7 au Front

Guerres sans fin, profits sans fin: Le complexe militaro-industriel occidental

Par Khider Mesloub et Robert Bibeau.

 

L’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei lors d’une félonie militaire lancée par l’entité terroriste israélienne sous les ordres du perfide hégémon américain marque une nouvelle étape dans l’escalade guerrière au Moyen-Orient. Cette opération s’inscrit dans une stratégie désormais classique du tandem meurtrier américano-israélien – ce véritable gang de tueurs en série : la «décapitation» d’un régime par l’élimination ciblée de ses dirigeants politiques ou militaires. Ces assassinats extrajudiciaires, illégaux en droit international,  sont généralement présentés comme des moyens décisifs capables de désorganiser l’adversaire et d’accélérer l’effondrement de ses superstructures politiques, économiques, militaires et même idéologiques (sic). Pourtant, l’expérience historique montre que l’élimination d’un dirigeant  modifie rarement la dynamique profonde d’un conflit. Les organisations politico-militaires disposent en général de mécanismes de succession qui assurent la  continuité du  pouvoir bourgeois. Bien souvent, ces assassinats contribuent même à radicaliser les affrontements.

Dès lors, une question se pose : si ces opérations ne produisent pas d’effet stratégique décisif, pourquoi occupent-elles une place centrale dans les guerres contemporaines régulièrement déclenchées par le tandem fasciste américano-israélien ?

Pour répondre à cette question, il faut dépasser l’analyse strictement militaire des conflits et examiner les structures économiques, politiques et institutionnelles capitalistes qui les sous-tendent.

Le paradoxe des défaites militaires américaines à répétition

Depuis plus d’un demi-siècle, les interventions militaires américaines présentent un paradoxe frappant. Malgré leur écrasante supériorité militaire et technologique, les États-Unis peinent à transformer leurs opérations militaires en succès politiques, économiques et financiers,  durables.

Du Vietnam à l’Afghanistan, en passant par l’Irak ou la Syrie, le Soudan, la Somalie, ou le Yémen,  le Sahel ou le Caucase, et même l’Ukraine, toutes ces agressions impérialistes  se sont enlisées pendant de longues périodes avant de se solder  par des défaites ou des retraits des envahisseurs, laissant derrière elles des situations politiques instables propices à de nouvelles confrontations armées.

Ces échecs militaires ont souvent été interprétés comme des signes du déclin américain. Mais cette lecture demeure incomplète. Car ces conflits désastreux ont produit un autre effet, rarement souligné : une expansion continue des dépenses militaires et de l’industrie d’armement. Autrement dit, ce qui apparaît comme une succession de défaites militaires peut, simultanément, correspondre à un succès économique pour l’économie de guerre américaine.

Le complexe militaro-industriel américain – qui associe l’industrie d’armement, le Pentagone et le Congrès – a intérêt à la permanence des conflits. Dans ce système d’exploitation, les guerres ne sont pas conçues pour être gagnées rapidement, mais pour durer. Les conflits prolongés permettent l’écoulement continu des armements, la hausse du budget militaire, la recherche et l’innovation létale et la valorisation du capital dans l’industrie de défense.

Autrement dit, les guerres impérialistes, sous des formes multiples,  sont les résultantes -les conséquences- de la concurrence entre les multiples puissances impériales. Ces guerres pour le partage du « butin néocoloniale » se prolongent  aussi longtemps que l’attribution des marchés, du pétrole et du gaz dans le cas de la guerre au Moyen-Orient,  n’a pas été complété entre les puissances.  Bien sûr, la  prolongation de ces guerres de rapines est un effet collatéral qui profite au complexe militaro-industriel transnational. Le capitalisme américain sénile évolue ainsi vers une économie militarisée et vers des guerres permanentes… malgré que son économie globale sclérosée ne lui permet plus de les remporter.

Le complexe militaro-industriel, moteur de la guerre permanente

Cette dynamique renvoie à l’existence du complexe militaro-industriel américain, concept popularisé en 1961 par le président Dwight Eisenhower. Celui-ci désignait l’interdépendance croissante entre l’appareil militaire, l’industrie de défense et les institutions politiques.

Dans ce système, les dépenses militaires ne constituent pas seulement un instrument de politique étrangère. Elles représentent aussi un secteur économique majeur. Le fonctionnement de ce complexe repose sur un mécanisme circulaire : les tensions internationales justifient l’augmentation des budgets militaires ; ces budgets alimentent l’industrie de défense ; l’expansion de cette industrie renforce son influence politique ; cette influence contribue à maintenir un environnement international marqué par la confrontation. Dans ce contexte, la guerre tend à devenir non seulement une stratégie, mais aussi un secteur économique structurant, véritable ossature de l’économie américaine.

L’économie américaine de la guerre permanente

La progression spectaculaire des dépenses militaires américaines en fournit une illustration frappante : elles sont passées d’environ 295 milliards de dollars en 2000 à près de 900 milliards en 2025. Aucun autre budget fédéral n’a connu une progression comparable. Donald Trump a même exigé que les dépenses de défense des États-Unis soient portées à 1 500 milliards de dollars d’ici 2027, soit une augmentation de 50 %. Cette explosion financière ne répond pas seulement à des impératifs stratégiques : elle découle surtout de la logique interne du capitalisme américain, pour lequel l’économie de guerre constitue un puissant vecteur de valorisation et d’accumulation du capital.

Les États-Unis sont aujourd’hui le seul pays au monde où les guerres se terminent par une défaite récurrente tandis que les budgets militaires continuent d’augmenter dans une escalade  permanente (sic).

Le lieutenant-colonel et historien américain William Astore l’a résumé avec ironie : «Il n’y a qu’en Amérique que les guerres se terminent en défaite et que les budgets de guerre augmentent triomphalement

Depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis ont multiplié les interventions militaires directes ou indirectes : Afghanistan, Irak, Syrie, Libye, Yémen, Liban, ainsi que diverses opérations menées par procuration en Ukraine et au Moyen-Orient notamment .

Selon les estimations du programme universitaire Costs of War de l’université Brown, les guerres menées au nom de la «lutte contre le terrorisme» (sic) depuis 2001 ont coûté plus de 8 000 milliards de dollars. Ces dépenses constituent une charge considérable pour les finances publiques américaines, autrement dit pour les contribuables. Mais elles représentent également une source majeure d’activité et de profits pour l’industrie de guerre. Dans cette logique collatérale, la prolongation des conflits alimente durablement l’économie de guerre américaine.

Un autre paradoxe du pouvoir américain, dominé par les grandes firmes et le complexe militaro-industriel, apparaît alors clairement: il ne détruit pas seulement des pays étrangers. Tandis que les guerres américaines ravagent des États entiers, les États-Unis eux-mêmes se dégradent sous l’effet des restrictions budgétaires imposées aux secteurs vitaux de la société. Infrastructures vieillissantes, systèmes éducatif et sanitaire fragilisés, villes abandonnées: pendant que l’économie de guerre prospère, une partie croissante du pays s’enfonce dans le délabrement.

Cette logique dépasse largement les seules interventions militaires directes des États-Unis. Elle s’inscrit dans un système d’alliances militaires structuré autour de Washington en Occident et de Pékin et Moscou en Orient.  Voir Les Alliances qui s’affrontent sur le Grand Échiquier Mondial (2026) – les 7 du quebec,  et https://les7duquebec.net/archives/304620  L’OTAN constitue à cet égard un relais majeur de l’économie de guerre américaine. Sous la pression des États-Unis, les pays membres sont incités à augmenter massivement leurs dépenses militaires. Donald Trump a même exigé que ces dépenses soient portées jusqu’à près de 5 % du PIB, bien au-delà de l’objectif initial de 2 %. Une telle orientation implique mécaniquement une hausse considérable des achats d’armements, dont une large part provient de l’industrie de guerre américaine.

La guerre de proxy en Ukraine illustre parfaitement ce mécanisme : le conflit alimente une demande permanente en missiles, systèmes de défense aérienne, blindés, drones et munitions produits par les grandes firmes du complexe militaro-industriel américain. Dans le même temps, les guerres menées par l’entité terroriste israélienne au Moyen-Orient reposent également sur l’utilisation massive d’équipements militaires fournis ou financés par les États-Unis. Ainsi, loin d’être de simples crises géopolitiques, ces conflits participent d’une dynamique économique plus profonde : ils entretiennent une demande permanente d’armements et soutiennent l’expansion de l’économie de guerre structurée autour de la puissance américaine.

Ainsi, derrière les discours officiels sur la sécurité internationale, la soi-disant  lutte contre le terrorisme dont l’impérialisme est le fidèle sponsor,  ou l’instauration de la démocratie (sic), se dessine une réalité plus brutale : le capitalisme américain, ou tout autre puissance capitaliste a besoin de la guerre pour atteindre ses objectifs stratégiques systémiques. Celle-ci alimente l’industrie d’armement et les profits du complexe militaro-industriel. Dans les bureaux du Pentagone se préparent déjà les guerres des  décennies à venir. Aux États-Unis, la guerre n’est plus un accident de l’histoire : elle est devenue le moteur du capitalisme américain.

Désormais, le complexe militaro-industriel américain occupe une place centrale dans l’organisation de l’économie nationale. Les dépenses militaires ne constituent plus seulement un instrument de puissance stratégique : elles sont devenues un levier majeur de l’activité industrielle, de l’innovation technologique et de la dynamique budgétaire fédérale. Les investissements liés à la défense soutiennent la production d’armements, stimulent la recherche scientifique et irriguent de vastes secteurs de l’économie américaine. Dans ces conditions, la préparation permanente de la guerre – et parfois la guerre elle-même – fonctionne comme un mécanisme de soutien à l’accumulation du capital au cœur du système économique américain.

Par son poids économique et son influence politique, le complexe militaro-industriel américain entretient une dynamique d’interventions militaires qui alimente l’augmentation constante des dépenses de défense. Dans ces conditions, la guerre tend à s’inscrire dans une logique de permanence au sein de la puissance américaine, où la frontière entre guerre et paix devient de plus en plus floue. Aux États-Unis, la guerre n’apparaît plus seulement comme un événement exceptionnel de la vie internationale : elle devient une dimension durable de l’exercice de la puissance américaine, dominée par le complexe militaro-industriel.

La fonction économique complexe des guerres

NEW YORK, NEW YORK – OCTOBER 14: Traders work on the floor of the New York Stock/AFP

En réalité, la multiplication des guerres menées par les États-Unis ne profite pas seulement au complexe militaro-industriel américain. Depuis l’entrée du capitalisme dans son âge de crises structurelles – caractérisé par les crises de surproduction et la baisse tendancielle du taux de profit –, la guerre remplit une fonction économique essentielle. Elle devient un mécanisme de destruction et de reconstruction du capital. Elle détruit des infrastructures, des économies et des populations, mais cette destruction ouvre immédiatement la voie à de nouveaux marchés : reconstruction, armement, sécurité et industrie militaire.

Le général français Michel Yakovleff lui-même a laissé entrevoir cette logique cynique. Intervenant sur la chaîne d’information LCI à propos de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu – ce véritable gang de tueurs de masse –, il déclarait : « Tous les deux sont fascinés par la destruction. Cette fascination se traduit par le plaisir de lâcher des bombes et de détruire un maximum d’infrastructures. » Mais cette destruction n’est pas seulement militaire : elle est aussi économique. Tandis que les bombes ravagent les villes et les infrastructures, les cercles du pouvoir américano-israélien et les grandes firmes américaines anticipent déjà les gigantesques marchés qu’ouvrira la reconstruction de l’Ukraine, de Gaza et de l’Iran dévastés. La guerre détruit; la reconstruction ouvre aussitôt de nouveaux marchés. Se perpétue ainsi le cycle de l’économie de guerre. Loin d’être une anomalie du système capitaliste, la guerre en devient un rouage central.

Dans cette perspective, la stratégie du Pentagone repose sur trois principes simples : multiplier les conflits dans différentes régions du monde, prolonger ces conflits afin d’alimenter en permanence l’économie de guerre et transformer les défaites militaires en justification politique pour augmenter les budgets de guerre. La paix est mauvaise pour les affaires. La guerre, au contraire, garantit la rotation permanente et la valorisation du capital dans l’industrie de défense et assure la pérennité du complexe militaro-industriel.

Au terme de cette analyse, une question décisive se pose à l’humanité – aux peuples opprimés et au prolétariat international : peut-elle encore tolérer un État dont l’économie repose sur la guerre permanente et qui menace d’entraîner le monde dans des conflits sans fin…jusqu’à la fin dernière? Ou devrons nous nous unir en classe révolutionnaire pour briser la puissance impérialiste multipolaire devenue incontrôlable ? Le volume ci-dessous propose une méthode…

Khider Mesloub


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Robert Bibeau

Auteur et éditeur

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