Actualite économique

L’UE continue de saboter son économie en ciblant les investissements chinois

Par Thomas Fazi et Fabio Massimo Parenti – Le 26 novembre 2025 – Source Blog de l’auteur

Dans une énième escalade des tensions commerciales dans le monde, l’UE se prépare à introduire des règles nettement plus strictes sur les investissements chinois dans le bloc. Dans le cadre actuel de 2019, les États membres jouissent d’une grande latitude dans la manière dont ils filtrent les investissements directs étrangers. Mais une nouvelle loi – approuvé par le Parlement européen en mai 2025 – rendrait désormais obligatoire le filtrage dans un éventail de secteurs stratégiques, notamment les médias, les matières premières critiques, les transports, l’énergie, les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle et les technologies émergentes. Elle étend également cet examen aux projets entièrement nouveaux – et pas seulement aux acquisitions – et accorde à la Commission plus de pouvoirs pour intervenir dans les litiges ou combler les lacunes. D’ici décembre, la Commission vise à consolider les nouvelles règles, en mettant explicitement l’accent sur la Chine.

 

Cela marque une nouvelle étape vers la supranationalisation de la politique commerciale et d’investissement de l’UE. Pourtant, rien ne prouve que concentrer encore plus de pouvoir entre les mains de la Commission améliorerait la compétitivité du bloc. Au cours de la dernière décennie, la Commission a progressivement élargi sa portée exécutive dans pratiquement tous les domaines politiques, mais cette centralisation n’a produit aucun gain économique tangible. Au contraire, la puissance économique de l’Europe s’est érodée. Le cœur industriel de l’UE – l’Allemagne, la France et l’Italie – présente désormais des symptômes évidents de stagnation structurelle : contraction industrielle, baisse de la capacité d’innovation et perte constante de compétitivité mondiale. Même le rapport sur la compétitivité de Mario Draghi a reconnu ces problèmes, exhortant à des investissements publics/privés massifs pour relancer l’économie réelle. Ironiquement, cela vient de l’un des principaux architectes du modèle néolibéral aujourd’hui abandonné au profit du protectionnisme et d’une politique industrielle dirigée par l’État. L’Occident, autrefois champion de l’ouverture des marchés, reprend désormais des politiques qu’il avait longtemps condamnées pour la Chine.

Ces nouvelles mesures réglementaires sont susceptibles de déprimer encore plus les investissements directs étrangers (IDE). En affaiblissant l’engagement de l’UE en faveur de l’ouverture des marchés, Bruxelles sape également ses vieilles critiques envers les restrictions à l’investissement en Chine. Après tout, si Pékin bloque vraiment l’accès des étrangers, comme le prétend l’UE, comment expliquer le fait que le nombre d’IDE européens en Chine soit considérablement plus élevé que celui des IDE chinois en Europe ? Les données d’Eurostat montrent qu’en 2022, les investissements européens en Chine ont totalisé 247 milliards d’euros, tandis que les investissements chinois en Europe n’étaient que de 54 milliards d’euros, soit un écart de 192 milliards d’euros. De plus, les IDE chinois en Europe ont fortement diminué, de 77% depuis 2016, en grande partie en raison de la Réglementation de filtrage des IDE de 2020 et des régimes nationaux de plus en plus restrictifs introduits depuis lors.

En exigeant des investisseurs étrangers qu’ils prouvent apporter des “avantages locaux” – en termes d’emplois, de transfert de technologie ou de R&D – l’Europe adopte effectivement la même logique interventionniste pour laquelle elle condamnait autrefois Pékin. Et Pékin ne restera pas passif. Elle a déjà montré qu’elle pouvait riposter aux mesures américaines et japonaises en ralentissant les approbations, en resserrant la réglementation sur les entreprises étrangères ou en limitant les exportations d’intrants clés tels que les terres rares et les matériaux de batterie – des domaines où l’Europe est structurellement dépendante. Pékin pourrait également rediriger les flux d’investissement vers d’autres régions, accentuant la marginalisation de l’Europe.

Pendant ce temps, le progrès industriel de l’Europe stagne. Dans des secteurs comme l’automobile, l’IA, les technologies vertes et la fabrication de pointe, la Chine continue de progresser tandis que l’UE reste enlisée dans sa réglementation bureaucratique. La poursuite de la « réduction des risques » et du découplage partiel s’est retournée contre elle, transformant la dépendance de l’UE en une contrainte auto-imposée. L’Europe consolide son rôle de puissance normative – en émettant des règles plutôt qu’en façonnant des percées technologiques ou industrielles.

La doctrine évolutive de “sécurité économique” de l’UE inclut désormais des contrôles potentiels des investissements à l’étranger pour empêcher les entreprises européennes d’aider leurs rivaux dans des secteurs sensibles. Cela reflète le débat américain sur le filtrage à l’étranger, signalant une autre étape vers un paradigme de sécurité protectionniste. Alors qu’un mécanisme uniforme pourrait combler les lacunes entre les États membres – empêchant les investisseurs d’exploiter les juridictions dont la surveillance est plus faible – l’application restera difficile. Des structures de propriété complexes, des participations offshores et des allers-retours passant par des pays tiers obscurcissent les bénéficiaires ultimes. Si les règles deviennent trop rigides, l’Europe risque de faire fuir non seulement les capitaux chinois, mais tous les investissements étrangers, aggravant ainsi sa stagnation économique.

Pékin ne restera pas inactif si l’environnement d’investissement européen devient plus imprévisible ou discriminatoire. La Chine dispose de multiples leviers pour exercer des pressions – du report des acquisitions européennes et l’imposition d’obstacles réglementaires à la restriction des exportations de composants critiques. De telles contre-mesures intensifieraient le déclin économique de l’UE et renforceraient sa dépendance vis-à-vis des autres. Les nouvelles règles peuvent donc accélérer un cercle vicieux de suspicion mutuelle et de vulnérabilité.

En fin de compte, l’UE est confrontée à un dilemme stratégique : comment concilier les préoccupations légitimes de sécurité avec ses besoins de croissance et de compétitivité. Un régime d’investissement rigide et politiquement chargé ne fonctionnera pas. L’Europe devrait plutôt se concentrer sur le rétablissement de la confiance, la poursuite de cadres de coopération et le maintien de l’ouverture dans le cadre d’un modèle stratégique mutuellement bénéfique. La défense économique motivée par la peur et les réflexes protectionnistes ne fera qu’approfondir la stagnation. Pour éviter l’auto-isolement, l’UE doit rétablir un engagement constructif avec la Chine – ou risquer d’achever sa transformation d’une puissance économique mondiale en une bureaucratie qui s’est mise elle-même en cage.

Thomas Fazi et Fabio Massimo Parenti, Professeur d’études internationales

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

3 réflexions sur “L’UE continue de saboter son économie en ciblant les investissements chinois

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  • mouchet

    La technocratie européenne toute le fond et ne sait plus ou aller, par le fait qu’il existe en fait 3 Europes celle du Sud celle de l’Est et celle du Nord. Ces 3 lieux de situation géographique n’ont absolument pas les mêmes intérêts énergétiques, géo politiques, économiques et structurels.
    On ne peut pas comparer l’économie de l’Italie Espagne Grèce ou France avec celle de l’Allemagne Pays Baltiques Autriche et de l’est européen.
    Ce sont surtout les mentalités totalement différentes. De surcroit avec des différences essentielles de langues, de mentalités, d’organisation, de gestion pragmatique, de principes. Devant cette cacophonie européenne l’Allemagne rationnelle pragmatique a compris le dilemme . Donc elle veut diriger imposer son dogme, pour vendre ses machines ses moteurs et ses voitures, mais ho combien jamais discuter et collaborer.
    Après chaque élection présidentielle la France et d’autres pays viennent en Allemagne demander une forme d’acceptation et d’approbation de principe, mais jamais le contraire. L’Europe est donc vassalisée de l’intérieur sous le dogme de l’Allemagne elle même vassalisée par les USA par l’armement et les bases militaires et cela ne fonctionne pas du tout et pourquoi ?
    Les USA qui dirigent l’Europe ont des intérêts particuliers en économie et business de l’armement qui vont que dans le sens des Etats Unis mais non de l’Europe.
    On l’a vu avec les troupes de l’OTAN sous 4 commandements différents en Ukraine. Ce fut une catastrophe que la Russie a compris et exploité en détruisant et se renseignant sur tous les bunkers de commandement, les troupes et les armements faisant même un réseau de pros russes de 55 % en Ukraine, qui renseignent la Russie 24 heures sur 24.
    En conclusion L’UE est partagée entre 2 identités, USA et l’UE qui ne sait plus ménager la chèvre et le choux, voulue par les américains, de façon à ce que l’Europe ne se fasse pas jusqu’à l’Oural .
    Le tout ainsi ne fonctionne pas du tout, on le voit tous les jours, la suffisance et l’arrogance des 3 pays va en guerre déplait, va nul part et n’arrange rien aux USA puisque les pays de l’est ne sont pas d’accord.
    Donc l’UE pour paraître aux yeux des Etats Unis, fut fort dépourvue que leur allié hausse le ton accepte la Russie et ses contrats de 12 milliards par trimestre avec les USA . Ceux-ci imposent leurs vues de paix avec la Russie, American first par nécessité financière et non pour les beaux yeux de l’Europe dictature décriée par les USA qui voient le danger de la scission de la dite Europe, dont une partie se tourne vers la Russie.
    L’UE ainsi veut paraître aux yeux des Etats Unis, assure une technocratie de dictature de folies partout, une sorte d’auto défense administrative, de manière inadaptée, avec des manifestations partout et surtout avec des absurdités de lois qui mettent la colère dans tous les pays.
    Les directives sont obsolètes , coûtent des fortunes, emprunts massifs, politique de la santé et des achats de vaccins cachés, absurdes comme pour les résultats des vaccins aux effets secondaires énormes un coût phénoménal, une omerta dans tout les budgets, avec des dizaines de milliards qui disparaissent. Puisque aucun contrôle financier n’est effectifs en Europe, la commission fait ce qu’elle veut et a tous les pouvoirs de légiférer. Les USA critiquent cela et savent le danger du futur, en émettant un rapport civilisationnel désastreux.
    Et le pompon de l’absurdité c’est la politique guerrière contre la Russie uniquement pour contrer la dédollarisation avec l’Euro indexé. Beaucoup de pays contestent à coup de 140 à 230 milliards ces défenses inutiles, car allant droit dans le mur, on le constate tous les jours.
    L’UE vassalisée par les USA professionnels de l’armement et du dollars guerrier subventionné par les dettes, vont tout droit vers l’effondrement. Les investisseurs ne souscrivent plus par peur de spoliation et s’assurent avec l’OR.
    L’UE a cru à tout jamais que les Etats Unis soutiendraient l’Europe indéfiniment et se trouve fort dépourvue de l’évolution des dettes insolvables et des déficits.
    Les économistes d’opérette de l’UE se sont plantés lamentablement. Car les USA ont quadruplé leurs dettes depuis 2008 de 10’200 milliards à plus de 48’000 actuellement, ceci comme tout l’occident d’ailleurs. Plus les hors bilans en 4 fois plus de dettes et engagements.
    Les USA pensent sérieusement à réduire leurs bases militaires de 860 à 500, car ils n’arrivent plus à financer et demandent 5% du PIB à l’UE. Les armements deviennent obsolètes avec les nouvelles armes de missiles, drones et laser de satellites. Et cela malgré que Mr Trump a augmenté à 1100 milliards le budget de la défense aux Etats Unis.
    Ils ne peuvent mettre qu’une escadre en mouvement car 2 ou trois coûterait trop cher.
    Donc tout cela influe sur l’UE en économie finance, paniquée elle se réfugie donc dans des directives bureaucratiques. Pensant ainsi montrer aux USA que l’UE se débrouille bien toute seule en économie finance et organisation, puis en émettant des idées de spoliation de capitaux russes. L’UE ose demander à la Chine de participer au juste partage de l’économie mondiale en oubliant les alliances Chine Russie BRICS OCS 10 fois supérieurs à l’Europe.
    Conclusion la guerre commerciale se poursuit jusqu’à un consensus global que les BRICS désirent
    par la force des contrats de la Chine et la Russie avec toute l’Asie, l’Inde, forte de 25’000 milliards d’accords commerciaux.
    L’UE a donc des rêves inaccessibles sur la comète, par la force des choses des populations globales des BRICS et de la productivité qui s’y reflète.
    Moralité La Chine l’Inde le Brésil les BRICS l’OCS et la Russie se sont réveillés et remercient donc l’occident de les avoir provoqués comme l’adage « Lorsque la Chine s’éveillera le monde tremblera ».

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