Bagatelles pour un massacre en Iran

Par The Saker − Le 29 janvier 2020 – Source Unz Review via thesaker.is

 

 

L’attitude des États-Unis au Moyen-Orient nous prépare une catastrophe

 

Mensonges, sacrés mensonges et statistiques

Il s’avère que Trump et le Pentagone mentaient encore cette fois, sur le véritable impact de la contre-attaque iranienne sur les forces américaines en Irak. Ils ont d’abord affirmé qu’il n’y avait pas de personnel américain blessé, pour finalement devoir cracher le morceau que 34 soldats avaient subi une lésion cérébrale traumatique, que Trump a «reclassée» comme un «mal de tête». Ensuite, ils ont dû admettre que ce n’était pas vraiment 34, mais en fait 50 !

Selon certaines sources, tout le personnel américain ne se cachait pas dans des bunkers et certains ont été déployés pour défendre le périmètre de la base. Quoi qu’il en soit, cela ajoute une autre indication que la contre-attaque iranienne était beaucoup plus robuste que celle initialement rapportée par l’Empire. En fait, des sources iraniennes indiquent qu’après la frappe, un certain nombre de blessés ont été transportés par avion en Israël, au Koweït et en Allemagne. Encore une fois, nous ne découvrirons probablement jamais toute la vérité sur ce qui s’est passé cette nuit-là, mais deux choses sont maintenant certaines :

1 – L’attaque iranienne a été extrêmement efficace et il est indéniable que toutes les forces américaines / OTAN / israéliennes de la région sont désormais exposées comme des canards assis attendant la prochaine frappe iranienne.

2 – L’oncle Shmuel a dû considérablement sous-estimer l’ampleur et la nature réelles de la contre-attaque iranienne.

Maintenant, soyons clairs sur la qualité de l’avertissement du personnel américain. Nous savons maintenant au moins que les avertissements suivants ont été reçus :

1 – Avertissement par le canal du gouvernement irakien, auquel les Iraniens ont fait connaître leurs intentions.

2 – Avertissement par le canal des autorités suisses, qui représentent les intérêts américains en Iran et auxquelles les Iraniens ont aussi fait connaître leurs intentions.

3 – Avertissement par le biais des capacités américaines de reconnaissance et de renseignement au sol, aérien et spatial.

Et pourtant, malgré ces conditions quasi idéales – du point de vue de la défense – nous constatons maintenant qu’aucun missile iranien n’a été intercepté, qu’ils ont tous frappé avec une très grande précision, que la base américaine elle-même a subi des dégâts importants, y compris des hélicoptères et des drones détruits, et qu’il y avait des dizaines de blessés – voir cet article pour une discussion détaillée des images après l’attaque.

Si nous considérons cette frappe comme une opération de «preuve de concept», il devient assez clair que, du côté iranien, ce qui a été prouvé était un superbe degré de précision et une robuste capacité de missile balistique, tandis que du côté américain, la seule chose que la frappe a prouvé c’est que les forces américaines dans la région sont toutes extrêmement vulnérables aux attaques de missiles iraniens. Imaginez simplement si les Iraniens avaient voulu maximiser les pertes américaines et s’ils n’avaient donné aucun avertissement d’aucune sorte – quel serait le décompte alors ?! Et si les Iraniens avaient ciblé, disons, des stocks de carburant et de munitions, des bâtiments où vivait le personnel américain, des installations industrielles – y compris les principaux nœuds logistiques de CENTCOM – des ports ou même des aérodromes ? Pouvez-vous imaginer le genre d’enfer que les Iraniens auraient déclenché contre des installations fondamentalement non protégées ?!

Vous avez encore des doutes ?

Demandez-vous ensuite pourquoi Trump & Co. ont dû mentir et minimiser la portée réelle de l’attaque iranienne. Il est assez évident que la Maison Blanche a décidé de mentir et de présenter l’attaque comme presque sans effets, car si elle avait admis l’ampleur de ceux-ci, elle aurait également dû admettre l’impuissance totale à empêcher, ou même à dégrader, la frappe de manière significative. Non seulement cela, mais un public américain indigné – la plupart des Américains croient encore à la ligne de propagande traditionnelle sur «La plus grande force militaire de l’histoire de la galaxie» aurait exigé une contre-contre-attaque de représailles contre l’Iran, ce qui aurait déclenché une attaque iranienne immédiate contre Israël qui, à son tour, aurait plongé toute la région dans une guerre massive pour laquelle les États-Unis n’ont pas les cojones.

Comparez cela avec les affirmations iraniennes qui, le cas échéant, ont peut-être exagéré l’impact de la frappe en affirmant que 80 militaires ont été blessés – j’ajouterais ici que, du moins jusqu’à présent, le gouvernement iranien a été beaucoup plus franc et moins enclin à recourir à des mensonges grossiers que les États-Unis. De toute évidence, les Iraniens étaient exactement prêts au genre de nouvelle escalade que les États-Unis voulaient éviter à presque n’importe quel prix.

Alors qu’est-ce qui s’est vraiment passé ?

Il existe deux façons de se défendre contre une attaque : le déni et la punition. Le déni est ce que les Syriens font contre les États-Unis et Israël chaque fois qu’ils abattent des missiles entrants. Le déni est idéal car il minimise vos propres pertes sans pour autant provoquer «l’échelle d’escalade». En revanche, la punition est lorsque vous n’empêchez pas une attaque, mais lorsque vous infligez une contre-attaque de représailles à l’agresseur, mais seulement après avoir été attaqué vous-même. C’est ce que les États-Unis pourraient faire contre l’Iran, à peu près à tout moment – oui, contrairement à certaines affirmations totalement irréalistes, les défenses aériennes iraniennes ne peuvent pas empêcher les forces armées américaines d’infliger d’immenses dégâts à l’Iran, à sa population et à ses infrastructures.

Le problème de la punition de l’Iran est que vous avez affaire à un ennemi qui est réellement prêt à supporter d’immenses pertes tant que celles-ci mènent finalement à la victoire. Comment dissuadez-vous quelqu’un qui est prêt à mourir pour son pays, son peuple ou sa foi ?

Il ne fait aucun doute dans mon esprit que les Iraniens, qui sont de fins analystes, sont pleinement conscients des dommages que les États-Unis peuvent leur infliger. Le facteur clé ici est qu’ils se rendent également compte qu’une fois que les États-Unis auront lancé leurs missiles et bombardiers et une fois qu’ils auront détruit bon nombre – sinon toutes – leurs cibles, ils n’auront plus rien d’autre pour essayer de contenir l’Iran.

Voici comment vous pouvez penser la stratégie iranienne :

1 – Si les États-Unis ne font rien ou ne se livrent qu’à des frappes symboliques – disons, comme les frappes d’Israël en Syrie – les Iraniens peuvent simplement ignorer ces attaques car, bien qu’elles soient très efficaces pour donner aux Américains, ou aux Israéliens, une illusion de pouvoir, elles ne parviennent vraiment à rien de militairement significatif.

2 – Si les États-Unis décident enfin de frapper violemment l’Iran, ils épuiseront leur «carte maîtresse» dans cette contre-attaque et n’auront plus d’autres options pour dissuader l’Iran.

3 – Si les États-Unis – ou Israël – décident d’utiliser des armes nucléaires, une telle attaque ne fera que donner un « joker politique » à l’Iran disant en substance « maintenant, vous êtes justifié dans toutes les représailles que vous pourrez imaginer ». Et vous pouvez être sacrément sûr que l’Iran viendra avec toutes sortes de représailles, et les plus douloureuses !

Vous pouvez considérer la position actuelle des États-Unis comme «binaire» : elle est soit «tout», soit «rien». Pas par choix, bien sûr, mais ces conditions sont le résultat des réalités géostratégiques du Moyen-Orient et des nombreuses asymétries entre les deux parties :

Pays USA Iran
Supériorité aérienne oui non
Forces terrestres capables de combattre  non  oui
Volonté de subir des pertes importantes  non oui
Lignes d’approvisionnement longues et vulnérables  oui  non
Préparé pour les grandes opérations défensives  non  oui

Ce qui précède est, bien sûr, une simplification, mais c’est aussi fondamentalement vrai. Et la raison de ces asymétries réside dans une différence très simple mais cruciale : les Américains ont subi un lavage de cerveau pour croire que des guerres majeures peuvent être gagnées à coûts minimes. Les Iraniens ne se font pas de telles illusions – certainement pas après que l’Irak, soutenu par les États-Unis, l’URSS et l’Europe – les aient attaqués en infligeant une immense destruction à la société iranienne. Mais l’ère des «guerres bon marché» est révolue depuis longtemps.

De plus, les Iraniens savent également que la supériorité aérienne américaine à elle seule ne se terminera pas par magie avec une victoire américaine. Enfin, les Iraniens ont eu quarante ans pour se préparer à une attaque américaine. Les États-Unis ne sont vraiment mis en garde que depuis le 8 janvier de cette année.

Encore une fois, pour les États-Unis, c’est «tout» ou «rien». Nous avons vu le «rien» dans les jours qui ont suivi la contre-attaque iranienne et nous pouvons avoir une idée de ce à quoi le «tout» ressemblerait en rappelant les opérations israéliennes contre le Hezbollah en 2006.

Mais les Iraniens, ont une capacité d’escalade beaucoup plus progressive, qu’ils viennent de démontrer avec leur attaque contre les forces américaines en Irak : ils ne peuvent lancer que quelques missiles, ou ils peuvent en lancer des centaines. Ils peuvent essayer de maximiser les pertes américaines, ou ils peuvent décider de s’en prendre aux infrastructures du CENTCOM. Ils peuvent choisir de frapper directement l’oncle Shumel, ou ils peuvent décider de frapper ses alliés, l’Arabe Saoudite, ou son patron, Israël. Ils peuvent choisir de revendiquer leurs actions, ou ils peuvent se cacher derrière ce que la CIA appelle le déni plausible.

Ainsi, alors que les États-Unis et l’Empire anglo-sioniste dans son ensemble sont beaucoup plus puissants que l’Iran, celui-ci a habilement développé des méthodes et des moyens qui lui permettent de contrôler ce que les analystes militaires appellent la «maîtrise de l’escalade».

L’Iran vient-il de vaincre le « signe indien » des tout-puissants États-Unis ?

Vous souvenez-vous de Michael Ledeen ? C’est le néocon qui a commis cet aphorisme historique : «Tous les dix ans environ, les États-Unis doivent ramasser un petit pays merdique et le jeter contre le mur, juste pour montrer au monde que nous sommes sérieux en affaires».

N’est-il pas ironique que l’Iran ait fait exactement cela, ils ont pris les États-Unis et «les ont jetés contre un mur, juste pour montrer qu’ils étaient sérieux en affaires», n’est-ce pas?

Et qu’est-ce que tout cela nous dit ?

Tout d’abord, l’armée américaine est en grande difficulté. Il est assez évident que les défenses aériennes américaines sont désespérément inefficaces : nous avons vu leur «performance» en Arabie saoudite contre les frappes des Houthis. La vérité est que les missiles Patriot n’ont jamais fonctionné correctement, ni pendant la première guerre du Golfe, ni aujourd’hui. La grande différence est que l’Irak de Saddam Hussein ne disposait pas de missiles de haute précision et que ses tentatives de frapper les États-Unis – ou Israël, d’ailleurs – n’étaient pas très efficaces. Ainsi, il était facile pour le Pentagone de tromper sur les performances réelles – ou fictives ! – de leurs systèmes d’armes. Maintenant que l’Iran a pu viser certains bâtiments tout en ignorant soigneusement les autres, cela montre que le Moyen-Orient tout entier est entré dans une ère radicalement nouvelle.

Deuxièmement, il est également évident que les bases américaines au Moyen-Orient sont très vulnérables aux attaques de missiles balistiques et de croisière. Les défenses aériennes sont un secteur très complexe et de haute technologie de l’armée et il faut souvent des années, voire des décennies, pour développer un système de défense aérienne vraiment efficace. En partie en raison de leur tendance à attaquer uniquement les pays faibles et peu défendus, et également en raison de la dissuasion très réelle que les forces armées américaines pouvaient incarner par le passé, elles n’ont jamais eu à se soucier vraiment des défenses aériennes. Les «petits joueurs» n’avaient pas de missiles, tandis que les «gros joueurs» n’auraient jamais osé frapper ouvertement les forces de l’oncle Shmuel.

Jusqu’à récemment.

Maintenant, c’est le tout-puissant hégémon mondial qui a été jeté contre le mur par un Iran beaucoup plus faible et s’est donc retrouvé traité comme un «petit petit pays de merde».

Douce ironie !

Mais il y a beaucoup plus dans cette histoire.

Le véritable objectif iranien : virer les États-Unis du Moyen-Orient

Les Iraniens – et leurs nombreux alliés dans la région – ont clairement indiqué que la véritable riposte au meurtre du général Soleimani serait de provoquer un retrait complet des forces américaines d’Irak et de Syrie, pour commencer, suivi d’un retrait complet de l’ensemble Moyen-Orient.

Quelle est la probabilité d’un tel résultat ?

À l’heure actuelle, je dirais que les chances que cela se produise vraiment sont microscopiquement faibles. Après tout, qui pourrait sérieusement imaginer que les États-Unis quitteraient l’Arabie saoudite ou Israël ? Ça n’arrivera pas avant un vrai cataclysme.

Qu’en est-il des pays comme la Turquie ou le Pakistan, qui sont officiellement des alliés des États-Unis, mais qui montrent également des signes évidents de grande lassitude face au type de «patronage» que les États-Unis aiment donner à leurs «alliés» ? Avons-nous des raisons de croire que ces pays exigeront officiellement que les mercenaires de l’oncle Shmuel – parce que c’est ce que sont les forces américaines, des envahisseurs payés – foutent le camp ?

Et ensuite, il y a des pays comme l’Irak ou l’Afghanistan, qui ont connu un mouvement de guérilla insurrectionnelle anti-américaine très réussie et active, et qui ont tenu les forces américaines en respect dans des bases solidement fortifiées. Je ne pense pas que quiconque mentalement sain d’esprit puisse offrir un scénario même semi-crédible de ce à quoi ressemblerait une «victoire» américaine dans ces pays. Le fait que les États-Unis soient restés en Afghanistan encore plus longtemps que les Soviétiques montre non seulement que les forces soviétiques étaient beaucoup plus efficaces, et populaires, que leurs homologues américains, mais aussi que le Politburo de Gorbatchev était plus en phase avec la réalité que le National Security Council de Trump.

Quoi qu’il en soit, je pense qu’il est indéniable que les guerres en Irak et en Afghanistan sont perdues et qu’aucun effet de manche ne changera ce résultat. Il en va de même pour la Syrie, où les États-Unis tiennent essentiellement par leur entêtement et leur incapacité totale à admettre leur défaite.

La «vision de la paix» de l’oncle Shmuel pour le Moyen-Orient

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L’Apartheid sioniste combiné à une accaparement de terres typiquement illégale en violation de centaines de résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Et ils appellent cela une « Vision pour la paix ».

Je viens d’écouter l’Idiot en chef présenter fièrement «son» plan de «paix» au Moyen-Orient à Bibi Netanyahu et au monde. Cette dernière acrobatie montre deux choses cruciales au sujet de l’état d’esprit à Washington, D.C  :

1 Les classes dirigeantes américaines feront tout pour essayer d’obtenir la faveur et le soutien du lobby israélien.

2 -Les États-Unis ne se soucient pas, même marginalement, de ce que pensent les peuples du Moyen-Orient.

Cette dynamique, qui n’est pas nouvelle, mais qui a reçu une «dose de stéroïdes» qualitative sous Trump, ne fera que contribuer davantage à l’effondrement inévitable de l’Empire au Moyen-Orient.

D’une part, tous les soi-disant «alliés  des États-Unis» dans la région comprennent que le seul pays qui compte pour les USA est Israël, et que tous les autres ne comptent pour presque rien. En outre, tous les dirigeants du Moyen-Orient savent maintenant également que s’allier aux États-Unis signifie être une prostituée bon marché pour Israël, ce qui, à son tour, garantit un suicide politique pour tout politicien pas assez futé pour sentir le piège. Enfin, les guerres en Afghanistan, en Irak, au Yémen, au Liban et en Syrie ont montré que «l’Axe du bien» est emphatique sur l’hyperbole et l’orgueil, mais très modeste en termes de capacité de combat réelle.

La simple vérité est que le léchage de cul abject du lobby israélien par Trump depuis le premier jour de son mandat ne sert qu’à isoler et à affaiblir davantage les États-Unis au Moyen-Orient – et au-delà, vraiment !

Dans ce contexte, dans quelle mesure l’objectif iranien de renvoyer l’oncle Shmuel hors de la région est-il réaliste ?

Comme je l’ai dit, pas du tout réaliste à court terme. Mais je m’empresse d’ajouter que c’est très réaliste à moyen terme si l’on considère certains, mais pas tous, les pays de la région. Enfin, à long terme, ce n’est pas seulement réaliste, c’est inévitable, même si les Iraniens eux-mêmes ne font pas grand-chose, ou rien du tout, pour y arriver.

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Ces ignorants souriants font plus que quiconque pour faire tomber l’Empire, même s’ils ne comprennent pas cela !

Conclusion : les jours d’Israël sont comptés

Les Israéliens nous ont tous bourré le crâne de façon régulière à propos de tel ou tel pays ou politicien qualifié de «nouvel Hitler» qui, soit gazera six millions de juifs «à nouveau», soit effacera Israël «de la carte» ou même s’engagera dans un nouvel Holocauste. Gilad Atzmon appelle brillamment ce trouble mental «trouble de stress pré-traumatique», et il a tout pigé. Les Israéliens ont surtout utilisé ce «geschrei préemptif» [Le mot yiddish pour cri, NdA] comme moyen d’extraire autant de concessions – et d’argent – que possible des goyim occidentaux. Mais dans un sens profond, il est possible que les Israéliens soient au moins vaguement conscients que leur projet tout entier n’est tout simplement pas viable, que vous ne pouvez pas assurer la survie d’un État en terrorisant tous vos voisins. La violence, en particulier la violence vicieuse et enragée, peut en effet terroriser les gens, mais seulement pour un temps. Tôt ou tard, l’âme humaine dépassera toute peur, aussi viscérale soit-elle, et la remplacera par une nouvelle détermination extrêmement puissante.

Voici ce que Robert Fisk a dit il y a quatorze ans en 2006 :

Vous avez entendu Sharon, avant qu’il ne subisse son accident vasculaire cérébral massif, il a utilisé cette expression à la Knesset, vous savez, «Les Palestiniens doivent souffrir». C’était pendant l’une des intifadas. L’idée est que si vous continuez de battre et de battre et de battre les Arabes, ils se soumettront, qu’ils finiront par se mettre à genoux et vous donner ce que vous voulez. Et cela est totalement, totalement illusoire, car cela ne s’applique plus. Cela s’appliquait il y a trente ans, lorsque je suis arrivé au Moyen-Orient. Lorsque les Israéliens ont franchi la frontière libanaise, les Palestiniens ont sauté dans leurs voitures et se sont rendus à Beyrouth et sont allés au cinéma. Maintenant, lorsque les Israéliens traversent la frontière libanaise, les militants du Hezbollah sautent dans leurs voitures à Beyrouth et se précipitent vers le sud pour se battre. Mais l’essentiel maintenant, c’est que les Arabes n’ont plus peur. Leurs dirigeants ont peur, les Moubaraks de ce monde, le président égyptien, le roi Abdallah II de Jordanie. Ils ont peur. Ils tremblent et frissonnent dans leurs mosquées dorées, car ils ont été soutenus par nous [les américains]. Mais le peuple n’a plus peur.

Ce qui n’était vrai que pour certains Arabes en 2006, est devenu vrai pour la plupart – peut-être même tous ? – les Arabes en 2020. Quant aux Iraniens, ils n’ont jamais eu peur de l’oncle Shmuel, ce sont eux qui ont «créé» le Hezbollah, avec ce type de «courage spécial» qualitativement nouveau, qui est vraiment l’ethos chiite, lorsque ce mouvement a été fondé.

Les empires peuvent survivre à beaucoup de choses, mais une fois qu’ils ne sont plus craints, leur fin est proche. La frappe iranienne a révélé une nouvelle réalité fondamentale pour le reste du monde : les États-Unis ont bien plus peur de l’Iran que l’Iran n’a peur des États-Unis. Les dirigeants et les politiciens américains diront bien sûr le contraire. Mais cet effort futile pour remodeler la réalité est désormais voué à l’échec, ne serait-ce que parce que même les Houthis peuvent désormais défier ouvertement et avec succès la puissance combinée de l’«Axe du bien».

Vous pouvez considérer les dirigeants américains et israéliens comme l’orchestre du Titanic : ils jouent bien, mais ils coulent et meurent.

The Saker

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone

Une pensée sur “Bagatelles pour un massacre en Iran

  • 6 février 2020 à 2 h 26 min
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    Excellente analyse – félicitation

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