer à la fois le sabotage syndical et la répression des luttes ouvrières.

Dans la période d’aujourd’hui et dans celle qui vient, le rapport parti-classe ne peut donc être appréhendé, débattu et clarifié qu’en reconnaissant le phénomène de la lutte en masse du prolétariat comme la réponse prolétarienne à la marche à la guerre généralisée. Sinon il est difficile de comprendre notre combat particulier contre le fétichisme d’organisation d’ordre conseilliste, en particulier notre rejet de l’utilisation du mot d’ordre d’« auto-organisation », et pour abattre « la muraille de Chine métaphysique qui sépare la lutte pour les besoins quotidiens et la lutte pour la révolution », comme vous l’écrivez à raison. C’est donc dans ce cadre et comme moment de ce combat politique que nous devons aborder les commentaires critiques que vous adressez à notre texte ‘les conseils ouvriers et le parti de classe’ : ou comment le conseillisme, chassé par la porte, revient par la fenêtre [6].

Sur l’« auto–organisation »…

Selon vous, « rejeter complètement le concept d’‘auto–organisation des masses’ risque de nous conduire à l’extrême opposé — vers une arrogance bureaucratique du parti face à l’activité vivante et créatrice de la classe. (…) Toute tentative du parti d’agir isolément des formes d’auto–organisation de classe émergeant spontanément parmi les masses conduit au sectarisme et à la ruine. »

Nous ne rejetons pas l’utilisation du terme « auto-organisation » du fait de « la dérive anarcho-syndicaliste qui, sous le slogan de ‘l’auto-organisation à la base’, tente souvent d’évincer le parti du mouvement ouvrier » ; ni même parce que les forces bourgeoises en milieu ouvrier, syndicats, gauchistes, y compris anarcho-syndicalistes, l’utilisent systématiquement afin d’interdire aux groupes communistes d’intervenir directement dans les luttes ouvrières – dans les assemblées ouvrières par exemple. Relevons au passage qu’il arrive, plus fréquemment qu’on ne peut le croire, que des éléments prolétariens influencés par les idéologies anarcho-conseillistes, individus, cercles ou groupes, participent eux-aussi activement à ces tentatives au prétexte du « respect de la démocratie assembléiste » et du rejet des « manipulations d’organisations politiques » [7]. Mais notre réserve vis-à-vis du terme « auto-organisation » touche à une question beaucoup plus large : le mot d’ordre d’« auto-organisation » est–il un moment, un moment « efficace », du combat pour la généralisation de la grève de masse ?

Si les prolétaires s’organisent pour étendre et généraliser leur lutte en cours, et donc aussi s’opposer aux sabotages syndicaux et autres de cette dynamique, alors la formule « auto-organisation » n’a d’autre sens que celle « d’organisation de la lutte » selon ses différents moments et combats ; ou encore besoins et nécessités. Le problème et le danger – les deux sont réels et constants – sont que le mot d’ordre « d’auto-organisation » est repris par des opposants, syndicats et gauchistes en particulier, au développement des luttes pour « vider » la forme organisationnelle de tout contenu politique prolétarien, à savoir l’extension, la généralisation, la centralisation et l’unification des luttes. Le danger est donc qu’en en faisant un fétiche, l’auto-organisation en soi, l’assemblée en soi, les conseils en soi, on vide ces organisations unitaires dont se dote la classe en fonction de ses besoins successifs au cours des luttes, de leur fonction et de leur raison d’être. En fait, et en en faisant une recette, la voie est ouverte aux forces bourgeoises en milieu ouvrier de figer « l’auto-organisation », puis de la vider de son objet, de la retourner contre les intérêts et les buts des luttes prolétariennes et de les mener ainsi à l’échec.

L’exemple historique du fétichisme de la forme conseil le plus frappant et dramatique fut l’expérience de la révolution allemande lors du congrès des conseils de novembre 1918. En cette occasion, la sociale-démocratie, derrière laquelle toutes les forces bourgeoises hier encore derrière l’empereur Guillaume, au premier chef l’armée elle–même, se rangèrent, réussit à vider les conseils de leur fonction et contenu politiques, à savoir de leur rôle et fonction d’organe de l’insurrection et d’organe de la dictature prolétarienne. Deux mois plus tard, elle put écraser dans le sang les ouvriers de Berlin et assassiner Rosa Luxemburg et Karl Liebneckt. La forme conseil en soi, l’« auto-organisation » réalisée et « démocratiquement respectée » en novembre 1918, se retourna contre le prolétariat et sa lutte révolutionnaire. C’est ainsi que Trostky montre dans Leçons d’octobre (1924) comment en Allemagne « les soviets furent plusieurs fois construits comme organes de l’insurrection sans insurrection, comme organes du pouvoir sans pouvoir », ce qui en fit « une forme sans contenu » et amena à la défaite de la révolution.

La question n’est pas qu’historique, et encore moins d’ordre sémantique. Aujourd’hui, la bourgeoisie se prépare déjà, ou plus exactement prépare déjà une partie de ses forces les plus à gauche, les gauchistes, à occuper le terrain de l’auto–organisation pour faire face à tout débordement significatif des appareils syndicaux. Des groupes trotskistes en particulier, souvent avec la participation active de groupes anarchistes, mettent en place de manière préventive à toute mobilisation ouvrière qui pointe, des formes d’« auto-organisation » qui n’ont pour but que d’imposer un carcan « auto-organisationnel » (si nous pouvons dire) visant d’abord à contenir et contraindre toute dynamique de lutte ouvrière ; puis à la ramener sur le terrain bourgeois, syndicaliste en particulier. Cette pratique s’est particulièrement développée lors des mobilisations ouvrières successives en France qui se réalisèrent pour la plupart contre les attaques elles–aussi successives contre les retraites, en 2013, 2016, 2019 [8]… Qui lit aujourd’hui avec attention certains de ces groupes trotskistes ne peut pas être surpris [9].

« Le PTS et notre courant international, le Courant Révolution Permanente – Quatrième Internationale [10], fait de la lutte permanente pour l’auto-organisation à la base [sic !] l’un de ses traits distinctifs. (…) Il faut comprendre que l’auto-organisation est la clé de la situation. [Il faut…] créer des institutions d’auto-organisation dans chaque usine, chaque université, chaque hôpital, en appliquant la tactique de l’unité d’action et, en direction de la classe, celle du front unique ouvrier. (…) Autrement dit, nous voulons que le développement de ces formes d’auto-organisation soit l’un des objectifs centraux de chaque comité. (…) Je voudrais d’abord revenir sur ce qui définit un militant trotskyste aujourd’hui. Est–ce le fait de défendre l’auto-organisation de la classe ouvrière ou de gérer de petits appareils qui se font concurrence ? Nous répondons : défendre l’auto-organisation. (…) Si nous parvenons à mettre en œuvre tout ce que j’ai développé au cours de cet entretien – les comités, les cadres de coordinations, les organes d’auto-organisation, le front unique imposé aux grandes organisations syndicales et politiques, la permanence parlementaire ouverte – alors le FIT-U deviendra une force bien plus puissante qu’il ne l’est aujourd’hui, bien plus puissante qu’un simple front électoral [11]. »

Dans ce passage, il n’est fait aucune mention de la classe comme un tout, des nécessités concrètes des luttes ouvrières que l’on peut grossièrement définir comme la recherche de l’extension et de la généralisation – afin de briser l’isolement des luttes. Pour Révolution permanente et pour le trotskisme en général, « l’auto-organisation » se résume à établir des comités indépendamment de la dynamique et des besoins de la lutte, mais qu’ils contrôlent. Ces comités s’auto-proclament auto-organisation, assemblée, assemblée inter-professionnelle par exemple en France ce qui permet aussi de couvrir le champs de l’extension au–delà de la corporation ou du secteur professionnel ; ou encore comité, voire comité de grève, avant même que toute grève n’ait lieu, pour étouffer toute velléité et dynamique de lutte ouvrière se « distançant », si ce n’est s’opposant, aux syndicats et partis de gauche et gauchistes. À quoi bon tenir une assemblée générale pour décider de la grève puisqu’il en est déjà une artificiellement montée ? À quoi bon nommer un comité de gréve, par l’assemblée des grévistes, puisqu’il en est un déjà tout fait ? Et au final, le but est clairement affiché : ré-introduire le « front unique ouvrier » trotskiste, autrement dit aujourd’hui l’alliance entre partis de gauche et gauchistes pour mieux encadrer, contrôler et saboter toute dynamique de lutte en masse.

Comprenez que nous rejetons l’utilisation du mot d’ordre d’« auto-organisation » non seulement parce qu’il laisse la porte grande ouverte aux visions anarcho-conseillistes et démocratiques qui figent les différentes formes d’organisation dont doit se doter le prolétariat en lutte, mais aussi parce qu’il est et sera utilisé par la bourgeoisie pour saboter les luttes ouvrières.

Les conseils ouvriers la forme ? Le parti le contenu ?

Mais à vous lire, nous pensons que notre différence ne se limite pas à la simple notion d’« auto–organisation », mais à la reconnaissance de la dynamique même du phénomène universel de la grève de masse. Malgré votre référence aux « leçons historiques des grèves de masse brillamment résumées par Rosa Luxemburg en 1906 », votre courrier et vos commentaires ne se réfèrent jamais aux conditions concrètes de la lutte prolétarienne aujourd’hui, ni aux expériences du passé, ce qui rend vos commentaires relativement généraux, sinon abstraits, selon nous.

Vous défendez que « les soviets constituent la forme, et le parti (le programme communiste) le contenu politique de la révolution [12]. » Vous introduisez là une séparation entre la forme et le contenu que ni Rosa Luxemburg, ni Trostky, ni Pannekoek, encore moins Lénine n’ont jamais établi lorsqu’ils décrivent la grève de masse ou lorsqu’ils définissent des orientations générales pour en prendre la direction politique. Et qui ne correspond pas à l’expérience historique : 1905 et 1917 en Russie bien entendu, janvier 1918 en Autriche et en Allemagne, puis novembre 1918 ; mais aussi Berlin 1952, mai 1968 en France, Pologne 1970 et 1980, pour ne citer que quelques exemples de grèves de masse significatives dans l’histoire. Bien au contraire. Une des leçons essentielles d’Octobre 1917 en Russie, et a contrario de l’échec de la révolution en Allemagne en janvier 1918 et par la suite, est précisément que la forme soviet n’est rien, du point de vue du prolétariat, si elle ne « contient » pas, ou ne porte pas en elle, la perspective de l’insurrection et de la dictature du prolétariat. La forme d’organisation, assemblée, conseils, etc. se doit de contenir un objet, un but, une nécessité politique, extension, généralisation, centralisation, insurrection, etc. Mais de moyen, la forme d’organisation peut, et doit selon les moments, devenir elle-aussi un but concret et l’objet de telle ou telle bataille particulière, car devenant à son tour moment particulier de l’extension ou de la généralisation, etc. Elle devient alors aussi « contenu ».

Exemple : dans les pays à tradition syndicale du « closed-shop », où l’emploi fixe est réservé aux seuls syndiqués, États-Unis, Royaume-Uni et Canada en particulier, la lutte pour imposer la tenue de véritables assemblées générales pour décider de la grève ou autre, et tout particulièrement d’assemblées physiques regroupant tous les travailleurs d’un lieu de travail syndiqués ou non, ne se pose pas dans les mêmes termes que dans des pays avec d’autres « traditions syndicales ». Les orientations et mots d’ordre immédiats que les groupes communistes doivent avancer peuvent alors être différents. La gréve des travailleurs américains de l’automobile de 2023 a vu le syndicat UAW imposer des soi-disant assemblées aux seuls membres syndiqués, excluant donc les travailleurs des sous-traitants, et le vote de la grève par internet et par visio-conférence, interdisant ainsi tout regroupement physique et tout débat et remise en cause de la direction de la lutte par le syndicat [13]. Dans ce cas, le combat pour la tenue d’assemblée générale physique peut devenir un moment crucial, central, pour développer et élargir la lutte en cours – parfois même pour simplement la voter et l’imposer aux syndicats. De moyen, la forme organisationnelle devient alors l’objectif d’une bataille. Il n’est pas sûr que de telles batailles soient aussi centrales dans des pays ou secteurs où des traditions d’assemblées regroupant tous les travailleurs du lieu de travail, syndiqués ou non, tous métiers confondus, se maintiennent encore plus ou moins comme en France ou en Espagne par exemple. À notre faible connaissance et au risque d’être démentis, il n’y pas eu de combat particulier, du moins central, à mener pour que les travailleurs d’Airbus de Getafe en Espagne imposent la tenue régulière d’assemblées générales [14] lors de leur grève de juillet 2026. La question centrale était alors de briser l’isolement et étendre la lutte, non seulement aux autres usines Airbus du pays, mais surtout aux travailleurs de Madrid et de toute sa région. Dans les deux situations, États-Unis en 2023, Espagne en 2026, les mots d’ordre d’action immédiate que les groupes communistes devaient lancer s’ils pouvaient intervenir, étaient donc différents.

Il y a donc deux compréhensions ou positions. L’une voit l’organisation unitaire de la classe, assemblée, conseils, etc., comme n’étant qu’une forme et le parti comme le contenu « politique », avec pour fonction essentielle pour celui–ci d’introduire le contenu dit politique, à savoir le programme communiste comme vous l’écrivez vous–mêmes, dans la forme organisationnelle, dans les conseils ouvriers. Cette séparation forme-contenu revient à considérer la classe comme un élément statique et passif, qui n’est pas en mouvement, sauf si le parti réussit à introduire la conscience communiste. Quid alors des luttes prolétariennes elles–même ? Celles-là mêmes qu’il est « est impossible de susciter artificiellement » et « également impossible [d’] arrêter quand elles arrivent à englober des centaines et des centaines de milliers de participants » selon Lénine ? Du procès de lutte de classe qui mène des luttes immédiates jusqu’à la gréve en masse, à l’insurrection ouvrière et à l’exercice de la dictature de classe ? Quelles sont les orientations et mots d’ordre que le parti, ou les groupes communistes, doivent défendre dans ces luttes ? Simplement ceux qui seraient liés à la propagande pour le programme communiste ? Ou bien intervenir et chercher à gagner la direction politique de ces luttes, ou plus précisément à fournir les orientations et mots d’ordre qui permettent aux prolétaires en lutte de défendre au mieux leur condition matérielle de vie et de travail, voire même d’obtenir des avancées concrètes ?

« Les organisations du parti, en élargissant et renforçant la propagande pour les revendications immédiates (…) doivent accorder une des premières places dans leur activité au soutien sous tous les rapports des grèves révolutionnaires de masse, ainsi qu’au développement et à l’organisation de toutes les formes d’intervention révolutionnaire des masses [15]. » (Lénine, nous soulignons)

L’autre conception, celle que nous essayons de défendre, celle-là même que Lénine défend ici, comprend les organisations unitaires de la classe en lutte et le parti politique prolétarien comme deux outils et deux dimensions étroitement liées de la même lutte prolétarienne. Cette lutte est par définition politique. Elle présuppose que le prolétariat est classe en mouvement et sujet actif. Il en résulte que le parti ou les groupes communistes, fraction avancée du « sujet actif », doivent aussi lutter en permanence – en fonction de leur forces bien sûr – pour dégager orientations et mots d’ordre correspondant aux besoins immédiats de chaque lutte. La direction politique que le parti doit assumer ne se résume pas à l’introduction du programme communiste dans les masses, ce qui est du domaine de la propagande. Et qu’il faut faire. Elle s’étend et « s’élève » à la définition des tactiques à définir et adopter, dans le cadre du programme et déterminés par les principes communistes, en fonction des moments et des lieux de toutes les luttes prolétariennes – la seule limite résidant dans les forces ou capacités militantes réelles des révolutionnaires.

Vous le constaterez avec nous : les deux visions induisent, quand elles n’introduisent pas directement, deux conceptions différentes du rôle du parti, et des groupes révolutionnaires ; deux conceptions différentes du rapport parti–classe. La première tend à réduire le rôle du parti à l’introduction, ou l’apport ou retour, de la conscience de classe et du programme communiste dont il est le porteur parmi et au sein de la classe. L’autre cherche en permanence à lutter pour défendre, indiquer et gagner la direction politique de toutes les luttes du prolétariat et de chacun de leur moment, qu’elles soient limitées ou non, locales ou généralisées, en lien évidemment avec le programme et les principes communistes. Elle ne se limite pas, ni se réduit, à « introduire » le programme communiste dans les conseils ou les masses en soi. Elle prouve par la validité et l’efficacité de ses orientations immédiates et méthodes de lutte toute la valeur du programme communiste aux yeux des masses en tant « qu’unique boussole fidèle et sûre dans toutes les questions compliquées de la lutte économique [16]. »

La première, lorsqu’elle est portée par des forces se voulant « pro–parti » rejoint par une voie détournée, à peine moins rapide, la vision conseillisme du rapport parti–classe ou révolutionnaires–classe :

« Aux partis , incombe alors la deuxième fonction, c’est–à–dire diffuser les idées et les connaissances, étudier, discuter, formuler les idées sociales et, par la propagande, éclairer l’esprit des masses. Les Conseils Ouvriers sont les organes de l’action pratique, de la lutte de la classe ouvrière ; aux partis revient la tâche d’en construire la force spirituelle. Leur travail est une partie indispensable de l’auto-émancipation de la classe ouvrière [17]. »

La seconde cherche à se fonder sur la position de toujours du marxisme et que la Gauche d’Italie sût si bien résumer :

« Ce serait une erreur banale de juger que la participation à la lutte pour des résultats contingents et limités entre en contradiction avec la préparation à la lutte révolutionnaire. (…) Le Parti communiste participe donc à toutes les formes d’organisation économique prolétarienne ouvertes à tous les travailleurs sans distinction de convictions politiques (syndicats, conseils d’entreprise, coopératives, etc. [18]). Sa position fondamentale à l’égard des organismes de cette nature est qu’ils doivent comprendre tous les travailleurs se trouvant dans une situation économique donnée, et c’est en la défendant constamment qu’il y développera le plus utilement son action. (…) Il ne s’agit pas seulement d’édifier les masses, et moins encore d’exhiber un Parti intrinséquement pur et parfait, mais bel et bien d’obtenir le meilleur rendement possible dans le processus réel [19]. » (nous soulignons)

Le rapport parti–classe, et encore plus parti–grève en masse, n’est pas celui du maître à l’élève, du conseiller éclairé à la masse ignorante. Comme le dit le Manifeste du parti communiste, c’est le rapport entre « la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, [de] la fraction qui stimule toutes les autres ; [de celle regroupant ceux qui…] théoriquement, (…) ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien » et « l’ensemble des prolétaires. » (nous soulignons)

Assumer l’affrontement politique avec les syndicats et le gauchisme

Le rôle des conseils ouvriers et de tout organisme unitaire de la classe est donc lui–aussi politique. C’est pour cela aussi qu’ils sont les lieux par excellence de l’affrontement politique entre forces prolétariennes et communistes d’une part et forces de la bourgeoisie en milieu ouvrier, syndicats, gauche et gauchistes d’autre part.

Ce serait d’une naïveté impardonnable et un déni de l’expérience historique tant pour les groupes communistes et révolutionnaires que pour les prolétaires dans leur ensemble, de croire qu’il serait possible d’avancer et défendre des orientations concrètes d’extension et d’unification des luttes sans que les syndicats et les partis de gauche-gauchistes ne s’y opposent concrètement, ouvertement ou de manière masquée. Sauf à croire que la bourgeoisie pourrait abandonner le terrain de la confrontation de classe sur les lieux de travail et dans les quartiers. La fonction des syndicats et des partis de gauche, indépendamment de ce que peuvent en penser leurs membres en tant qu’individu, est précisément de s’opposer au développement et à l’efficacité des luttes et de les saboter de l’intérieur. La conséquence en est que les prolétaires comme un tout et tout particulièrement leurs fractions les plus avancées et combatives, au premier chef les groupes et le parti communistes, se doivent d’assumer ce combat politique contre les syndicats et les gauchistes au cours des luttes mêmes et, principalement, en fonction de leurs besoins [20]. L’illusion qu’il puisse y avoir une lutte « pure », débarrassée des syndicats et des gauchistes en leur sein, en particulier dans les assemblées et… demain les conseils ouvriers, est elle-même une erreur politique d’ordre anarcho-conseilliste.

Voilà aussi pourquoi le parti est indispensable. Armé du programme communiste, il est aussi le plus capable – par définition et, évidemment, cela doit se vérifier dans la pratique car ce n’est pas inéluctable – de reconnaître quelles sont les forces qui s’opposent au développement des luttes prolétariennes et qui sont au service de la contre–révolution et du capitalisme. Car, « afin de remporter le succès, la révolution doit connaître avec le maximum de précision ceux avec qui elle peut aller se battre, ceux qui sont des alliés peu sûrs et où se trouve le véritable ennemi [21]. » (Lénine) Et donc le parti est destiné aussi à être au premier rang du combat contre les véritables ennemis de classe tout en entraînant et convainquant, au cours même des luttes ouvrières et pour leurs besoins, l’ensemble des prolétaires à assumer eux–aussi ce combat politique dans les assemblées, les comités de tout ordre, les manifestations de rue, les conseils ouvriers eux–mêmes, etc.

Le rapport parti–conseils ou soviets n’est pas celui du contenu à la forme, mais celui de l’avant–garde politique du prolétariat, de la minorité politique dont il s’est doté pour la direction politique de ses combats, à l’ensemble du prolétariat comme un tout, de ses masses. L’unité des deux, parti et classe, ne se conçoit que s’ils sont considérés tous les deux comme en mouvement. Leur rapport est dynamique et interactif, autrement dit dialectique. Il ne peut être compris et mis en pratique qu’en se réappropriant l’expérience des grèves de masse du passé et les leçons que nos « maîtres » nous en ont tirées et nous ont léguées.

Voilà, chers camarades, à grands traits ce que nous entendions vous répondre directement sur la question de l’« auto-organisation » et, encore plus, développer pour l’ensemble du camp prolétarien en profitant de l’occasion que votre courrier nous fournit à propos de la grève de masse, ou plus exactement à propos de l’actualité de la grève de masse, de sa dynamique et du rôle dirigeant que les révolutionnaires et groupes communistes doivent y assumer.

Saluts internationalistes, le GIGC

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Notes:

[1] . cf. Révolution ou guerre #33, https://igcl.org/Les-conseils-ouvriers-et-le-parti

[3] . Les camarades utilisent le terme « khvostism ». À notre connaissance, il est utilisé par J. Staline dans Des principes du léninisme qu’il écrit en 1924 pour fonder le Léninisme comme idéologie – idéologie d’État – et rompre ainsi avec les enseignements de… Lénine et plus largement du marxisme. Utilisé comme tel dans la version anglaise, « khvostism » est traduit par « suivisme » dans la version française. [Note du GIGC]

[4] . L’essor révolutionnaire, 1912, Œuvres complètes, tome 18, Éditions sociales.

[5] . Ibid., Le développement des grèves révolutionnaires et des manifestations de rue, 1913.

[6] . cf. Révolution ou guerre #33, https://igcl.org/Les-conseils-ouvriers-et-le-parti.

[7] . L’interdiction faite à Rosa Luxemburg et Karl Liebneckt de participer au congrès des conseils de novembre 1918 car ils n’étaient pas ouvriers, ni délégués est devenue une pratique courante pour que les syndicats et, souvent, les gauchistes excluent les groupes communistes de toute intervention dans les assemblées et autres organes de lutte ouvrière, l’argument étant qu’ils ne sont pas « délégués » et qu’il faut respecter la démocratie formelle de… l’« auto-organisation ». Ce fut fréquent et quasi systématique dans les luttes ouvrières massives des années 1970 et 1980 – en France en particulier, mais pas uniquement. L’argument est d’autant plus « efficace » que les magouilles et autres manipulations des groupes et partis gauchistes et staliniens des assemblées et autres formes d’organisation alimentent la méfiance initiale « anti-parti » et a-politique des travailleurs en lutte. Lutter contre ces sentiments d’ordre conseilliste au sein même de la classe est aussi une dimension du combat que les groupes communistes doivent mener.

[8] . La lutte contre une réforme des retraites de 2010, la mobilisation contre la loi El–Khomri en 2016 (cf. Révolution ou guerre [RG] #6 : https://igcl.org/Revolution–ou–guerre–6–2016), contre une énième « réforme » des retraites en décembre 2019 (cf. notre communiqué du 8 décembre 2019 : https://igcl.org/Communique–sur–les–greves–enl et RG# 14, https://igcl.org/Contre–la–solution–du–capitalisme). Toutes ces mobilisations furent massives et ne furent contenues que par l’aptitude des syndicats à utiliser le contre–feu des journées d’action de 24 heures contre l’extension de grèves illimitées et leur unification par–delà les secteurs. C’est en 2010 (suite aux mobilisations prolétariennes toutes aussi massives de 2009 et 2003 et leur échec) qu’apparurent, en particulier des assemblées dites « interprofessionnel » qui, véritables comités de lutte rassemblant parfois plusieurs centaines de travailleurs (en particulier à la Bourse du travail à Paris), visaient à étendre et unifier les grèves au–delà des corporations, en particulier au–delà des seuls cheminots. C’est en 2016 que les trotskistes prirent les devants in créant de toute pièce des « assemblées interpro », à Paris et en région normande en particulier.

[9] . Autre exemple : Le World Socialist Web Site, « le centre internet du Comité International de la Quatrième Internationale (CIQI) », influent aux États-Unis, avance systématiquement ses comités de base : « En établissant des comités de base dirigés démocratiquement, les travailleurs se doteront de l’appareil organisationnel et politique indépendant nécessaire pour formuler leurs propres revendications et organiser une action collective contre la direction, ses « partenaires » syndicaux et l’ensemble du programme d’austérité et de guerre de la classe dirigeante. »

[10] . Partido de los trabajadores socialistas en Argentine (https://pts.org.ar/), Left Voice aux États–Unis (https://www.leftvoice.org/)

[12] . Relevons en passant que cette formulation peut sembler contradictoire avec celle que vous utilisez précédemment dans votre lettre : « Votre affirmation selon laquelle la forme organisationnelle (…) est secondaire par rapport à son contenu politique est tout à fait juste. »

[13] . cf. Révolution ou guerre #26 : https://igcl.org/Etats–Unis–defaite–ouvriere

[14] . Sous réserve des travailleurs des sous–traitants qui n’ont pas, semble–t–il, été inclus dans le combat et donc n’ont pas participé aux assemblées. Cela demande à être vérifié.

[15] . Lénine, Op.cit, Résolution de la conférence du PSODR de février 1913.

[16] . 2e congrès de l’Internationale Communiste, Thèses sur le mouvement syndical, les comités d’usine et de fabrique, 1920.

[17] . Anton Pannekoek, Cinq thèses sur la lutte de classe, 1947, traduit dans le supplément à Information, correspondance ouvrière (ICO) #72, mai–juin 1968.

[18] . Évidemment les formes organisationnelles de lutte ne se présentent plus aujourd’hui comme syndicat ou coopérative.

[19] . Thèses sur la tactique du Parti communiste d’Italie (dites Thèses de Rome) – 1922.

[20] . Il ne s’agit pas de dénoncer de manière permanente et en soi les syndicats et les gauchistes, mais de défendre et mettre en avant les orientations qui correspondent aux nécessités de la lutte en cours. Lorsqu’un syndicat ou un délégué appelle à la grève et que les révolutionnaires estiment aussi à ce moment que la grève ou la lutte est nécessaire, il serait stupide de dénoncer le syndicalisme « par principe ». Par contre, lorsqu’il s’oppose aux besoins de la lutte, par exemple briser l’isolement au moyen l’extension, alors les mots d’ordre et l’intervention des communistes se distinguent et s’opposent à ceux du syndicalisme, tout en faisant la preuve de la valeur du… programme communiste qui a permis l’élaboration cohérente et efficace des mots d’ordre et orientations immédiats.

[21] . Lénine, Op.cit, Le développement des grèves révolutionnaires et des manifestations de rue.

 

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

Une réflexion sur “Lettre de Communist Prometheus sur notre article «comment le conseillisme chassé par la porte, revient par la fenêtre»”

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