Trouvailles

Notes sur la conscience prolétarienne, le capitalisme, l’impérialisme et la lutte autonome

Par  Aníbal, MS., SS, Fredo CorvoLeft Wing Communism. Sur Lettres contre la Guerre n° 1 (24 avril 2026) | Left wing communism

Préambule

Le communisme n’est ni un vœu moral, ni une doctrine importée de l’extérieur dans la classe ouvrière, ni un éveil miraculeux des masses après des souffrances suffisantes. C’est le mouvement réel par lequel le prolétariat, poussé par les contradictions de la société capitaliste, commence à se reconnaître dans la lutte, contre les conditions qui l’atomisent, et vers des formes de vie collective contre la domination de la valeur d’échange, de l’échange commercial, de l’État bourgeois et de la guerre impérialiste sur la société.

Le prolétariat ne part pas d’une clarté et d’une indépendance en tant que classe. Il part de la vie sous le capital, qui le domine, au milieu de relations qui produisent et reproduisent l’aliénation prolétarienne, la dépossession des moyens de production et de ses conditions d’existence. Par conséquent, l’idéologie dominante est généralement celle de la classe dirigeante.

Il part des salaires, de la dette, du loyer, de la fatigue, de l’humiliation, des accidents, du chômage, des contrôles migratoires, du recrutement militaire, des services sociaux, des fardeaux familiaux et de la peur de sombrer dans la misère. Le début de la lutte et de la conscience prolétariennes est caractérisé par l’insécurité existentielle que le capitalisme impose nécessairement à la classe exploitée. L’essence de la condition prolétarienne réside dans la vente de la force de travail : la séparation du prolétariat des moyens de production, et le contrôle despotique qu’entraîne cette dépossession. Le communisme, en tant que mouvement réel, prend sa source dans l’usine, l’entrepôt, le bureau, la rue, le quai, l’école, la caserne, la frontière, la file d’attente pour les allocations et le foyer.

C’est pourquoi la théorie communiste ne doit pas flatter la classe avec des mythes d’unité immédiate, ni la rabaisser avec des psychologies bourgeoises de l’instinct de foule. Elle doit saisir à la fois la force et la faiblesse du prolétariat en tant que classe formée au sein des relations sociales capitalistes :

  • Fragmenté dans la vie quotidienne, mais périodiquement propulsé au-delà de cela par l’influence de la crise, de la guerre et de la pression commune à laquelle le prolétariat est soumis au quotidien, qu’il y ait ou non crise ou guerre. Par conséquent, dans ces conditions, des possibilités peuvent s’ouvrir pour dépasser cette fragmentation.
  • Piégé dans l’idéologie bourgeoise, mais capable, dans la lutte, de rompre avec elle.
  • Défensif dans ses premières réactions, mais capable, par son propre mouvement, de devenir révolutionnaire.

Ces notes exposent ce mouvement dialectique du communisme, avec des forces et des contre-forces liées entre elles, un mouvement complexe et dynamique animé par les contradictions et leur résolution, avec l’interaction des tendances et des contre-tendances, et cherchent à en tirer des conclusions critiques et révolutionnaires.

1. Le marxisme naît de la lutte du prolétariat, et non de l’extérieur de celui-ci

Le marxisme n’est pas né comme une doctrine toute faite de la révolution prolétarienne descendue sur les travailleurs depuis le domaine de la théorie pure. Il est apparu historiquement à travers la rencontre entre la critique révolutionnaire et le mouvement réel du prolétariat. Il a pris forme comme une méthode scientifique matérialiste et dialectique pour comprendre de manière critique la société capitaliste du point de vue de la classe exploitée et dans l’intérêt de sa lutte.

Dans ses premiers écrits, Marx évoluait encore sur le terrain ouvert par la révolution bourgeoise. Pourtant, il distinguait déjà la simple révolte politique de l’antagonisme social plus profond du prolétariat. Les soulèvements ouvriers français et ceux des tisserands silésiens ont révélé une vérité décisive : les travailleurs peuvent agir contre les fondements réels de la société avant de les comprendre pleinement, tandis que le langage politique bourgeois peut dissimuler la racine sociale de leur souffrance. Ainsi, dès le début, la lutte prolétarienne n’apparaissait ni comme une pure spontanéité ni comme une instruction extérieure, mais comme un processus pratique contradictoire dans lequel la conscience de classe, la conscience partielle, l’illusion et la clarification s’interpénètrent.

Par conséquent :

  • Le prolétariat n’est pas un réceptacle vide dans lequel il faudrait verser le socialisme.
  • Mais la conscience communiste n’émerge pas non plus automatiquement et de manière transparente de la misère.
  • Elle se développe dans et à travers la lutte, à travers les confrontations pratiques avec le capital, à travers la discussion au sein de la classe, et à travers l’intervention de minorités révolutionnaires qui articulent la voie à suivre latente dans le mouvement lui-même.
  • Le communisme marxiste fait partie de ce processus. Il n’est pas extérieur au prolétariat. Mais il n’est pas non plus identique à ce que les travailleurs pensent ou disent à un moment donné.

2. Le prolétariat rencontre d’abord le capital dans sa vie immédiate, et non comme une totalité abstraite

La classe ouvrière ne rencontre pas d’abord le capitalisme en tant que concept, en tant que « marché mondial », ou en tant qu’opposition abstraite entre le travail et le capital sous leur forme pure. Elle rencontre le capitalisme dans les conditions fragmentées de la reproduction quotidienne.

Les travailleurs vivent et agissent avant tout à travers le foyer, la famille, le quartier, le lieu de travail, le statut juridique lié à la résidence ou à la migration, l’école, l’appareil de protection sociale, le marché du travail local, l’État-nation et les innombrables enjeux de la vie quotidienne. Ils se construisent sous l’effet de pressions immédiates, répétitives et fragmentées. En conséquence, on constate non seulement des segmentations qui révèlent des disparités matérielles, mais aussi des attitudes différentes selon les divers secteurs de la classe prolétarienne.

Cette socialisation fragmentée n’est pas secondaire. C’est l’un des principaux mécanismes par lesquels la domination capitaliste se propage et se reproduit.

Le prolétariat est exploité en tant que classe, mais il est vécu comme un ensemble d’individus séparés, de groupes en concurrence, de strates segmentées, différenciées par les niveaux de salaire, les contrats, l’origine ethnique, la nationalité, le genre, le statut juridique, les qualifications, les secteurs, les générations et les traditions du soi-disant contrat social, légitimant l’autorité de l’État sur l’individu. Ces divisions ne sont pas accidentelles. Ce sont des formes par lesquelles le capital organise la force de travail et affaiblit son unification.

Ainsi, la relation de classe immédiate n’est pas vécue comme la confrontation du prolétariat mondial avec la bourgeoisie mondiale. Elle apparaît plutôt à travers des dimensions plus modestes et partielles : les conflits autour des horaires, des salaires, des loyers, des prix, des documents, des avantages sociaux, des contremaîtres, des cadres, de la police, des superviseurs et des autorités locales. Or, ces dimensions constituent précisément le terrain sur lequel la domination se reproduit et où surgissent les premières réactions de mécontentement, de refus, de protestation et de lutte.

  • Quiconque ignore cette médiation tombe dans l’abstraction.
  • Quiconque la glorifie tombe dans le localisme et l’immédiatisme.
  • Le communisme doit partir de là et aller au-delà.

3. La vie privée est l’un des ateliers cachés de la domination capitaliste

Le capital ne domine pas seulement sur le lieu de production direct. Il pénètre également la sphère qui semble « privée » : la famille ou les relations de type couple, etc., le travail domestique, la sexualité, l’éducation des enfants, la dépendance générationnelle, la consommation, les soins et la discipline émotionnelle nécessaire pour retourner chaque jour au travail.

Marx a compris dès 1844 que les êtres humains sont mutilés par des relations sociales aliénantes, non seulement en tant que producteurs, mais aussi en tant qu’êtres sensuels et sociaux. Sous le capitalisme, l’activité vitale devient étrangère au travailleur ; ses propres forces se dressent devant lui comme quelque chose d’extérieur et d’hostile. Cette aliénation ne s’arrête pas aux portes de l’usine. Elle s’étend au foyer et imprègne la vie quotidienne.

Sous le capitalisme, la famille n’est pas simplement un refuge contre l’exploitation. C’est aussi l’un des lieux où l’exploitation est préparée, réparée et transmise. C’est là que la force de travail se reproduit, dans une certaine mesure, souvent par le biais de travaux domestiques et de soins non rémunérés ou sous-payés. Au sein de la famille, la soumission à l’autorité, la pénurie, le calcul, la résignation, ainsi que la ruse adaptative et la compétitivité de la main-d’œuvre s’apprennent dans des formes quotidiennes. Les conflits générés par le marché du travail, le chômage, le surmenage, l’endettement et la précarité sont médiatisés par les relations personnelles. La séparation entre « problèmes privés » et « causes publiques » est sans cesse renouvelée.

C’est pourquoi la critique communiste doit inclure la vie privée sans la sentimentaliser. Le sexisme issu des vestiges des sociétés patriarcales, le machisme et le comportement adaptatif des femmes, la division sexuelle du travail d’ , le désir de contrôle et la jalousie, la dépendance juridique et les pressions de la société, du marché et de l’administration bureaucratique bourgeoise : tout cela constitue les maux pernicieux de la « demeure cachée » des travailleurs eux-mêmes. Solidarité et violence, soutien et domination, tendresse et agression peuvent coexister au sein de la famille.

La lutte du prolétariat ne peut donc se réduire à la relation salariale au sens strict. Elle doit également briser les formes par lesquelles les relations sociales capitalistes se reproduisent dans la vie quotidienne, y compris celles héritées des rapports de production antérieurs et remodelées par le capital moderne. Cette confrontation doit s’inscrire dans un processus visant à leur élimination et à leur dépassement révolutionnaire.

4. L’idéologie bourgeoise règne non pas parce que les travailleurs sont trompés une fois, mais parce que la vie sous le capital la reproduit quotidiennement

L’idéologie bourgeoise n’est pas simplement un ensemble de mensonges diffusés par les journaux, les écoles, les églises, les partis ou la propagande numérique. Elle est enracinée dans les relations sociales réelles.

Une partie de celle-ci est héritée de formes antérieures de société et persiste sous forme de résidus : autorité patriarcale, soumission religieuse, habitudes corporatistes, localisme, déférence, culte de l’honneur familial, insularité ethnique, religieuse et culturelle, et vénération des dirigeants ou des élites savantes.

Une autre partie est spécifiquement capitaliste : le nationalisme, la citoyenneté, l’égalité juridique masquant la domination de classe, le culte de l’échange de marchandises, le fétichisme de l’argent, la croyance selon laquelle la valeur sociale se mesure à l’aune de la valeur marchande, l’illusion que les marchandises possèdent naturellement une valeur d’échange, et l’idée que la société n’est rien d’autre qu’un agrégat d’individus effectuant des échanges équivalents.

Dans la société capitaliste, la valeur d’échange régit les choses à l’insu des producteurs. Les prix s’expriment en argent ; les salaires apparaissent comme le paiement du travail plutôt que comme l’achat de la force de travail ; les contrats semblent libres ; la concurrence semble naturelle ; la marchandise semble aller de soi. Ainsi, l’exploitation des travailleurs elle-même est voilée par la forme de l’échange.

Cette idéologie imprègne le prolétariat parce que celui-ci doit vivre au sein de ces formes. Les travailleurs achètent et vendent, calculent, comparent, négocient, épargnent, craignent la perte, recherchent l’avantage, défendent « leurs » emplois, « leurs » secteurs, « leur » nation, et peuvent interpréter la vie sociale à travers les catégories qui les dominent.

C’est pourquoi les travailleurs tiennent souvent des propos bourgeois.

Ils reprennent le nationalisme, le racisme, le sexisme, les théories du complot, le moralisme méritocratique, les illusions démocratiques, le bon sens militariste, les aspirations consuméristes, ou formulent des revendications en termes entièrement dans le cadre de l’échange et de l’équité. Cela ne prouve pas qu’ils ne soient pas des prolétaires ; cela prouve que le prolétariat est dominé tant physiquement que mentalement.

La tâche n’est ni d’adorer tout ce que disent les travailleurs, ni de les dénoncer d’en haut pour impureté idéologique. La tâche est de distinguer entre la position de classe du prolétariat et les idéologies à travers lesquelles cette position est souvent vécue et méconnue.

Les communistes ont toujours utilisé la propagande pour démystifier les idéologies oppressives. L’argument principal contre les idéologies issues des rapports de production passés consiste à démontrer leur non-pertinence dans une société capitaliste. Les idéologies reflétant la société bourgeoise sont plus difficiles à contrer car cela nécessite d’analyser les contradictions actuelles entre les intérêts de classe. Quoi qu’il en soit, la propagande communiste donne ses meilleurs résultats lors de luttes de classe massives, car la solidarité prolétarienne offre une alternative au capitalisme. La propagande et l’agitation ne s’excluent pas mutuellement ; elles se complètent plutôt en fonction de l’équilibre des forces de classe. La propagande s’adresse à une minorité de la classe, tandis que l’agitation implique une minorité agissant au sein du prolétariat dans son ensemble.

5. La conscience prolétarienne est une conscience dans et de la lutte

La conscience n’est pas simplement ce que les gens déclarent avec des mots. Ce n’est pas non plus une essence cachée, épargnée par les illusions. La conscience a une influence déterminante significative et une efficacité pratique. Elle se développe en relation avec l’être, et l’être est social. En ce sens, l’être conscient[1] n’est pas une intériorité privée, mais la vie sociale devenant réflexive dans le conflit.

La conscience prolétarienne ne descend pas toute faite de la théorie, ni ne jaillit complète du premier grief. Elle se développe dans et par la lutte.

Elle commence souvent en dessous du niveau du langage révolutionnaire : sous forme de méfiance, d’amertume, de refus, de désillusion, de solidarité défensive, de colère face à l’humiliation, de résistance à la détérioration des conditions, de reconnaissance que les institutions officielles ne nous protègent pas, et de première communication d’un préjudice partagé. Ce n’est pas encore le communisme. Mais cela reste important. Ce sont des débuts contradictoires.

La méfiance peut créer une brèche avec les institutions dominantes. Pourtant, cette même méfiance peut nourrir la passivité, le nihilisme, les fantasmes conspirationnistes, le ressentiment civique ou le repli conservateur. Un déclin des croyances n’entraîne pas automatiquement une clarification des classes sociales. Il indique que les anciens mécanismes d’intégration s’affaiblissent. Ce qui les remplace dépend de la lutte et des conditions matérielles dans lesquelles elle se déroule. Ainsi, le développement de la conscience n’est ni linéaire ni garanti. Il progresse à travers :

  • L’expérience partagée de l’attaque.
  • La communication par-delà les divisions.
  • Une confrontation collective des forces.
  • La mémoire des luttes passées.
  • Une organisation pratique.
  • Confrontation à la trahison et à l’exploitation égoïste et bourgeoise par les syndicats, les partis, les milices ou les intermédiaires de l’État.
  • Clarification théorique par des minorités ancrées dans la classe.
  • Une prise de conscience croissante que l’ennemi n’est pas tel ou tel employeur, mais le capital et son État.

La conscience comporte donc des niveaux, des rythmes, des revirements et des bonds en avant. Les travailleurs peuvent s’exprimer en termes bourgeois tout en agissant d’une manière qui rompt objectivement avec l’ordre bourgeois. D’autres peuvent tenir des propos radicaux tout en agissant comme des agents d’adaptation. La question décisive n’est pas le radicalisme verbal, mais le mouvement réel de la lutte et la mesure dans laquelle il tend vers une action de classe autonome.

6. Les opinions des travailleurs doivent être prises au sérieux, mais pas fétichisées

Ce que disent les travailleurs a de l’importance. Cela révèle comment l’existence de classe est vécue, nommée, rationalisée ou combattue. Cela révèle la peur, la confusion, le ressentiment, les aspirations, les illusions et les moments de lucidité. Cela peut refléter des changements avant que des concepts stables n’émergent. Cela contient souvent à la fois soumission et rébellion.

Mais les opinions des travailleurs ne sont pas un indice infaillible de la vérité de classe. Le prolétariat sous le capitalisme produit inévitablement un discours contradictoire, car il vit dans des conditions contradictoires. Identifier le communisme aux opinions immédiates de la classe, c’est du travaillisme. Rejeter le discours des travailleurs parce qu’il est contradictoire, c’est de l’élitisme. Une position communiste doit rejeter ces deux erreurs.

  • Elle doit écouter la classe, car le mouvement ne naît nulle part ailleurs.
  • Elle doit critiquer les formes idéologiques de la classe, car la classe est dominée.
  • Elle doit reconnaître que, lors des tournants majeurs, la classe apprend souvent davantage par son propre mouvement pratique que par ses opinions antérieures.

Les grèves de masse, les mutineries, les occupations d’usines, les mouvements de conseils, les refus de la guerre et les soulèvements de rue transforment non seulement les institutions, mais la perception elle-même. Dans de tels moments, ce qui était auparavant accepté comme naturel devient discutable ; ce qui était auparavant redouté devient possible ; les griefs isolés deviennent des questions partagées ; la souffrance privée entre dans le discours public. Par conséquent, l’activité communiste dans les mouvements prolétariens de masse n’est pas la fabrication d’opinions, mais la clarification des contradictions déjà présentes dans la vie sociale et la lutte.

7. Le comportement quotidien s’adapte à la domination ordinaire et devient inadéquat en période d’exception

Dans des conditions capitalistes normales, les travailleurs survivent grâce à des routines adaptées à la fragmentation : calcul individuel, restrictions familiales, endurance silencieuse, changement d’emploi, migration, petites dérogations, réseaux informels, recours juridiques, délégation syndicale, ajustements de consommation, plaintes privées, expression en ligne et brèves interruptions défensives. Ces comportements ne sont pas simplement des signes de retard. Ce sont des adaptations à un ordre social dans lequel la confrontation ouverte est risquée, coûteuse et souvent isolée.

Mais les schémas mêmes qui permettent de survivre en temps normal deviennent inadéquats dans des circonstances exceptionnelles. En cas de guerre, de crise généralisée, de spirales inflationnistes, de désindustrialisation, de chômage de masse, de chocs liés à l’endettement, de sanctions, de militarisation, d’effondrement du marché immobilier ou de répression étatique brutale, les moyens habituels de faire face ne suffisent plus. L’endurance privée atteint alors ses limites.

  • Ce qui était géré au sein du foyer déborde dans la rue.
  • Ce qui était enduré individuellement devient visible publiquement.
  • Ce qui était dispersé commence, sous la pression, à se condenser en un comportement de masse : manifestations, émeutes, rassemblements, grèves, occupation de l’espace, manifestations alimentaires, mutineries, défense de quartier, refus de la conscription, violations de l’ordre juridique, communication entre les secteurs.

Cette transformation n’est ni automatique, ni pacifique, ni idéologiquement pure. Elle est conflictuelle, inégale, réversible. Elle marque pourtant un seuil crucial : le passage de l’adaptation au sein des canaux existants à un comportement collectif dans la sphère publique. La rue n’a rien de magique. Mais elle est historiquement décisive car c’est là que le prolétariat fragmenté peut commencer à se percevoir comme une force sociale. Cela implique une activité organisationnelle et une lutte sur le lieu de travail et dans la communauté en dehors de l’entreprise capitaliste, qu’elle soit privée, coopérative ou publique.

8. L’individu et le collectif sont des moments contradictoires d’un même processus de classe

Le capitalisme présente le travailleur comme un vendeur isolé de sa force de travail et comme un membre d’une classe dont le travail est socialement combiné. Il engendre ainsi une contradiction permanente entre le comportement individuel et le potentiel collectif. Les travailleurs se font concurrence, comparent leurs salaires, cherchent à gravir les échelons, défendent des postes rares et peuvent se retourner les uns contre les autres sous la pression. Pourtant, ces mêmes travailleurs travaillent collectivement, dépendent de vastes systèmes coopératifs et ne peuvent se défendre efficacement qu’en s’associant. L’individualisme de la société capitaliste n’est pas une illusion flottant au-dessus de la vie matérielle. Il est ancré dans la vente de la force de travail, dans la forme marchande et dans le foyer familial en tant qu’unité de survie.

Mais la collectivité n’est pas non plus une correction morale imposée de l’extérieur. Elle découle de l’interdépendance matérielle de la vie prolétarienne et de l’insuffisance des solutions individuelles face à une attaque commune. Le passage d’un comportement isolé à un comportement collectif n’est donc pas un changement d’âme. C’est une transformation sociale provoquée par la lutte. La classe n’abolit pas l’individualité par un acte collectif fortuit. Au contraire, ce n’est qu’à travers de nombreuses luttes collectives que l’individualité humaine peut commencer à se libérer de la forme mutilée imposée par la concurrence, la hiérarchie et la peur.

9. Le capitalisme différencie le prolétariat et généralise périodiquement la pression qui s’exerce sur lui

Le capitalisme divise le prolétariat par les salaires, les conditions juridiques, les régimes de travail, l’accès aux prestations sociales – lorsqu’elles existent –, les droits à la retraite, les systèmes de santé, les protections contre le chômage, les conditions de logement, les parcours éducatifs, les charges liées au genre, la racialisation, le statut migratoire et la position dans les chaînes de production mondiale.

  • Dans le même temps, le capitalisme soumet périodiquement ces groupes distincts à des pressions communes.
  • Il s’agit là d’une contradiction permanente du système lui-même.
  • Le capital différencie et sépare, mais il uniformise aussi.

L’inflation, les coûts du logement, l’endettement, la mobilisation militaire, les sanctions, la désindustrialisation, le travail précaire, le contrôle des migrations, les coupes dans la protection sociale, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, les pandémies et les chocs énergétiques sont des mécanismes par lesquels des vies fragmentées peuvent être poussées vers un antagonisme commun. Cela n’abolit pas la division. Cela crée le terrain sur lequel la division peut commencer à être contestée. Par conséquent, le prolétariat n’est pas faible simplement parce qu’il exprime l’idéologie bourgeoise. Il est faible parce que le capital possède un pouvoir social réel et général : sur la production, le droit, l’éducation, la logistique, le crédit, les médias, la police, les frontières et la guerre. La faiblesse idéologique est indissociable de cette subordination matérielle.

Par conséquent, la théorie révolutionnaire doit rejeter deux illusions symétriques :

  • Premièrement, l’illusion selon laquelle la détérioration à elle seule produit l’unité révolutionnaire.
  • Deuxièmement, l’illusion selon laquelle les améliorations sous le capitalisme réfutent l’exploitation ou neutralisent l’antagonisme.

Le capitalisme s’est montré capable, à certaines périodes et pour certains secteurs, d’accorder des améliorations salariales et des conditions de vie tout en augmentant ses profits et en renforçant sa domination globale. Les mesures sociales de type « État-providence », l’assurance sociale, la réglementation du travail et les compromis contrôlés peuvent stabiliser l’accumulation plutôt que de la compromettre.

Au cours de ces périodes, le capitalisme peut ne pas générer de conflits et de contradictions de nature révolutionnaire, mais cela n’implique en aucun cas qu’il ait surmonté ses contradictions ; même en période de paix sociale relative, le capitalisme développe de manière latente des conditions qui plongent la reproduction de la vie prolétarienne dans la crise.

En réponse à la pression sur les salaires, à la crise économique, aux conflits géopolitiques et à la guerre impérialiste, le prolétariat mène régulièrement des luttes défensives.

Défendre les emplois d’un groupe de travailleurs, faire respecter un accord violé par les employeurs ou l’État, ou prendre la défense d’un groupe de collègues faisant l’objet de mesures disciplinaires n’a pas le même poids qu’une défense générale contre un décret salarial général ou contre des mesures touchant des millions de travailleurs.

10. Prolétarisation, nouvelles couches petites-bourgeoises et secteurs intermédiaires, populisme

Le mouvement dynamique du capitalisme impérialiste engendre des changements et des reconfigurations au sein des classes et des secteurs sociaux.

Le développement du capitalisme n’a pas produit une société simple, divisée entre une minorité bourgeoise de plus en plus réduite et une masse prolétarienne de plus en plus homogène. Il a certes élargi le prolétariat par la ruine de nombreux paysans, artisans et autres producteurs indépendants, et par l’incorporation de leurs descendants dans l’armée de réserve industrielle, dans la production capitaliste ou dans la précarité des emplois temporaires et à temps partiel. Mais il a également préservé et remodelé de larges couches de la petite et de la moyenne bourgeoisie, tout en générant de nouvelles couches de salariés situées entre le grand capital et les producteurs directs.

Parallèlement aux anciens petits propriétaires fonciers, aux commerçants, aux rentiers et aux vestiges de la paysannerie, le capitalisme a développé les secteurs employés dans l’administration des entreprises et de l’État, dans des fonctions impliquant la supervision, la formation et la délivrance de qualifications techniques et professionnelles, la recherche, la gestion technique, les missions de protection sociale, ainsi que le maintien et le contrôle de la main-d’œuvre prolétarienne et des cadres et éléments bourgeois eux-mêmes. Ces couches sociales dépendent souvent d’un salaire, peuvent avoir des revenus moyens et ne pas posséder les principaux moyens de production, mais leur fonction sociale n’est pas identique à celle du prolétariat. Leur place dans la reproduction capitaliste est fréquemment liée à la distribution, à la supervision, à la réalisation ou à la régulation politique du surplus de travail plutôt qu’à sa production directe. Ces strates dépendent généralement d’un salaire ; elles peuvent avoir des revenus moyens ou faibles, être confrontées à la précarité et à l’insécurité, et ne pas posséder les principaux moyens de production, mais leur fonction sociale et économique n’est pas identique à celle du prolétariat. Quant à la bureaucratie d’État, le nombre et la diversité des fonctionnaires ont augmenté, avec des statuts et des conditions salariales diversifiés.

Pour le matérialisme historique, il est nécessaire de relier les classes et leurs secteurs à la production et à l’extraction de la plus-value (le temps de travail des travailleurs dépensé mais non rémunéré), ainsi qu’à l’ensemble de la circulation et de la reproduction capitalistes. C’est là que résident les fondements qui déterminent les distinctions de classe et, au sein de chaque classe, les diverses fonctions opérationnelles. La plus-value est la base sur laquelle se construisent le profit industriel, les intérêts bancaires, le profit commercial, la rente foncière et les impôts perçus par l’État.

Le prolétariat échange sa force de travail contre du capital variable, et cela se produit indépendamment du secteur dans lequel il travaille, que ce soit avec un niveau de qualification élevé ou faible. Cependant, le secteur salarié de la petite et moyenne bourgeoisie l’échange fondamentalement contre la plus-value que le capital a extraite du prolétariat, et qu’il distribue aux fonctions capitalistes en dehors de la production directe. Certaines des nouvelles fonctions, dans un sens objectif, appartiennent en partie ou entièrement à la production directe. Par exemple, le travail technique des ingénieurs fait partie de la production directe, tandis que les tâches de supervision relèvent des fonctions capitalistes. La bourgeoisie tente d’empêcher les ingénieurs de développer une solidarité avec les travailleurs par un endoctrinement idéologique pendant leur formation technique, ainsi que par des différences de statut et de rémunération. Une partie de l’appareil d’État est engagée dans la production directe, par exemple la construction et l’entretien des infrastructures. De nombreux employés de l’État qui y travaillent sont objectivement des travailleurs et agissent et pensent souvent comme tels.

Par conséquent, en général, à quelques exceptions près, il ne s’agit pas d’une nouvelle classe, mais plutôt d’une configuration de la petite et moyenne bourgeoisie dans laquelle le développement capitaliste lui-même a favorisé la croissance de ces secteurs à un rythme toujours croissant, les positionnant comme une bourgeoisie de poids relatif moindre par rapport au grand capital, aux côtés des petits entrepreneurs, commerçants, rentiers et artisans autrefois caractéristiques. Le matérialisme historique doit distinguer ces strates en fonction de leur rôle dans la production, la circulation, l’administration et le pouvoir d’État, tout en examinant comment elles comprennent et défendent leurs intérêts dans la pensée et l’action. Leur comportement politique ne peut être déduit mécaniquement uniquement à partir du niveau de revenu, de l’éducation ou du statut juridique.

En période de croissance, certaines franges du prolétariat peuvent s’élever vers ces secteurs de la petite bourgeoisie, tandis qu’en période de stagnation, de crise, de guerre ou de déclin régional ou sectoriel, de larges masses peuvent être poussées vers le bas, vers la précarité et la désintégration sociale. Ainsi, le capitalisme ne produit pas une carte de classes figée, mais un champ dynamique de prolétarisation, de mobilité ascendante partielle et de déclin renouvelé.

Lorsque ces masses aux multiples strates se mettent en mouvement, elles le font souvent dans un premier temps sous des slogans populistes : « le peuple », « les citoyens », « la nation » ou des slogans générationnels. Si le prolétariat ne s’affirme pas au sein de ces mouvements en tant que classe indépendante, avec ses propres revendications, méthodes et organes de lutte, alors le mouvement renforce les illusions bourgeoises plutôt que de les briser.

En période de tension et de radicalisation croissante, on observe une série d’expressions caractéristiques du mouvement petit-bourgeois qui perçoit le danger de la prolétarisation et ne se contente pas de reproduire de vieilles illusions et des intentions réformistes, mais va jusqu’à idéaliser et pratiquer la lutte de rue, la violence contre l’appareil d’État ou des figures bourgeoises privées, ou des formes « alternatives » de « faire de la politique », de « construire une communauté », etc. Les limites de ce type de mouvement se situent entre les aspirations à chercher refuge sous le capitalisme d’État et le nihilisme social, allant de la promotion d’un gauchisme pro-État à l’antiparlementarisme.

11. Les crises économiques graves et la guerre impérialiste sont des moments historiquement liés de la contradiction capitaliste

La guerre ne doit pas être comprise de manière restrictive comme un simple conflit militaire. Les crises du capitalisme ne sont pas seulement des perturbations commerciales ou financières. Ce sont des moments où les contradictions de l’accumulation imposent une réorganisation sociale plus large sous le signe de la violence, de la coercition, de la destruction et d’une concurrence intensifiée.

Des crises économiques plus longues et plus profondes peuvent préparer, accompagner, prolonger ou suivre une guerre impérialiste. En leur sein, la même logique apparaît sous des formes partiellement différentes :

  • Destruction ou dévaluation du capital.
  • Restructuration du travail.
  • Centralisation du pouvoir étatique.
  • Une exploitation accrue du prolétariat.
  • Réorganisation des systèmes mondiaux d’approvisionnement et d’énergie.
  • Transferts budgétaires vers l’armement et les secteurs stratégiques.
  • Pression en faveur de l’unité nationale et du sacrifice, et donc en faveur des alliances et de l’action du bloc impérialiste lorsque le grand capital en décide ainsi et rallie les factions de la petite et moyenne bourgeoisie.

La guerre impérialiste est donc la forme concentrée et armée de la concurrence capitaliste, mais une crise économique prolongée peut déjà imposer une discipline guerrière à la vie sociale.

Pour le prolétariat, cela signifie que l’expérience sociale de la guerre commence avant la déclaration de guerre et se poursuit après celle-ci. L’austérité, les budgets militarisés, l’inflation, les pénuries stratégiques, les décrets d’urgence, le contrôle des migrations, la surveillance technologique et la discipline du travail forcé font partie du même terrain historique.

12. L’impérialisme est la condition mondiale de la lutte des classes moderne

L’impérialisme n’est pas la politique privilégiée par un État agressif parmi d’autres alternatives pacifiques. C’est la phase historique du capitalisme dans laquelle tous les États, quelle que soit leur idéologie, sont liés à l’accumulation sur le marché mondial et donc à la concurrence interétatique, à la militarisation permanente et aux luttes pour le redécoupage.

La Première Guerre mondiale a marqué l’entrée définitive du capitalisme dans cette phase. Une fois les régions décisives du globe conquises et partagées, une fois les nombreuses campagnes colonialistes et guerres menées à leur terme, toutes les grandes puissances se sont retrouvées de plus en plus entraînées dans des conflits pour le contrôle des marchés, des territoires, des voies stratégiques, des flux de main-d’œuvre, des matières premières et des sources d’énergie. Les alliances et les blocs ne se sont pas formés par hasard, à la suite de choix diplomatiques fortuits, mais comme l’expression de cette réalité objective.

  • La guerre n’est donc pas une déviation externe du capitalisme. Elle en est l’une des formes concentrées.
  • Aucune faction bourgeoise ne peut échapper à cette logique en invoquant la nation, la démocratie, l’anti-impérialisme, la civilisation, la religion, la sécurité ou le développement.
  • Chaque force bourgeoise cherche la meilleure position pour « son » capital au sein de la lutte mondiale.
  • Chaque force bourgeoise sacrifie « son » prolétariat à l’exploitation, au traumatisme, au déplacement et à la mort.

Par conséquent, toute politique radicale, sérieuse et efficace sous l’impérialisme est nécessairement internationaliste.

Ce n’est pas une préférence morale. C’est la conséquence matérielle d’un monde où le travail, la valeur d’échange, la guerre, la logistique, l’inflation, les sanctions, la migration et la militarisation sont organisés à l’échelle internationale.

13. La révolution en Russie s’inscrit dans la crise internationale de l’impérialisme, et non dans une voie nationale de progrès

Les révolutions de 1905 et 1917 ne peuvent être comprises principalement dans un cadre national. Elles ont été des moments de la crise mondiale de l’impérialisme.

La guerre russo-japonaise avait déjà révélé l’évolution de la situation mondiale : la rivalité impérialiste n’était plus l’apanage des anciennes puissances occidentales. Les chocs de la guerre ont accéléré les contradictions internes, notamment l’existence d’une population majoritairement rurale. Les événements de 1905 et de février 1917 ont affaibli puis brisé les structures étatiques tsaristes sous la pression combinée de la guerre, du conflit de classe et de la crise capitaliste. En octobre 1917, le prolétariat tenta de briser la dynamique impérialiste en transformant la guerre en lutte de classes.

Cette tentative revêtait une importance historique immense. Mais son sort fut déterminé par l’équilibre des forces de classe à l’échelle internationale et interne. Le contenu prolétarien d’octobre ne résidait pas dans le retard national de la Russie ni dans l’achèvement des tâches bourgeoises. Il résidait dans la tentative des conseils ouvriers d’établir le pouvoir de classe dans un monde secoué par la guerre impérialiste.

Pourtant, l’isolement de la révolution, la défaite du prolétariat à l’échelle internationale, les faiblesses internes de la classe ouvrière russe, la cession du pouvoir des conseils au Sovnarkom et l’assimilation erronée de la propriété d’État au socialisme ont ouvert la voie à la dégénérescence et au capitalisme d’État.

Par conséquent, les éléments les plus pernicieux de l’idéologie social-démocrate et du jacobinisme petit-bourgeois, dans une version de type blanquiste, avant-gardiste et substitutionniste, ont pris une importance considérable dans la pratique et la théorie du bolchevisme et en sont venus à le dominer, exacerbant la conception du socialisme d’État bureaucratique par une voie plus dure que celle de la droite et du centre social-démocrate. Mais ce « socialisme » n’était pas du genre authentique, celui qui implique l’éradication du capitalisme par l’établissement d’une société sans relations capitalistes et donc sans classes, sans État et sans les unités de valorisation capitaliste que sont les entreprises. Il s’agissait, au contraire, d’une expression du capitalisme d’État, avec ses nationalisations et le maintien des entreprises et du travail salarié. Cela reflétait la mainmise du processus capitaliste en cours sur le bolchevisme, déterminant son rôle de vecteur politique de l’exploitation capitaliste du prolétariat et de sa domination, pivotant du centre étatique vers des formes coopératives et bourgeoises privées. En restant au pouvoir, le bolchevisme n’a pas reculé, mais a au contraire développé de plus en plus son idéologie comme un alibi d’ e mystificateur, déguisant ses actions capitalistes en leur contraire. La « bourgeoisie rouge » s’est présentée comme l’avant-garde du prolétariat, en maintenant un puissant appareil répressif sur celui-ci, et en transformant l’Internationale communiste en un instrument opportuniste et tactique de pression au service des intérêts de l’État bourgeois établi en Russie.

La leçon est double :

  • Sans extension internationale, la révolution prolétarienne est isolée et vaincue.
  • Sans autonomie prolétarienne interne contre la substitution du parti-État, la révolution prolétarienne est politiquement vidée de sa substance de l’intérieur.

Les révolutions de 1917-1923, y compris leurs défaites en Allemagne et ailleurs, doivent être étudiées avant tout dans leur signification négative : comme des tentatives réelles, des limites réelles, des erreurs réelles et des avertissements réels.

Les sectes préservent ces limites en tant que doctrine. Le communisme doit les dépasser.

14. La révolution prolétarienne n’est pas le transfert de biens aux masses, mais l’appropriation sociale collective

La révolution prolétarienne n’est pas la remise de richesses à une masse de bénéficiaires privés. Elle n’est pas non plus la simple abolition de la propriété privée légale dans l’abstrait. De telles formules sont sans cesse détournées.

La révolution consiste en la prise de possession collective par les masses travailleuses, au nom de la société, des moyens de production, des biens et des services que leur travail a historiquement produits et dont elles ont été séparées.

Cette prise de possession ne peut trouver de forme adéquate que dans les conseils ouvriers et leur coordination internationale.

La question décisive devient alors de savoir comment le prolétariat organise la production et la distribution au-delà de la valeur d’échange, de l’anarchie du marché et de la planification étatique. Le développement de formes fondées sur le temps de travail socialement nécessaire, tel qu’élaboré par la gauche communiste germano-néerlandaise, a été publié par le GIC sous le titre « Les principes fondamentaux de la production et de la distribution communistes ». Le GIC a enrichi la Critique du programme de Gotha de Marx avec les expériences de planification issues des révolutions de 1917-1923. De la même manière, ce texte devra être amélioré et affiné.

L’économie du temps de travail telle que défendue par Marx et le GIC n’est pas une préservation de la valeur d’échange sous un autre nom. Il s’agit d’entamer la régulation sociale consciente de la production en fonction des besoins collectifs, tout en passant par des mesures transitoires qui suppriment la domination de la valeur d’échange et empêchent la reconstitution d’une couche dominante sur le travail.

15. Les minorités révolutionnaires font partie de la classe et ont des tâches qui vont au-delà de la simple propagande

Les minorités révolutionnaires ne se placent pas au-dessus de la classe, mais elles ne se dissolvent pas non plus dans les humeurs immédiates de la classe. Elles constituent une partie organisée du mouvement prolétarien dans laquelle se concentrent la mémoire historique, la clarification théorique, la critique stratégique, la propagande, l’agitation et l’intervention pratique.

  • Leur tâche n’est pas de commander la classe, de se substituer à elle ou d’imposer une ligne toute faite indépendamment du mouvement réel.
  • Leur tâche est de « dire ce qui est », en expliquant les potentialités du processus réel de lutte.
  • Elles participent activement aux luttes ouvrières, clarifient leurs tendances, dénoncent les mystifications, dévoilent le caractère étatique des organisations bourgeoises, encouragent l’extension et les formes autonomes, et combattent tout raccourci qui subordonne la classe à des forces extérieures.

La distinction entre travailleurs avancés et minorités révolutionnaires est donc fausse lorsqu’elle est traitée comme une séparation absolue. Les travailleurs les plus avancés appartiennent précisément au processus par lequel les minorités révolutionnaires s’organisent.

Le critère d’admission à une organisation de minorité révolutionnaire n’est pas l’origine sociale, le diplôme ou l’authenticité sur le lieu de travail. Le critère est une compréhension claire de l’évolution vers le communisme.

16. Les organisations de lutte doivent être jugées historiquement, et non dogmatiquement

Les syndicats, les syndicats industriels, les comités, les conseils, les assemblées et autres formes ne peuvent être compris uniquement à travers des étiquettes figées.

Sous le capitalisme, les organisations permanentes qui servent d’intermédiaires dans la vente de la force de travail ont une forte tendance à s’intégrer à l’État et à la gestion du travail. Cela s’applique de manière générale aux syndicats (basés sur la profession) et aussi, historiquement, à de nombreux syndicats industriels ou organismes se qualifiant de comités ouvriers ou autres. Nous avons également vu des conseils se consacrer à la poursuite d’intérêts et de tâches bourgeois, agissant en tant que gestionnaires de l’exploitation de la classe ouvrière.

La ligne de démarcation historique du syndicalisme – tout comme les tactiques parlementaires et les fronts avec les forces bourgeoises progressistes – est la montée de l’impérialisme et le pouvoir relatif de la bourgeoisie vers 1900. La lutte salariale a toujours présenté la caractéristique d’être limitée au capitalisme (où les réformistes, puis les syndicats d’État, tentent de la maintenir), et la possibilité de briser ce confinement sous la pression combinée de l’aggravation des conditions de vie du prolétariat et de la prise de conscience croissante qu’une réponse prolétarienne massive est nécessaire. Les révolutionnaires encouragent cette dernière possibilité lorsqu’il existe de réelles tendances dans ce sens. Ils dénoncent toujours les syndicats contrôlés par l’État mais restent prudents face aux syndicats alternatifs ou illégaux ou aux organisations de type syndical telles que les « comités ouvriers », les « syndicats de base » ou les « collectifs », afin de ne pas les dénoncer sans preuve supplémentaire que leur intégration dans l’État est devenue « inévitable ». Cela ne signifie pas que si une forme d’organisation n’est pas intégrée à l’État, elle devient pour autant valable pour le développement de la capacité d’autonomie de la classe ouvrière ; nous constatons que beaucoup servent de plateformes à des directions syndicales en concurrence avec d’autres syndicats, animées par des tendances de gauchisme petit-bourgeois, ou même, tout en étant un effort prolétarien, ne parviennent pas à s’élever au niveau de la lutte pour une telle indépendance face au capital. Une réponse prolétarienne de masse trouve de meilleures conditions pour se réaliser lorsque les situations mûrissent radicalement et conduisent à des circonstances où la seule option est d’aller de l’avant ou de capituler et d’en subir les terribles conséquences.

Une formule catégorique est insuffisante. Dans des conditions de répression sévère, d’illégalité ou de lutte défensive fragmentée, toutes les formes syndicales ne fonctionnent pas immédiatement et au même degré comme un organe direct de l’État. De plus, la classe ouvrière, en période non révolutionnaire et prérévolutionnaire, a toujours besoin de formes d’organisation dans les luttes sur les conditions de travail.

La distinction décisive est d’ordre historique et pratique :

  • La médiation permanente au sein de l’ordre capitaliste tend vers l’intégration. Cette intégration est favorisée par les idéologies et les prétextes bourgeois. De puissants mécanismes de mystification de masse sont diffusés par les appareils et les réseaux bourgeois. Cela est facilité par la démocratie capitaliste, qui respecte les formes bourgeoises de propriété et les consensus sociaux interclassistes qui les renforcent et les reproduisent.
  • Les organisations de lutte autonomes issues de la lutte ouverte tendent vers des assemblées de masse, des délégués élus et révocables. Ces organisations sont sous le contrôle direct des grévistes ou des travailleurs insurgés. Elles s’étendent à travers les secteurs et ressemblent à la Commune et à de véritables conseils ouvriers en lutte radicale. Après la lutte ouverte, ces formes disparaissent ou changent de caractère, devenant des syndicats ou pouvant devenir des organisations minoritaires révolutionnaires.

Les communistes doivent donc rejeter à la fois l’adaptation réformiste aux institutions existantes et l’aveuglement maximaliste face aux besoins réels de la lutte défensive et de son organisation.

La voie vers le pouvoir des conseils et l’organisation des travailleurs les plus combatifs et les plus conscients ne tombe pas du ciel. Elle se développe à travers la lutte contre les attaques bourgeoises sur les conditions de vie du prolétariat.

17. Contre le spontanisme et contre le psychologisme

La révolution prolétarienne n’éclate pas comme une pure spontanéité, telle une tempête naturelle. Les défaites ne peuvent pas non plus s’expliquer par de vagues références à la psychologie, à l’instinct de foule, aux pulsions inconscientes ou à l’insuffisance émotionnelle des masses.

De telles conceptions sont bourgeoises. Elles effacent le développement historique de la conscience de classe et dissimulent les responsabilités des minorités révolutionnaires.

La lutte des classes n’est pas un processus naturel dépourvu de conscience. C’est un processus historique dans lequel la conscience se développe de manière inégale sous la pression des circonstances, à travers l’organisation, le conflit, la mémoire, la discussion et l’intervention.

  • Qualifier chaque mouvement insurrectionnel de spontané revient souvent à ignorer le travail préalable de discussion parmi les travailleurs, ainsi que l’agitation et la clarification menées par l’organisation minoritaire.
  • Expliquer chaque défaite par des raisons psychologiques revient souvent à excuser la confusion politique et les erreurs stratégiques.
  • Le communisme est un véritable mouvement de lutte et de conscience.
  • Son développement est contradictoire, mais pas mystérieux.

18. La guerre impérialiste actuelle reproduit le même problème de classe à un niveau historique et technique plus élevé

La guerre actuelle au Moyen-Orient doit être replacée dans le contexte de la même époque impérialiste et de la montée générale des conflits mondiaux depuis 2022, en particulier la guerre en Ukraine. Il ne s’agit pas d’une éruption locale causée par la religion, le tempérament national ou des dirigeants individuels. C’est l’un des théâtres d’un processus mondial impliquant les guerres en Ukraine et ailleurs, l’intensification de la rivalité entre les États-Unis et la Chine, les régimes de sanctions, les goulets d’étranglement maritimes, les couloirs énergétiques, les conflits par procuration et la militarisation de la logistique.

Les moyens ont changé : infrastructures numériques, drones, cyber opérations, missiles, surveillance navale, systèmes de sanctions, réseaux de mandataires et attaques contre les installations énergétiques. Mais la relation sous-jacente n’a pas changé. Les capitaux en concurrence recherchent un avantage stratégique ; les États sacrifient les travailleurs.

Par conséquent, le prolétariat en Iran, en Israël, au Liban, en Irak, au Yémen, dans les États du Golfe, en Europe, aux États-Unis, en Chine, en Inde, en Russie et au-delà est confronté à un processus mondial unique.

Il n’existe aucune réponse régionale satisfaisante en dehors de la question mondiale.

19. Pas de camp, pas d’impérialisme démocratique, pas de mythe de l’État anti-impérialiste

Le renforcement temporaire d’un bloc contre un autre n’affaiblit pas l’impérialisme en tant que tel. Il redistribue la force au sein de l’impérialisme.

Les États-Unis et Israël peuvent gagner une marge de manœuvre stratégique aux dépens de l’Iran et de son réseau régional. Cela ne conduit pas à l’émancipation.

Les slogans de démocratie, de libération des femmes, de protection des minorités, de sauvetage humanitaire, d’antiterrorisme, d’antisionisme, de résistance anti-occidentale ou de défense de la civilisation sont des formes idéologiques masquant des intérêts stratégiques.

Les travailleurs doivent rejeter l’illusion selon laquelle une guerre menée par l’impérialisme étranger les libérera.

Les travailleurs doivent tout autant rejeter l’illusion selon laquelle « leur propre » État répressif est un moindre mal qui mérite d’être défendu parce que l’ennemi est pire.

Aucun camp bourgeois n’offre de solution à l’exploitation et à la domination du capital, mais constitue plutôt l’une de leurs formes. Ni le camp libéral-impérialiste. Ni le camp théocratique ou nationaliste. Ni le camp qui parle au nom de l’anti-impérialisme tout en reproduisant le travail salarié, la coercition d’État, la militarisation et la politique de blocs.

Le prolétariat ne peut pas choisir entre différents scénarios impérialistes sans payer ce choix de son sang, de ses vies et d’un travail intensifié.

20. La guerre énergétique, les sanctions et la crise reviennent dans la vie quotidienne sous forme de pression de classe

Le blocus de voies stratégiques telles que le détroit d’Ormuz montre clairement ce que l’impérialisme signifie pour la vie quotidienne. La guerre énergétique n’est pas un phénomène extérieur à la classe ouvrière. Elle se répercute sous forme d’inflation, de pénuries, de pression sur les salaires, d’endettement, de chômage, de coupes dans les services publics, de mesures d’urgence, d’allongement du temps de travail, de contrats précaires et d’un durcissement de la discipline au travail.

La dépendance de l’Europe, l’exposition de la Chine, l’influence navale des États-Unis, la vulnérabilité du Golfe, les chaînes de sanctions et l’insécurité maritime ne sont pas de simples faits géopolitiques. Ce sont des mécanismes par lesquels le conflit impérialiste mondial s’immisce dans les cuisines, les usines, les écoles, les hôpitaux, les réseaux de transport et les loyers.

Ainsi, la guerre et la crise généralisent la pression alors même que le prolétariat reste fragmenté.

C’est sur ce terrain contradictoire que la lutte indépendante devient à la fois plus difficile et plus nécessaire.

21. Le prolétariat doit transformer la lutte défensive en organisation de classe autonome

La lutte commence sur le plan défensif.

Contre les baisses de salaire. Contre l’inflation. Contre le coût du logement. Contre les licenciements. Contre l’endettement. Contre la militarisation du travail. Contre la conscription. Contre les divisions racistes et sectaires. Contre la répression. Contre le transfert de la richesse sociale vers l’armement et la guerre.

Mais si ces luttes restent isolées, corporatistes, locales, électorales, nationalistes, ou confinées au sein de la direction des syndicats et des partis bourgeois, elles sont vaincues ou absorbées.

C’est pourquoi chaque lutte doit s’efforcer de s’unir aux autres et de s’étendre de manière autonome à l’ensemble du prolétariat.

Extension à tous les secteurs. Extension à tous les statuts juridiques. Extension aux citoyens et aux migrants. Extension aux salariés et aux chômeurs. Extension au travail privé et public. Extension à toutes les régions et nations.

Cette extension nécessite des formes d’organisation qui lui soient adaptées : assemblées, comités de grève, délégués révocables, coordination directe, confrontation publique et liens internationaux.

Pourtant, l’organisation seule ne suffit pas si les obstacles idéologiques ne sont pas remis en cause.

Le nationalisme, les illusions démocratiques, la foi dans le salut militaire, l’attachement aux marchandises, la concurrence entre les segments de travailleurs, le commandement patriarcal, la division ethnique, le légalisme et la délégation aux dirigeants affaiblissent tous la volonté d’agir de manière indépendante.

Le besoin est donc double :

  • Une lutte indépendante et des formes indépendantes.
  • Une lutte continue contre les idéologies qui paralysent l’indépendance du mouvement prolétarien face au capital.

22. La volonté d’agir est bloquée non seulement par la répression, mais aussi par l’idéologie sédimentée dans la vie quotidienne

Les travailleurs ne manquent pas d’agir simplement parce qu’ils sont battus, surveillés ou contraints économiquement, bien que tout cela soit réel. Ils manquent également d’agir parce que la société capitaliste fait passer la soumission pour normale, le pouvoir collectif pour irréaliste et les solutions bourgeoises pour inévitables.

Les gens attendent les élections, les négociations, les dirigeants, les victoires nationales, la protection militaire, les décisions de justice, les appels à la morale ou la souffrance des autres pour résoudre ce que seule leur propre action collective peut affronter.

D’où l’urgence d’une clarification communiste. Pas sous forme de sermon. Pas sous forme d’examen d’entrée scolastique au marxisme. Mais sous forme de critique pratique indissociable du mouvement.

Il s’agit d’aider à transformer la souffrance muette en antagonisme public, la plainte fragmentée en accusation collective, la résistance défensive en extension consciente.

23. L’horizon positif : le pouvoir mondial des conseils ouvriers et la réorganisation communiste de la vie

Le prolétariat ne possède aucun territoire national à défendre, aucune flotte, aucune banque centrale, aucune destinée patriotique. Son pouvoir réside dans la place qu’il occupe dans la production, les transports, la logistique, les systèmes énergétiques, la communication, la reproduction sociale, et dans sa capacité à les interrompre, ainsi que dans son nombre.

 Mais pour qu’elle devienne un véritable pouvoir face au capital, une action coordonnée est nécessaire, ainsi qu’une vision claire des moyens et des objectifs de la lutte. L’action autonome n’implique pas une dispersion des forces où chacun agit de son côté ; elle n’implique pas non plus une dictature d’en haut (blanquisme, léninisme). L’autonomie de classe signifie intégrer tous les efforts dans un plan global unifié qui canalise l’énergie du prolétariat contre le capital. Cette centralisation permet au prolétariat de se déployer globalement de manière coordonnée et autocontrôlée par les participants eux-mêmes. Cette centralisation des efforts prolétariens exclut une structure distincte qui s’approprie le pouvoir au profit d’une minorité et lutte pour ses propres objectifs spécifiques, étrangers à ceux du mouvement révolutionnaire général. Ainsi, la centralisation des capacités générales communes, la concentration des forces, le regroupement des initiatives particulières et le déploiement d’impulsions autonomes dans des conditions diverses sont appropriés, et liés de manière pratique et dialectique, c’est-à-dire interdépendants, s’influençant mutuellement de manière dynamique.

À cette fin, il est essentiel que les secteurs les plus avancés et les plus radicaux de la classe ouvrière cherchent à faire progresser et à radicaliser les secteurs les plus arriérés et conformistes ainsi que les secteurs intermédiaires. Une telle radicalisation exclut les manœuvres opportunistes. La radicalisation ne peut être convaincante qu’en démontrant la nécessité et les possibilités de la confrontation avec le capital, ainsi que les conséquences de ne pas le faire.

C’est pourquoi l’intégration organisationnelle des travailleurs les plus radicaux, conscients et combatifs au sein d’un parti politique minoritaire revêt une importance capitale. Un tel parti peut agir comme catalyseur de la mobilisation, de l’orientation historique révolutionnaire et de la lutte communiste radicale, en favorisant les formes et les contenus les plus appropriés afin que l’émancipation du prolétariat soit son œuvre propre. Un parti révolutionnaire est exempt de complaisance sectaire et des efforts de type bolchevique visant à substituer l’activité des masses par des actions minoritaires (substitutionnisme). Le substitutionnisme reproduirait les activités désastreuses et les conséquences capitalistes du bolchevisme au pouvoir depuis octobre 1917. Le parti doit donc tirer et diffuser les leçons critiques concernant les aspects généraux et spécifiques des différentes luttes du prolétariat. Une telle évaluation constituera une base adéquate pour une lutte plus intense et plus efficace. Le capital cherche à favoriser soit la dispersion des énergies de la lutte prolétarienne, soit même leur incorporation dans les mouvements et les structures bourgeoises. Face à cette capacité capitaliste, le prolétariat doit opposer ses propres capacités organisées et conscientes, sachant qu’il ne doit pas les déléguer à quiconque étranger à ses besoins révolutionnaires, ni à ses propres organisations révolutionnaires minoritaires.

Lorsque le prolétariat lutte sur son propre terrain, il peut rallier à sa cause d’autres couches opprimées : les couches précaires, les paysans pauvres, les populations déplacées, les éléments petits-bourgeois ruinés, et tous ceux qui sont écrasés par la crise et la guerre. Mais il ne peut le faire qu’en restant autonome en tant que classe. Les fronts interclasses et multiclasses, les formes de corporatisme bourgeois telles que le féminisme, les mouvements pour la réforme écologique du capitalisme et le mouvement « citoyen » indigné, souvent générés par la petite bourgeoisie, ou l’attrait d’un gauchisme lumpen militariste, constituent des forces opposées au mouvement autonome du prolétariat. Ces mouvements non prolétariens ne peuvent résoudre les causes profondes de l’oppression, de la dégradation et de la subordination de la société et de l’environnement naturel engendrées par le capitalisme. Il en va de même pour les mouvements de libération nationale qui se sont tous avérés participer aux antagonismes et aux confrontations interimpérialistes.

Le prolétariat doit prendre en compte les problèmes qui sous-tendent l’existence de ces mouvements bourgeois afin d’y apporter sa propre solution révolutionnaire. Cela n’est possible qu’en s’abstenant de toute subordination ou concession à ces mouvements, qui servent de catalyseur à la réorganisation et à la modernisation du capitalisme. Ces mouvements bourgeois ne servent pas de tremplin intersectoriel pour l’éradication des problèmes sous-jacents, mais de champ de bataille où se jouent les querelles interbourgeoises, les aspirations corporatistes et réformistes, et la ruée vers les fonds budgétaires de l’État.

Le communisme n’est pas la perfection de la vie quotidienne sous le capitalisme. C’est la transformation révolutionnaire de la vie quotidienne par l’auto-émancipation du prolétariat.

Une meilleure répartition au sein du capitalisme, un État plus démocratique, l’indépendance nationale ou la paix entre les capitaux rivaux ne sont pas les objectifs finaux du prolétariat, ni ses objectifs intermédiaires ou tactiques.

C’est la destruction de tous les États, le démantèlement des armées permanentes et des appareils coercitifs, l’expropriation du capital et le transfert du pouvoir à des conseils ouvriers coordonnés au niveau international.

Face aux attaques incessantes menées par l’État contre le prolétariat et ses conseils, l’insurrection armée générale du prolétariat s’impose comme la meilleure défense, d’abord inévitablement limitée à une zone du monde, puis à l’échelle mondiale. Les conseils ouvriers victorieux exerceront, pendant une période de transition, la dictature de classe contre les relations capitalistes et les structures, forces et intérêts bourgeois. Les conseils ouvriers révolutionnaires constituent le pouvoir du prolétariat qui s’efforce de parvenir à l’abolition du prolétariat en mettant fin aux classes et à leurs relations, en commençant par l’abolition du travail salarié, en remplaçant la gestion capitaliste de la production et de la distribution par une planification et une consommation fondée sur le comptage du temps de travail. Pour empêcher toute tentative de reconstitution du pouvoir de la bourgeoisie, la structure révolutionnaire de type communale des conseils ouvriers présente des caractéristiques semi-étatiques, qui disparaîtront lorsque les classes auront disparu.

Telle est la transition au-delà de la société marchande : production en fonction des besoins sociaux ; abolition de la loi de la valeur d’échange ; régulation consciente du travail et de la distribution ; l’élimination et le dépassement de la division du travail sous ses formes effectives sous le capitalisme : manuel-intellectuel, campagne-ville, travail domestique-social ; suppression des classes ; dissolution de la séparation entre le public et le privé ; fin de la famille en tant qu’unité économique de survie forcée ; fin des nations en tant que conteneurs politiques antagonistes de la force de travail ; fin de la guerre impérialiste.

Déclaration finale

Le prolétariat ne devient pas révolutionnaire par la misère seule.

Il ne devient pas révolutionnaire par la doctrine seule.

Il devient révolutionnaire à travers le développement contradictoire de la lutte contre l’ordre social tout entier qui l’exploite, le divise, le discipline, l’appauvrit, le mobilise, le trompe,  et le tue. Les guerres actuelles, qui préparent toutes une confrontation inter-impérialiste majeure entre les États-Unis, puissance en déclin, et la Chine, puissance montante, ainsi que les crises économiques qui résultent de ces guerres, sont payées par le prolétariat mondial de sa sueur, de son sang et de ses vies. La nécessité de luttes défensives contre ces attaques bourgeoises se fait sentir partout, à des degrés divers, selon la pression que les bourgeoisies locales sont obligées d’exercer, ou se sentent libres d’exercer, sur « leur » prolétariat.

Contre tous les camps bourgeois. Contre tous les mythes du salut national. Contre la valeur d’échange, le travail salarié, le pouvoir d’État et la guerre impérialiste. Contre une société organisée autour de classes sociales distinctes, et pour une véritable communauté humaine.

Pour l’extension des luttes défensives. Pour une organisation indépendante. Pour une conscience de classe forgée dans la lutte. Pour les conseils ouvriers et le pouvoir prolétarien international. Pour la transformation communiste de la vie.

 

Le 24-4-2026, Aníbal, MS., SS, Fredo Corvo.  Sur  Lettres contre la Guerre n° 1 (24 avril 2026) | Left wing communism

 

 

 

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

Une réflexion sur “Notes sur la conscience prolétarienne, le capitalisme, l’impérialisme et la lutte autonome

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